mercredi 15 octobre 2008 19:03
Mip-Mip, voilà les coyotes : Du bois ! Du papier !
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tag : Mip-Mip, voilà les coyotes 2008
Des dizaines et des dizaines de casiers de bois blond empilés les uns sur les autres - Photo IR et RG
Au Mipcom où se célèbre chaque jour une partouze consanguino-médiatique des plus échevelées, le web culbutant les télés à qui mieux mieux et les émissions lutinant l’interactivité des téléspectateurs jusqu’à l’os, il est deux rites légèrement surannés : le magazine et la boîte aux lettres. D’abord, le Mipcom News. On trouve chaque matin le nouveau numéro de ce magazine quotidien à la réception de tous les hôtels de Cannes qui accueillent les participants. Sur un papier pas glacé mais presque, il fait la recension, en anglais, de tout ce qui s’est dit la veille sur le salon et prévient de tout ce qui s’y dira le jour-même. Le moindre deal signé y est annoncé, tel celui-ci : Leopard International a signé avec la chaîne australienne XYZ. Ce dont on se félicite presqu’autant que les signataires du contrat. Lesquels ont été immortalisés par un photographe de Mipcom News en train de se serrer la paluche sur fond de Croisette. De bien beaux clichés. Surtout il y a la rubrique, très courue, « Mipcom by night », relatant en quelques photos les folles nuits mipcomiennes. On pose bras dessus-bras dessous ou, variante, gaulé par le photographe à la sortie du buffet avec une assiette débordante de salami à la main. Le flash fait son office de cruel révélateur du temps qui passe ainsi que du nombre de flûtes de champagne enfilées au cours de la soirée. Le sort de Mipcom News n’est, semble-t-il pas encore scellé, mais dans le numéro 3, une autopub annonce que le numéro 5 sera une « online edition ». C’est moche, mais il y a pire, il y a le sort funeste réservé à la boîte aux lettres. En même temps qu’on se voit, à chaque début de Mip, remettre le badge (cette année sponsorisé par une « new telenovela » Don Juan y su bella dama de toute beauté) qui ornera notre cou quatre jours durant et permettra de pénétrer dans le Palais des festivals, une hôtesse nous confie du bout d’un ongle nacré une gommette jaune. Il faut la coller sur la boîte aux lettres, celle où une fée du Mip a inscrit votre nom, afin de signaler au monde entier —enfin, aux attaché(e)s de presse qui vont y glisser des communiqués— que ça y est, on est arrivé. Et elles sont jolies, ces boîtes aux lettres : des dizaines et des dizaines de casiers de bois blond empilés les uns sur les autres et agrémentés chacun d’une serrure dorée. On trouve la sienne parmi les 150 des autres journalistes classées par ordre alphabétique, on soulève le clapet et, ô surprise, on découvre ce mot doux : la télé ukrainienne nous invite à tailler le bout de gras avec Masha Efrosinina. Qui c’est ? Eh bien, la « famous TV-host who presented Eurovision 2005 ». On se disait bien que ce nom-là ne nous était pas inconnu. Mais voilà, l’horrible nouvelle nous a cueilli sitôt l’accréditation : adieu les boîtes aux lettres en bois. « C’est la dernière fois », a prévenu l’hôtesse en tendant donc son ongle nacré orné de la gommette jaune. L’avis de décès est affiché sur des boîtes inutilisées : l’an prochain, tout sera sur le web. Il s’agit d’être green et de penser à la planète en n’imprimant plus de communiqué. Donc, plus de boîte en bois mais une poste restante, nécessitant login et mot de passe, perdue quelque part sur la grande toile de l’internet. Eh bien, vous savez quoi ? Par mesure de rétorsion, cette chronique diffusée jusqu’à maintenant uniquement sur ecrans.fr, au prochain Mip, on la grave. Sur du bois. En vente dans toutes les bonnes ébénisteries de Cannes.
Il y a 1 réaction à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager Tweet


