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mardi 1er décembre 2009 12:55

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Miles Jacobson : « On a la plus grosse base de données du monde dans le domaine du football »

par Camille Gévaudan

tags : interview , football

Miles Jacobson à Paris, pour le lancement de Football Manager 2010. CC Ecrans.fr

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L’édition 2010 du jeu de gestion d’un club de football propose de prendre la place d’un entraineur et réussit à captiver, même ceux qui n’y connaissent rien au sport.

Miles Jacobson a commencé à travailler sur la série Football Manager en 1996, en tant que bêta testeur et chercheur. Il est aujourd’hui à la tête du studio Sports Interactive (propriété de Sega) et revient, à l’occasion de son édition 2010, sur la considérable base de données qui est au cœur du jeu et fait son succès chez les joueurs comme chez les professionnels du football.

Comment constituez-vous la base de données de joueurs de Football Manager ?
Nous avons une équipe de chercheurs, 51 superviseurs et 1500 « scouts » sur le terrain, qui vont observer les joueurs toutes les semaines. Et pas seulement la première division, mais aussi les semi-professionnels, les équipes réserves, et les centres de formation pour les jeunes joueurs. En Angleterre par exemple, on a référencé chaque club jusqu’au sixième niveau. On récolte les observations de tous ces gens et on les compile dans ce qui est la plus grosse base de données du monde dans le domaine du football. C’est véritablement le cœur du jeu. Si on ne référençait pas tous ces joueurs secondaires et ces jeunes talents, il deviendrait rapidement ennuyeux. Nous voulons que les gens puissent jouer pendant durant plusieurs saisons avec la même partie. Et pour stabiliser la base de données en remplaçant les joueurs à la retraite, de nouveaux profils sont générés automatiquement par le jeu. J’étais en Grèce hier, et un des journalistes présents à la conférence de presse m’a dit que sa partie actuelle a atteint l’an 2016 !

1500 observateurs de terrain, c’est énorme. Comment les dénichez-vous ?
Euh... Par hasard ? Non, en fait il y a pour chaque club de foot des sites Internet non officiels créés par les supporters. Il s’agit de découvrir ces réseaux, et de dénicher les gens qui y discutent. Il y a des mailing lists, des forums de discussion pour chaque club du monde. On va parler aux supporters directement, en leur disant « bon, c’est vous qui en savez le plus », et on leur donne des directives de recherches très strictes — un énorme document — pour qu’ils puissent évaluer les joueurs. On vérifie ensuite toutes les informations qui nous parviennent, certaines de manière automatique et d’autres manuellement, pour être sûrs que les notes sont correctement évaluées. Par exemple, si on voit que tous les joueurs d’une équipe en troisième division sont aussi bien notés que ceux d’une équipe en première ligue, on sait que notre chercheur n’a pas su faire le boulot et on ajuste les statistiques. Nos superviseurs ont un rôle primordial là-dedans, ils doivent trouver les bonnes personnes dans ces communautés. Parfois, on travaille directement avec les joueurs et les clubs. Certains entraîneurs nous aident, aussi. Il est dans l’intérêt des clubs d’être correctement représentés dans le jeu.

Pour s’en servir à des fins professionnelles, par exemple...
On sait que beaucoup de clubs utilisent le jeu dans un but professionnel. C’est d’ailleurs comme ça qu’on a conclu un partenariat avec le club anglais d’Everton : on leur a montré que notre base de données principale contient beaucoup plus d’informations qu’on ne peut en trouver dans le jeu lui-même, et ils étaient très intéressés. Dans le jeu, le nombre maximum de joueurs qu’on peut charger — même si on a un ordinateur gros comme un vaisseau spatial — est aux alentours de 250 000 joueurs, entraîneurs et préparateurs. En réalité, notre base de données en compte 400 000. C’est pareil pour les caractéristiques des joueurs : on en fusionne pas mal pour créer les notes du jeu. Au départ, on dispose de 250 stats pour chacun d’entre eux, dont des informations sur leur personnalité, sur leurs clubs et régions d’origine... C’est à cette base de données très complète qu’Everton a accès.

Vous avez d’autres projets de partenariats ?
Nous avons aussi un partenariat avec Arsenal, qui a un excellent département marketing. Dans la boutique du club, ils vendent une édition spéciale de Football Manager dont la jaquette est aux couleurs d’Arsenal, avec Arsène Wenger et les joueurs de l’équipe. Mais le club d’Everton est pour l’instant le seul à utiliser notre base de données de manière officielle. Nous avons un contrat exclusif avec eux pour la première année, qui va bientôt se finir. Après, on sera libres de parler à d’autres clubs... C’est quelque chose qu’on va essayer de développer davantage dans le futur, on est très ouverts à la discussion avec les clubs.

Vous avez conscience de ruiner la vie sociale de centaines de personnes ?
Oh, je ne dirais pas que ça a ruiné la vie sociale des joueurs... Mais on est bien conscient qu’ils y passent beaucoup de temps. Il faut jouer à Football Manager de manière responsable. On encourage activement les gens à faire du sport, et pas juste à s’asseoir derrière le PC pour jouer. Même ma copine déteste le jeu. Je l’entends souvent dire « oh, t’es encore sur ce jeu débile... » Mais bon, moi, c’est mon métier !


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