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samedi 23 février 2008 09:20

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Microsoft entrouvre la porte de ses logiciels

Poussé par la justice et le marché, le géant va donner accès à ses secrets de fabrication.

par Christophe Alix

tags : licence libre , Microsoft

En général, Microsoft et ouverture sont, à l’opposé de la Michelle des Beatles, « des mots qui ne vont pas très bien ensemble ». Sauf que, depuis hier, la plupart des secrets industriels de Microsoft sont librement consultables en ligne.

Quand on est numéro 1 mondial du logiciel, que l’on a imposé des standards qui sont devenus la norme pour neuf ordinateurs sur dix dans le monde, on a a priori pas de raison de faciliter la vie de la concurrence. Bref, on se moque comme de sa première clé USB de promouvoir cette arlésienne de l’interopérabilité des systèmes informatiques dont le but est justement de permettre à de plus petits créateurs de mettre au point des programmes capables de bien fonctionner dans le monde de Windows.

Cette vision défendue mordicus par Microsoft jusqu’à sa condamnation en septembre par la Cour de justice européenne est officiellement caduque. Alors que tout le monde s’attendait à une nouvelle offre de Microsoft pour croquer Yahoo, son PDG, Steve Ballmer, a surpris son monde jeudi en annonçant qu’il allait donner librement et plus ou moins gratuitement accès à la documentation technique nécessaire pour implémenter des logiciels tiers avec Vista, Office…

Une somme de plus de 30 000 pages « représentant des années et des millions de dollars de travail », a-t-il expliqué. Des documents que Microsoft avait toujours refusé de dévoiler, même si certains partenaires, pour des raisons commerciales (Novell en 2006) ou de sécurité (une soixantaine d’Etats) avaient pu bénéficier d’une levée partielle de ce « secret logiciel ».

Dorénavant, ces « API », qui incluent de nombreux éléments brevetés pourront être utilisés de deux manières : gratuitement, promet Microsoft, pour des développeurs libres ne cherchant pas à vendre leurs logiciels. En versant des royalties fixées à un prix « raisonnable et non discriminatoire » pour les autres, y compris les acteurs de l’open source qui commercialisent des services payants autour de technologies gratuitement accessibles.

« Tout dépend de la finalité du logiciel, explique Bernard Ourghanlian, directeur des technologies chez Microsoft France, s’il est à vocation commerciale, il est normal que ces informations soient payantes. » Un avis que ne partage bien sûr pas Frédéric Couchet, de l’April (une association de promotion du logiciel libre) : « Cette ouverture, contrainte par Bruxelles, reste discriminatoire pour les PME-PMI par rapport aux gros acteurs. Elle ne met pas fin à une logique contractuelle bien différente d’un usage libre de droits des standards de Microsoft. »

Microsoft le dit : il ne s’agit en rien d’une remise en cause de son modèle basé sur le paiement de licences. Mais, confronté à la spectaculaire progression des logiciels libres dans le monde professionnel, à l’évolution de l’informatique vers le tout-connecté et à de nouvelles enquêtes de la Commission européenne, la « pieuvre » de Seattle a compris qu’elle devait s’adapter pour se préserver l’essentiel. Sa place d’entreprise la plus rentable du monde vaut bien des concessions à la concurrence et aux juges.


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