lundi 27 avril 2009 14:49
Microsoft a perdu sa vista
Premier trimestre négatif pour la firme de Redmond en trente-quatre ans d’existence.
par Christophe Alix
CC trekkyandy
Il existe quelques rares entreprises qu’un modèle économique particulièrement robuste a toujours immunisées contre le moindre ralentissement économique. C’était, jusqu’à hier, le cas de Microsoft qui, en trente-quatre ans d’existence, n’avait jamais connu de baisse de son activité. Ce temps est révolu puisque, pour la première fois de son histoire, le numéro 1 mondial de l’informatique a accusé un recul de son chiffre d’affaires de 6 % au dernier trimestre, à 13,65 milliards de dollars (10,3 milliards d’euros). Alors que son concurrent Apple vient de publier de très bons résultats, avec une envolée de son bénéfice de 15 %, celui de Microsoft fait grise mine : il a chuté de 32 % ces trois derniers mois, à 2,98 milliards de dollars, et, selon Christopher Liddell, le directeur financier qui présentait ces résultats en l’absence du PDG, Steve Ballmer, aucune amélioration n’est à attendre au trimestre prochain. Contrairement au fabricant de puces Intel, dont le patron, Paul Otellini, déclarait tout récemment que les ventes d’ordinateur (en recul de 7,1 % selon l’institut IDC au premier trimestre) allaient maintenant retrouver un cycle « normal », Microsoft pronostique une reprise « lente et progressive » dans un marché dont la « faiblesse » perdurera « au moins » jusqu’à la fin du mois de juin. A l’exception de la division serveurs et matériels, à destination des professionnels, qui croît de 6,9 % à 3,4 milliards de dollars, toutes les activités de ce géant très diversifié sont en recul. Les recettes de la vache à lait Windows, le système d’exploitation qui équipe 90 % des ordinateurs dans le monde, plongent de 16,75 % en raison du recul des ventes de PC, mais également de la croissance des Netbooks qui représentent désormais 10 % du marché. Equipés de l’ancien système Windows XP, vendu à des prix bradés, ces mini-ordinateurs sont bien moins rentables pour Microsoft. Axe stratégique pour la firme de Redmond, les services en ligne voient leurs recettes reculer de 14 % à 721 millions de dollars (543 millions d’euros) et la perte se creuser en doublant à 582 millions. Rien d’étonnant lorsque l’on sait que Microsoft pèse à peine 8 % de la recherche en ligne - contre plus de 60 % pour Google - et que les revenus de ses activités sur Internet dépendent quasi exclusivement d’une publicité durement frappée par la conjoncture. Finalement, seuls les divertissements, portés par les ventes de la console de jeu XBox 360, limitent la casse, à moins 1,7 %. Malgré ce reflux quasi-général, les marchés ont accueilli avec soulagement ces résultats et fait grimper le titre en Bourse de 3,3 %. Ils tiennent gré à Microsoft d’avoir rapidement anticipé la crise et mis sur pied dès le début 2009 un plan drastique de réduction des coûts. Il s’est déjà traduit par 5 000 suppressions d’emplois et vise 1,5 milliard de dollars d’économies par an. Là aussi une nouveauté pour une société qui a toujours dépensé sans compter et figure au premier rang mondial en termes d’investissements en recherche et développement. Paru dans Libération du 25/04/2009
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