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dimanche 16 mai 2010 10:28

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Mimi Le Meaux et Dirty Martini, talents aiguille

par Françoise-Marie Santucci

tag : Festival de Cannes

Photo Jérôme Bonnet

Tournée de et avec Mathieu Amalric
avec Mimi Le Meaux, Evie Lovelle, Dirty Martini, Roky Roulette… 1h51.

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C’est l’heure « Tournée »

Mathieu Amalric, acteur et cinéaste, ouvre la sélection officielle avec un road-movie comique et charnel, charmeur et chamarré.

Bien qu’elles n’aient dormi que cinq heures et qu’elles prévoient déjà de festoyer non-stop jusqu’au week-end, les filles de Tournée, le film incendiaire d’Amalric, cueillies au saut du lit entre les essayages de robes à imprimé léopard et les poses de faux cils, offrent d’emblée un vertigineux aperçu de leur démesure. Artistes new burlesque, elles incarnent leurs propres rôles dans Tournée. Elles sont salaces, bavardes, tonitruantes, drôles, outrageusement maquillées et balançant à fond une sorte de rockabilly à mi-chemin des Cramps et des Distillers. Et tant pis pour le voisinage, qu’on suppose vieux et riche comme l’immense résidence seventies hyperprotégée avec pelouses et piscine sur des hauteurs de la ville (on se croirait dans Super-Cannes de J.G. Ballard), résidence dans laquelle la production a eu la bonne idée de fourrer ces cinq femelles cinglées.

Dans le désordre des talons hauts qui jonchent le sol et des décolletés plongeants (malgré les douze degrés maximum), voilà donc Mimi Le Meaux, Dirty Martini, Kitten On The Keys, Julie Atlas Muz et Evie Lovelle. Avec ces surnoms de catcheuses sexy, elles excellent dans un genre réinventé depuis une quinzaine d’années, le new burlesque (une version féministo-rock’n’roll de numéros de pin-up des années 40 et 50). Entre les chambres et le vaste salon marron crème avec canapé en arrondi, déambulent également miss Kitty Hartl, leur productrice dans la vie (dont Amalric s’est inspiré pour écrire son propre rôle, celui du producteur), ainsi que le seul homme-performer de la bande, Rocky Roulette, et encore deux autres garçons qui sont les petits copains de deux filles. Ça file à toute blinde, aucun temps mort, du rimmel jusqu’aux oreilles et des gueules grandes comme ça. Qui vous mettent à l’aise avec ce genre de phrase : «Un vrai décor de film porno cet appartement !»

On s’installe sur le balcon. Au loin les îles de Lérins, un panorama d’une beauté sèche et solaire qu’entre deux moments d’accélération elles savourent. La journée est unique. Elles le savent. Chaque instant est humé avec délices, depuis l’odeur du jasmin qui ravit Dirty Martini jusqu’aux discussions sur la montée des marches en début de soirée. Elles craignent de trébucher alors qu’elles comptent assurément parmi les championnes de la déambulation en talons de quinze.

Presque timide sous un rouge à lèvres couleur sang, Mimi Le Meaux, originaire de San Diego, Californie (sa mère, qui la «soutient sans réserve», y était danseuse de cabaret), avait choisi ce nom parce qu’il faisait exotique et qu’en américain «Meaux» se prononce «miaou» (elle aimait l’idée d’être une petite chatte). Ses goûts l’ont portée vers la contre-culture californienne un peu dark, à la Tim Burton — tiens —, les séries Z, les films de science-fiction, monstres et compagnie (qui ornent ses tatouages saturés de couleurs sur les bras). Lorsqu’elle a vu un documentaire sur des stars d’Hollywood et quelques artistes burlesques en virée à Tijuana dans les années 50 (très précis), Mimi se rappelle avoir eu une révélation. Plus culottée encore, Dirty Martini vient de New York (sa mère était chanteuse d’opéra, elle-même est une bonne copine de Beth Ditto de Gossip), et livre assez vite ses analyses révolutionnaires: «Les femmes en ont marre de cette putain de dictature du corps, voici le temps de la révolte punk-rock !» Derrière le barouf s’affirme un engagement quasi-politique, un féminisme joyeux qui mélangerait les plus ou moins grosses, vieilles, tatouées, hétéros, lesbiennes, drag (kings et queens), sans compter les pédés, les verts à pois jaunes et tous ceux qui sont pas pareils (ça fait du monde), mais suffisamment dévissés dans leur tête pour être cool comme dit Kitty la productrice (là, beaucoup moins de monde).

On leur soupçonne, parfois, une bonne dose de mélancolie puisqu’elles ne sont plus si jeunes et que les chagrins ont dû s’accumuler. Mais leur vie n’est pas faite pour pleurer, et à ce genre de femmes on ne demande pas d’âge, ce serait vulgaire.

Une question les tracasse : quand on redescend les marches, quelqu’un hurle-t-il encore votre nom ? Mimi, Dirty, Kitten et les autres, ne vous inquiétez pas. On criera que vous êtes sublimes.

Paru dans Libération du 14 mai 2010


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