lundi 5 mai 2008 12:06
Microsoft cesse de tourner autour de Yahoo
Hier, Microsoft a retiré son offre de rachat de Yahoo. Dont l’action a commencé à chuter ce matin.
tags : publicité , économie , Microsoft , Google , Yahoo !
Le PDG de Microsoft, Steve Ballmer, à Hanovre (Allemagne) en mars. Photo Christian Charisius. Reuters
Tout ça pour ça : après des années de rumeurs, des mois de négociations et, ces derniers temps, des semaines de menaces, Microsoft a pris tout le monde par surprise en retirant dimanche matin son offre de rachat de Yahoo. Une semaine après l’expiration de son ultimatum (appelant à des négociations pour le rapprochement des deux entreprises), le PDG de Microsoft, Steve Ballmer, a préféré laisser tomber. Le rachat de Yahoo aurait permis à Microsoft de faire enfin démarrer sa branche web, loin d’être aussi rentable que Google. Outre l’acquisition d’un des plus anciens et des plus populaires portails de recherche, Microsoft aurait alors eu à sa disposition un quasi-monopole sur les webmails (entre Yahoo !Mail et sa propre messagerie Hotmail) et aurait surtout profité de la régie et du marché publicitaire de Yahoo, bien supérieurs à ceux de Microsoft. Las, Yahoo, pourtant en pleine restructuration, ne l’a pas entendu de cette oreille : Jerry Yang, co-fondateur et actuel PDG de l’entreprise, a estimé que le prix proposé par Microsoft (31 dollars par action) était bien trop faible et dévalorisait son entreprise. De fait, il était pourtant nettement supérieur au cours de l’action Yahoo au moment du dépôt de l’offre (19,18 dollars). Dans les dernières heures des négociations, Microsoft a fait monter son offre à 33 dollars par action (valorisant Yahoo autour de 47,5 milliards de dollars, soit environ 30,7 milliards d’euros)... sans effet, Jerry Yang demandant toujours 37 dollars par action. Surtout, Yang n’a pas cessé de faire son possible pour faire échouer ce rachat, en faisant son possible pour repousser des négociations, ou en sortant quelques mauvais coups de son chapeau. Ainsi, Yahoo a testé, durant deux semaines d’avril, la régie publicitaire de Google à la place de la sienne dans son moteur de recherche. Les résultats, très concluants, ne pouvaient qu’irriter Microsoft, évidemment intéressé par la régie publicitaire de Yahoo. En passant par Google, Yahoo a volontairement dévalué sa propre régie, faisant baisser l’intérêt du rachat par Microsoft... tout en prenant un risque stratégique sérieux. Et la tactique de Yahoo a fonctionné. Dimanche matin, Microsoft a reculé : « Malgré tous nos efforts, Yahoo n’a pas accepté notre offre. Les chiffres demandés par Yahoo ne nous semblent pas corrects, a annoncé Steve Ballmer. Il est dans l’intérêt des actionnaires et employés de Microsoft que nous retirions notre offre. » Et de poursuivre : « Yahoo nous aurait permis d’accélérer notre stratégie web, mais nous pourrons continuer à remplir nos objectifs sans ce rachat. » Yahoo, qui a qualifié l’offre de « distraction », souhaite maintenant se consacrer à son avenir. Mais après avoir été si longtemps courtisé, Yahoo risque maintenant de subir le courroux de ses actionnaires. L’entreprise s’attend à des semaines difficiles. Yahoo continue également toujours d’étudier un rapprochement avec un autre « grand » du net, le candidat le plus probable étant AOL. NewsCorp, détenteur de MySpace, a de son côté fait machine arrière. Le retrait de Microsoft va surtout avoir des conséquences dévastatrices sur le cours de l’action Yahoo, qui pourrait perdre de sa valeur très rapidement. Avant l’ouverture de la séance à la bourse de New-York, l’action Yahoo a déjà perdu 21% de sa valeur ce matin. Certains analystes parient donc sur un retour de Microsoft d’ici quelques mois, quand Yahoo ne sera plus en mesure de négocier son rachat. Microsoft, qui avait provisionné près de 50 milliards de dollars pour le rachat de Yahoo, pourrait également choisir de dépenser son argent dans d’autres entreprises. En octobre, Steve Ballmer avait en effet annoncé vouloir racheter 20 entreprises par an pour le développement de Microsoft. Mais le PDG, qui avait fait du rachat de Yahoo l’un de ses chevaux de bataille, devra lui aussi s’expliquer devant ses actionnaires. Pour l’instant, le grand gagnant de l’affaire est de loin Google : il est débarrassé de la concurrence qu’aurait pu constituer un géant Microsoft-Yahoo sur le web, et devrait même profiter de la faiblesse de Yahoo. Selon les informations de News.com, Yahoo et Google devraient signer un accord publicitaire dans les jours à venir. La régie de Google remplacerait alors complètement celle de Yahoo dans les résultats de son moteur de recherche. Avec un double effet : une rentrée d’argent bienvenue pour Yahoo, mais aussi un renforcement de la position quasi-monopolistique de Google sur le marché publicitaire.
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