Misère de l’i-an neuf
par Pierre Marcelle
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Photo D.J. P3tros, CC BY
Pour mesurer, d’année en année plus douloureusement, les chahuts que font dans nos intimités les lucarnes d’aisance, rien de mieux que la « trêve des confiseurs ». Seule semaine où respire un peu, se repose et s’éteint l’inutile gabegie des messages imbéciles, des sollicitations vaines et des promotions forcenées, elle laisse le naunaute tout décontenancé devant le vide abyssal de sa messagerie. A l’orée du week-end de Noël, une décroissance se fait jour dans les files de réception. C’est assez dire, en matière de « ressenti », que cette vacance n’est pas seulement vôtre, mais celle de tout l’environnement censé ravitailler la chroniqueuse réflexion. Comptez deux jours d’inertie, puis constatez une avalanche de vœux encombrant les tuyaux. Ils prennent les formes multiples de fichiers audio, photo et vidéo, animant des levers de soleil antipodiques, faisant clignoter des sapins, ressuscitant Tino Rossi ou tirant des feux d’artifices plus ou moins exotiques que des fuseaux horaires ordonnent. C’est le plus souvent d’une mocheté achevée, qui vous fait vite vous demander, dans un accablement, quel malentendu vous décréta récipiendaire de ces choses. Ne cherchez pas. Ces vœux ne vous sont pas adressés. Ils n’inondent qu’une communauté, une liste d’adresses allant de 60 à 10 000 correspondants, évidemment « cachés », qu’un gigantesque commun dénominateur (professionnel, « social » à la manière des réseaux du même nom, ou franchement accidentel) ordonne. Vous n’en êtes pas le destinataire, vous n’en êtes que le support publicitaire, le prétexte insignifiant, et le miroir de son émetteur. Vous n’êtes pas vous, et à peine un numéro, une adresse IP. Pour vos véritables vrais amis, vous les distinguerez au souci qu’ils prendront à ne pas laisser leurs SMS se confondre, dans la multitude de leurs destinataires, avec la promotion de leurs opérateurs, si fiers de brailler dimanche qu’ils avaient véhiculé, entre minuit et 3 heures du matin de dimanche, plus de 300 millions de textos en guise de cartes de vœux. Avant de renvoyer les vôtres, choisissez bien votre support, pour n’être pas à votre tour anéanti dans le vaste décervelage de l’hi-han neuf. Paru dans Libération du 3 janvier 2012
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