mercredi 29 juillet 2009 17:33
« Midnight Meat Train », chair à wagon
Le film de Ryuhei Kitamura suit le périple sanglant d’un équarrisseur-photographe sur les rails.
par Bruno Icher
tags : gore , fantastique
DR
Midnight Meat Train de Ryuhei Kitamura avec Bradley Cooper, Vinnie Jones, Brooke Shields. 1h25. Avant d’entrer dans le vif du sujet, si l’on ose dire, il faut rendre hommage à la pertinence et à la justesse du titre du film de Kitamura. L’équilibre obtenu entre l’angoisse que suggère « un train de minuit » (Midnight Train) et la brutalité crue évoquée par « la viande » (Meat), laisse augurer une grosse dose de trouille dans un registre gore sans concession. Et de fait, ce programme est respecté à la lettre. La première bonne idée du film, d’après une nouvelle du considérable Clive Barker (écrivain, dramaturge et cinéaste anglais, auteur notamment des Livres de sang et, pour le cinéma, de Hellraiser), consiste à définir un personnage principal cohérent. Leon (Bradley Cooper) est photographe. Ni cador ni paparazzo, mais un gars plus tout à fait jeune, qui commence à s’inquiéter à l’idée que son talent ne sera jamais découvert par personne. Alors, comme un artiste enfin concerné par son travail plutôt que par la gestion de sa future postérité, il se met à faire de vraies photos, allant au plus près de la fournaise de ses obsessions. Son truc, c’est le morbide, la crasse, la peur. A la fois parce que, à sa grande surprise, il est doué pour ça, mais aussi pour la bonne raison qu’il y a un marché, ainsi que le lui fait remarquer la papesse de la photo d’art de Manhattan (Brooke Shields boursouflée de suffisance).
Du coup, son meilleur point de vue, c’est le métro de nuit, pour y faire des photos qui feront frissonner le client des galeries chics des beaux quartiers, celui qui précisément ne prend jamais le métro. Et c’est la seconde bonne idée du film : le grand retour, visqueux et terrifiant, de la paranoïa des profondeurs où, si l’on veut bien diriger son regard là où il le faut, on saisit l’infernal manège de ce réseau souterrain fournissant par wagons entiers les pauvres diables anonymes et interchangeables qui vont nourrir la monstrueuse machine urbaine. Leon, lui, regarde où il faut, en particulier un colosse sapé comme un banquier de la City campé par l’ancien footballeur anglais Vinnie Jones qui, au temps de sa splendeur, trimballait la réputation méritée de chercher à estropier ses adversaires. Ce charmant garçon prend tous les soirs le dernier train qui ramène les banlieusards dans leurs maisons proprettes et, une fois dans le wagon, sort son petit attirail : un tablier de boucher en cotte de mailles, les couteaux affûtés comme des rasoirs et le marteau d’abattage qui, d’ordinaire, sert à estourbir les porcs avant de les équarrir. Sauf que les porcs, pas si fous, ne prennent jamais le métro. Or, le boucher n’est pas un tueur détraqué. Il a une mission : calmer l’appétit d’une autre monstruosité qui survit juste là, sous nos pieds. Et il vaut mieux qu’il ne manque pas, même une seule nuit, à son devoir. Paru dans Libération du 29 juillet 2009
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