mardi 14 octobre 2008 19:44
Mip-Mip, voilà les coyotes : La crise
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tag : Mip-Mip, voilà les coyotes 2008
Photo Mipcom
Ils ouvrent des yeux grands comme ça, tendent les paumes vers le ciel, bleu, si bleu de Cannes et disent effarés : « C’est la crise ». Ils sont dans le hall du Martinez, tout affolés, ils sont dans les coursives du Palais des Festivals, ils sont dans les déjeuners de presse et n’ont qu’un cri : « c’est la crise ». La fête inaugurale du Mipcom au Majestic, célèbre pour ses agapes jusqu’à l’aube ? La crise, mon vieux : « C’était de 19 à 21 heures et il n’y avait rien à manger », raconte un collègue efflanqué. Il n’y avait à se mettre sous la dent que la tentative de record du monde d’apnée, par notre nouvel ami l’escapologist, David Merlini. Et il l’a battu son record, mais voilà les estomacs criaient tellement famine qu’ils ne l’ont pas entendu. Pas une conférence sans son allusion à la crise, pas un discours sans son bon mot financier, accueilli avec quelques raclements de gorge nerveux. C’est que l’équation est simple : crise égale moins de pub égale couic dans les programmes. Autant dire que, vu la façon dont certains serrent les fesses, il y a de la place, dans les allées du salon, et déjà la rumeur, l’effroyable rumeur d’une baisse de la fréquentation du salon, parcourt les travées du Palais tel un vent glacé. Ce Mipcom peint en morne touche tout et tout le monde. Croisée alors qu’elle sortait du Bunker des festivals, Bibiane Godfroid, directrice des programmes de M6, est définitive : « Il n’y a plus rien depuis 18 mois. Le dernier gros truc, c’était Etes-vous plus fort qu’un enfant de 10 ans ? ». Jeu que M6 a acheté et dont elle a fait un magnifique four. A Canal+, la crise encore. Rodolphe Belmer, le patron de la chaîne cryptée ronchonne : « Y a pas grand chose hein ». Ailleurs, un haut cadre d’un chaîne qui tient à rester anonyme est au bord de la démission, lassé de recevoir tant et tant de projets d’émissions : « Si vous saviez ce que je vois comme merdes… » Et, d’interlocuteurs en interlocuteurs, cette même question : « Alors ce Mip ? » Et cette même réponse : « Mouaif, y a rien, non ? » Résultat : c’est tout Cannes qui a le blues. De la boutique Dior qui va immanquablement voir son chiffre d’affaire s’écrouler au rayon littérature de la Fnac locale, où une jeune fille demande un conseil de lecture à sa copine : « Je veux une histoire d’amour toute simple, en français », dit-elle boudeuse. Retour au Mipcom où l’on croise un confrère en pleine crise de panique : « Y a rien ce soir ? » Si, un cocktail France 24. « J’ai pas d’invit », se lamente-t-il. C’est moche. Mais moins moche que Jude Law dont on attendait pourtant beaucoup. Venu présenter un documentaire sur l’Afghanistan, l’habituellement crunchy acteur britannique s’est présenté affublé d’une moustache. Pas de belles bacchantes, non une moustache étique, clairsemée, qu’on aurait dit en poils de fesses. La crise on vous dit.
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