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lundi 27 juillet 2009 17:07

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« Microsoft devra gérer une contagion du libre »

Alexandre Zapolsky, PDG de Linagora, éditeurs de logiciels libres, revient sur la stratégie de Microsoft face à l’open source.

par Christophe Alix

tags : licence libre , Microsoft

CC imbecillsallad

Dans un environnement informatique en pleine mutation, ­Microsoft, dont le chiffre d’affaires et le ­bénéfice ont reculé en 2008 – une première  ! –, est contraint à bouger. Vendredi, le géant du logiciel a dû faire une concession majeure à Bruxelles, à propos de son navigateur Explorer. Quelques jours plus tôt, il avait fait « don » à la communauté Linux du code source de 20 000 lignes ­concernant trois gestionnaires de périphériques. Un changement de cap brutal pour une firme dont le patron, Steve Ballmer, pourfendait, il y a peu, le monde du logiciel ­libre, évoquant ce « cancer anticapitaliste ».

Entretien avec Alexandre Zapolsky, PDG de l’éditeur de logiciels Linagora, acteur majeur du libre.

Est-ce vraiment un tournant  ? Ce n’est pas la première fois que ­Microsoft montre des signes d’ouverture en direction de la communauté du libre…
L’événement, c’est qu’ils ont choisi une licence GPL, licence totalement libre de droit, la plus couramment utilisée dans le logiciel libre. Ce geste, plus contraint que choisi, montre à quel point le marché de l’open source, ou code ouvert, est devenu mature. Tellement incontournable, que l’entreprise qui l’a combattu pendant tant d’années l’utilise aujourd’hui comme un élément de conquête  ! Là où Microsoft s’est fait dépasser par ses concurrents, comme sur le marché de la virtualisation, il n’hésite plus à adopter un modèle « disruptif » de distribution de son innovation, ­totalement étranger à sa culture. Qui l’aurait cru il y a seulement quelques années  ?

Comment définiriez-vous ce modèle « dis­ruptif » du logiciel libre et en quoi menace-t-il Microsoft  ?
Jusqu’il y a quelques années, quand on mettait au point une innovation, on faisait tout pour protéger sa propriété intellectuelle et ses secrets. Microsoft a ainsi toujours défendu l’idée que ce modèle, du fait de sa simplicité et de sa rentabilité immédiate – je vends une licence, je touche mes royalties – était le seul capable de garantir les investissements et donc l’innovation. En choisissant de partager leurs secrets pour en tirer d’autres avantages ailleurs, indirects, les dirigeants de Microsoft démontrent que cette argumentation n’a plus de sens. Il devient plus intéressant, même pour Microsoft, de partager ses secrets plutôt que de les garder pour soi  !

Mais ce qui compte avant tout, n’est-ce pas la position de la société sur ses différents marchés  ?
Bien sûr, quand on est un rentier, comme l’est Microsoft dans Windows et les PC, on n’a franchement pas intérêt à la concurrence. Mais quand on est challenger, comme sur ce secteur de la virtualisation où le rival de Microsoft, VMware, détient une écrasante part de ­marché de 89 %, on a tout intérêt à ce que la compétition soit la plus ouverte possible. La position d’un acteur sur un marché compte bien plus que sa préférence pour tel ou tel modèle, c’est le réalisme qui prime.

Le libre représente aujourd’hui un dixième à peine du marché mondial de l’informatique. Ne va-t-on pas vers un changement radical dans les mois et les années qui viennent  ?
C’est toute la question. Microsoft reste le mieux installé aujourd’hui pour résister à l’emprise croissante du logiciel libre, avec ses deux lignes de produits archi-rentables  : Windows pour le système d’exploitation et la suite Office pour la bureautique. Aujourd’hui, ces deux activités ­peuvent financer l’intégralité de ses investissements et autoriser des dépenses en recherche et développement parmi les plus fortes au monde. Elles commencent certes à être bousculées par Google et le logiciel libre – qui n’en est encore qu’à ses prémisses – mais cela prendra du temps.

Et qu’est-ce que cela signifie  ?
L’ouverture de Microsoft à l’open source va se poursuivre mais sur des activités plus secondaires, sur lesquelles l’entreprise s’accorde une grande liberté d’action. Comme la virtualisation. Sur ces nouveaux marchés, Microsoft doit montrer patte blanche. Mais si la société se convertit au libre dans ce domaine, on peut légitimement se demander pourquoi elle ne le fait pas ailleurs  ? De plus en plus, le marché va demander des comptes à Microsoft et la société devra gérer le danger d’une contagion du libre sur ses différentes activités. Le fameux cancer dont parlait le PDG de Microsoft, Steve Ballmer, commence maintenant à essaimer à l’intérieur du corps même du malade, et sa progression sera de plus en plus difficile à maîtriser.

Paru dans Libération du 27 juillet


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