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vendredi 21 mai 2010 10:32

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Michelle Williams, plus belle sa vie

par Françoise-Marie Santucci

tag : Festival de Cannes

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«Blue Valentine», mélo d’épate

Une rupture sur mesure, made in Cianfrance.

Michelle Williams est d’une laideur déchirante lorsqu’elle pleure, magnifique le reste du temps. Elle est un hymne aux larmes. Yeux verts de chat, paupières lourdes, regard de popstar. La seule qui pourrait interpréter Courtney Love jeune. En plus jolie. Elle joue dans autre chose à Cannes, tant mieux pour elle, le poignant Blue Valentine présenté à Un certain regard. Elle a trente ans moins quelques poussières, a figuré dans Shutter Island, I’m not There ou Wendy & Lucy. Ce qui fait d’elle la quintessence de l’actrice Sundance, révérée par un certain cinéma d’auteur californien.

Ce n’était pas gagné, elle débuta à la télévision avec Dawson, un Friends ado à rallonge -et ce genre d’entame, en général, on ne s’en remet pas. Son chemin a croisé celui de filles aussi douées qu’elles, qui dans le panorama des jolies actrices d’Hollywood s’en sont un peu mieux sorties : Kirsten Dunst, Christina Ricci, Chloë Sevigny. Michelle Williams aurait pu, aurait dû, devenir une comédienne ultra-célèbre : elle a un jeu incroyable pour une Américaine, brut, intense ; elle offre à l’écran une « nature » presque européenne.

Sauf qu’elle a croisé la route de Heath Ledger dans Brokeback Mountain, quand il s’amusait au cow-boy avec Jake Gyllenhaal. Elle était la fiancée déçue de Ledger, qu’elle fréquenta ensuite, à qui elle donna un enfant, Matilda, avant d’être à nouveau sa fiancée déçue. Puis sa veuve. Heath Ledger est mort il y a deux ans, météore de beauté fiévreuse, il avait à peine fini de composer le funèbre Joker de The Dark Knight, et Michelle Williams (ils étaient tout juste séparés) en a porté le fardeau. Elle a su rester debout malgré les interrogations sur les causes du décès, sur l’héritage, dont la presse people a fait abondamment écho. Elle s’est recluse pendant des mois. Puis ce Blue Valentine, une histoire de couple qui se déchire. Elle dit : « C’est comme si Derek [Cianfrance, le réalisateur] m’avait demandé de lui montrer mes endroits les plus sombres. Mais j’avais confiance. Il m’a appris à me sentir en sécurité. »

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Elle porte une minirobe à petites fleurs vertes et noires, elle est toute fine et sur ses jambes de cane la peau est légèrement marbrée de bleu - malgré le soleil, le vent est frais. On tourne autour de la question une bonne minute, on finit par la poser parce qu’elle a expliqué, dans une interview, avoir tant appris de l’Année de la pensée magique, le livre magnifique que Joan Didion a écrit après la mort de son mari. On lui demande, donc. Après Heath ? Elle se redresse, respire. Sourire tendre, un peu raide, un peu las. « Ma vie est un nouveau monde plein de courage. Je me suis découverte plus forte que je le pensais, et mes amis sont encore plus forts que moi. »

Et il y a les livres. Heureusement. Elle rosit du plaisir d’en parler. Lui transmettre cet amour-là est « le plus beau cadeau » que son père lui a fait (il était politicien et homme d’affaires, sa mère femme au foyer, elle a grandi dans les grands espaces du Montana, puis à San Diego et Los Angeles, maintenant New York). Elle se souvient, elle devait avoir 7 ans, d’un énorme paquet au pied du sapin de Noël, et la petite fille qu’elle était s’imaginait, surexcitée, un truc extraordinaire, un mini-poney, une gargantuesque collection de bonbons. Mais c’étaient des livres, les grands classiques européens, américains ; des dizaines de livres. Elle fut déçue avant d’y trouver tous les remèdes, à la mélancolie, à la vie. Plus tard, chacun de ses rôles fut fêté par l’achat d’un vieux roman - elle possède notamment une édition originale de Gatsby le magnifique de Scott Fitzgerald.

Et sa vie semblait magnifique. Cette gravité de blonde, ce fiancé sublime et enragé, cette enfant - comme si ses jours défilaient dans le vent d’une décapotable fonçant vers Big Sur.

Michelle Williams va finalement bien. Prend les bonheurs où ils sont. Trouve du réconfort dans la psychanalyse et la spiritualité. « J’ai de grandes questions et un esprit trop blessé. Et besoin des mots des autres pour tout rassembler. » De mémoire, elle cite l’une de ses phrases préférées de Didion, qui parle du sentiment d’être affectée, depuis le plus jeune âge, par le pressentiment de la perte. Elle esquisse un sourire. Elle est ce genre de fille qui serre le cœur.


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