lundi 5 janvier 2009 18:40
Millénium cache son jeu
Le réalisateur de l’adaptation du best-seller suédois, au secret bien gardé, mise sur le cachet local de l’intrigue et sur des acteurs du cru.
L’acteur suédois Michael Nyqvist (à gauche) incarne Mikael Blomkvist - Photo Prod DB
Stockholm, de notre correspondante
Ceux qui espéraient ne fût-ce qu’apercevoir un petit bout de son visage seront déçus. Les deux pré-bandes annonces que les spectateurs suédois ont pu découvrir cet automne au cinéma ne dévoilent rien. Lisbeth Salander reste invisible. De la superhéroïne des romans de Stieg Larsson, on n’a le droit qu’au début d’une nuque et à un bout de tatouage. Le secret est bien gardé, comme tout ce qui entoure l’adaptation au cinéma du premier tome de la série Millénium, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes. Les fans de la trilogie devront donc patienter. Mais le public ne sera pas déçu, affirme le producteur, Søren Stærmose. Pour preuve, les 120 personnes invitées, mi-octobre, à une « séance test » du film, en plein montage, à Stockholm. Un événement inhabituel en Suède, notamment par l’ampleur des mesures de sécurités adoptées pour éviter les fuites. Les heureux élus avaient été choisis avec soin par la production. Deux tiers avaient lu le livre. Tous à la sortie ont dû remplir un questionnaire. « C’est une histoire complexe, avec de multiples rebondissements. Nous voulions être sûrs que ceux qui ne connaissaient pas le livre arrivaient à suivre et que les autres s’y retrouvaient », raconte le producteur. Verdict ? Les spectateurs ont, paraît-il, adoré. Søren Stærmose revient de Paris, où il a montré le film aux dirigeants d’UGC, qui ont acheté les droits pour la France début novembre. Il s’envole le soir-même pour Munich, où l’attend un distributeur allemand. Il ne cache pas sa surprise : « L’intérêt est énorme, c’est exceptionnel pour un film suédois. » Il faut dire que, lorsque la maison de production pour laquelle il travaille, Yellow Bird, cofondée par le maître du polar suédois Henning Mankell, a acheté les droits cinématographiques et télévisuels, en 2005, le premier tome venait à peine de sortir. Depuis, la série s’est vendue à près de 9 millions d’exemplaires dans le monde, dont plus de 2 millions en France.
Si le contrat passé avec la télévision suédoise prévoit toujours que le premier livre sera le seul à sortir sur grand écran, les deux autres étant réservés au petit écran, Yellow Bird a dû revoir son budget à la hausse. Il est passé de 9 à 12 millions d’euros, ce qui somme toute reste modeste. Mais le film, prévu sur 90 minutes, dure une heure de plus... « Vu les attentes, on ne pouvait pas se permettre de faire des compromis sur la qualité », confie Søren Stærmose. Les fans ne l’auraient pas pardonné. Après moult négociations, c’est le réalisateur danois Niels Arden Oplev qui s’y est collé. « Il nous fallait quelqu’un capable d’indignation sociale comme Stieg Larsson », explique le producteur. Pour la petite histoire, le réalisateur a refusé par deux fois de faire le film, avant d’accepter. N’ayant pas lu le livre, il a fini par l’emprunter à sa voisine, qui n’en disait que du bien. Il reconnaît avoir été « saisi par la force des caractères et la profondeur du livre », qu’il trouve « assez inhabituelle dans ce genre » de bouquins.
Mais Niels Arden Oplev a mis ses conditions. Le scénario proposé devait disparaître pour être entièrement réécrit, au plus proche possible du livre, afin d’en faire un film qui ne pouvait être tourné qu’en Suède. Et non pas un banal thriller. Car, observe le réalisateur, « c’est une critique du modèle social scandinave. Le livre ramène à la surface des tas de squelettes que nous avions enterrés profondément. Il nous renvoie à la Seconde Guerre mondiale, aux relations troubles entre l’Allemagne et la Suède, et à ce côté sombre de la société suédoise que ses habitants ne veulent pas voir, parce qu’il n’est pas compatible avec l’image qu’on se fait d’un pays qui défend les droits de l’homme et les laissés pour compte ». Le défi : trouver une Lisbeth Salander. Cette hacker de génie, limite sociopathe, quasi anorexique, au coup droit féroce, et en colère permanente. L’élue est Noomi Rapace, 29 ans. Une quasi inconnue, y compris en Suède. « Il y a une violence potentielle en elle, qui fait que ça ne pouvait être qu’elle », remarque Niels Arden Oplev, racontant avoir encore « bien du mal à déterminer où s’arrête Lisbeth et où commence Noomi ». Le rôle de Mikael Blomkvist est interprété par Michael Nyqvist, le chouchou de ces dames en Suède. Lui aussi est peu connu à l’étranger. Un parti pris du réalisateur. Les spectateurs jugeront le 29 février en Suède, et au cours du printemps en France.
Photo Prod DB
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