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mercredi 10 septembre 2008 08:40

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« Mirrors » : Etat de glace

Fissures. Une vision mortifère de l’Amérique rêvée.

par Bayon

tag : Horreur

DR

Mirrors, d’Alexandre Aja, avec Kiefer Sutherland, Paula Patton, Cameron Boyce… 1 h 51.

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Hollywood : des Français à la pelle

Carte verte. Après avoir essoré l’Asie et l’Amérique du Sud, les studios recrutent les cinéastes de talents dans l’Hexagone.

A quelque titre, Mirrors est un reflet de Batman –le Chevalier noir– et de Titanic du reste, que Dark Knight rejoint en inconscient collectif américain : une méditation sur la fin du monde.

Le nouveau monde en ruine est fastueusement symbolisé, dans le grand spectacle fantastique Mirrors, par les décombres déserts d’un palace vieille Europe genre la Samaritaine (notre victime olympique parisienne collatérale), avec quelque chose de la Salpêtrière de la Force aux hystériques, la porte à côté...

Feu ce « plus beau et luxueux magasin de New York », ainsi qu’un comparse résume le lieu, est le héros du film. Dévasté par un incendie mystère dont il ne reste qu’un tas de ruines hantées, le magasin mort fait évidemment un beau ground zero perpétué. Dont Ben la co-vedette félée, flic meurtrier (de son meilleur ami) en rupture de ban familial et professionnel vu ses troubles d’alcoolique anonyme à la George Bush, est le gardien orphique. A la recherche de son Eurydice (Esseker, ou l’american dream cassé), il erre la nuit, très cinématographiquement, parmi les ombres, les vestiges pourris de la civilisation barbare pionnière, les stucs et bris de verre, dans un labyrinthe de galeries des glaces – seuls fastes rescapés du sinistre, tains si inaltérables qu’on les dirait animés...

Mirrors est à ce titre, outre une histoire de deuil impossible et donc de revenants (remords), une histoire de cinéma, ce qui revient au même. Scrutant à la lampe torche les reflets argentés aux intraversables secrets, le film semble dire en abîme  : tout est mirage, même les doubles fonds et faux-semblants  ; rien d’apparent n’est fiable, à commencer par le filmage, détourné sous nos yeux, histoire trouble se déroulant en se craquelant à vue d’œil, au coin d’une armoire à glaces perdue dans ses propres miroitements, au hasard d’auras noyées en flaques d’eau souterraines réfléchissantes. Jusqu’à la scène du 2 primitive de l’éclatement de la personnalité en diamant, diffractant la scène vagale vue et revue de la factice Dame de Shanghai.

DR

Mirrors, cependant, est certes une histoire de grand guignol  : ouaf, à d’autres, bidon... Sauf que du coup, ébloui d’évidences, on ne voit plus venir le coup. Si Dark Knight était inquiétant, Mirrors est flippant  ; et son « happy end » de bonneteau, mi 6e Sens mi-7even, anthologique. C’est d’ailleurs enfin l’histoire d’un pacte à la clef, faustien naturellement, de l’ombre et de son double si l’on veut (William Wilson), scellé par une poignée de main qu’on n’est pas près d’oublier. Gla-glace...

Avant de sortir retourné de la séance spirite, de l’un à l’autre, d’un stade du miroir à une décristallisation, de notre monde à l’autre, pour faire le lien gothique, arrosé de force suintements fluidiques, comme de rigueur dans tout film médiumnique qui se respecte (Ah, Stigmata), notre passeur voyeur en lumière noire aura été Kiefer Sutherland.

Digne fils de son père Donald, Beau Brummel du pop-corn movie, Kiefer « bullshit » Sutherland la tête brûlée (Athos tortilla de Charlie Sheen d’Artagnan, Mabuse volant de Dark City, ex-époux impraticable de Julia Roberts à la ville, génie loser camé de la Dernière Cavale, éducateur pédéraste admirable doublé de mère-grand aux grandes dents de Freeway, superstar 24 heures...), Sutherland Jr, homme invisible visiblement fissuré, est parfait. De désarroi clignotant, de pathétique, d’irréflexion extralucide déplacée. A pile ou ­facettes.


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