vendredi 8 octobre 2010 15:50
La BnF à l’index chez Microsoft
tags : livre , Microsoft , Google , numérisation
Steve Ballmer en 2009 Photo REUTERS/Luke MacGregor
La scène tenait du symbolique. Au Bélvédère de la grande Très grande
bibliothèque, deux hommes paraphaient jeudi soir un accord, entre le
monde de l’imprimé et une multinationale du net. Bruno Racine, président
de la Bibliothèque nationale de France (BnF), côte à côte avec Steve
Ballmer, PDG de Microsoft. Leur partenariat vise à faciliter l’accès à
Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF, lancée en 1997. Les
premières discussions de la Vielle dame avec le géant américain remontent
à 2005, mais elle portaient alors sur la numérisation des livres. Entre
temps, Google a accaparé le devant de la scène avec son programme de
masse Google Books. Il ne s’agit pas ici de numérisation — Microsoft a déserté le sujet face
au rouleau compresseur Google—, mais d’indexation. L’accord prévoit que
les 1 250 000 documents de gallica.fr, qui reçoit aujourd’hui 25 000
visites par jour, seront plus facilement accessible sur Bing, le moteur
de recherche du numéro un mondial des logiciels. Seuls les fonds libres
de droits sont concernés. Bing, encore en version bêta aux Etats-Unis,
devrait être lancé dans « plusieurs mois en France », a dit Steve Ballmer, sans vouloir être plus précis (il s’agit d’une version locale spécifique, Bing.com étant déjà disponible en français). « Cet accord marque une étape décisive
dans la concrétisation de notre vision de la recherche sur internet en
France : la collaboration avec les institutions et partenaires français
dans le respect de leur identité, de la propriété intellectuelle et du
développement de la société de la connaissance », a-t-il poursuivi.
Premier accord de ce type pour Microsoft, il s’apparente quand même à
une belle pierre dans le jardin de Google. Pour la BnF, ce pacte conclu pour une durée d’un an, sans clause
d’exclusivité et sans dimension financière, a souligné Bruno Racine, a
l’avantage de déporter le débat de la numérisation, qui constitue
aujourd’hui un processus industriel largement engagé et pour lequel
l’Etat va consacrer une partie du Grand Emprunt, à l’indexation. Il ne
suffit pas d’accumuler, encore faut-il pouvoir retrouver. Gallica
contient plus de 40 millions de pages de texte « océrisé » (images
transformées en fichiers texte) qui contribuent à l’inscrire ses
contenus dans le web « profond », difficilement indexé par les moteurs de
recherche. Dans Bing, les internautes auront directement les réponses en
ligne issues de Gallica et d’un service de recherche visuelle, sous la
forme d’une galerie d’images. Avec ce référencement dans Bing, la BnF
vise un doublement de la fréquentation de Gallica. L’annonce détourne aussi l’attention portée sur Google, dont la
numérisation « sauvage » de titres sous droits lui vaut un procès avec
les éditeurs français. Et de la polémique lancée à l’été 2009 sur
l’éventualité d’un accord entre la BnF et Google, qui avait amené le
dossier dans le giron du ministère de la Culture. Bing prépare sans
doute de manière « chic » son arrivée en France, « où il compte déjà 10
millions de visiteurs uniques », selon Marc Mossé, directeur des
affaires publiques chez Microsft France. Aux Etats-Unis, le moteur a
progressé de 8 à 13% de part de marché en une année. Le lien noué avec
la BnF est donc symboliquement important. Rien n’empêchera Google d’être
sur les rangs sur les futurs programmes de numérisation que lancera la
France.
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