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mercredi 17 août 2011 16:52

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Miss Gloss S02E07 : Vous n’allez pas vous faire griller, vous ouvrez vers vos autres cercles

Toutes les semaines, retrouvez sur Ecrans.fr les maraboudficelles de Miss Gloss.

par Miss Gloss (recueilli par Stéphanie Estournet)

tags : twitter , facebook , Le maraboudficelle de Miss Gloss , Google+

Miss Gloss © Yann Valeani

Previously on Miss Gloss : votre statut star au sein de VFBdC vous rend nerveux. Vous balancez entre le fait de vous autocongratuler pour vos succès et l’envie de tout eraser d’un click.

Votre Fabuleuse Boîte de Com a sorti le grand jeu du petit dej. Miniviennoiserie, cafés variés, jus de fruits pressés, vaisselle fine. Fleurs à longues tiges. Debout autour du buffet, exhalant des senteurs élégantes de corps fraichement douchés, les chefs de service, les créas extérieurs de renom, les archidécideurs de la maison mère, les actionnaires. Ils sont peut-être une quarantaine, vous serrez quelques mains. Le soleil dessine des carrés parfaits sur la moquette. En bas, dans la cour, des administratifs fument en buvant du café dans des gobelets de plastique.

Vous croquez dans un minipain au chocolat, Fred, le DA de votre FBdC vous salue d’un grognement. Effort : il a troqué son habituel hoodie contre une chemise blanche repassée. Il réclame un Coca-Light, doit se rabattre sur un jus d’orange. Il est mécontent. « Tu l’as vue ? », vous interroge-t-il discrètement. Il hoche la tête, hausse les sourcils. Sa moue dit que ça ne va pas être facile. Et aussi sa déception de se voir accoler un chaperon qui lui insufflera ses choix de créa tout en assurant le branding - l’impact de la marque, les paillettes.

Une voix d’homme amplifiée dit : « S’il vous plait... » Des tintements de vaisselle, des « chut » et le silence se fait. C’est Stan, le dégé de votre FBdC, en pantalon gris et chemise finement rayée qui a pris la parole sur la petite estrade, derrière le pupitre. Il fait une blague sur les capacités à travailler après un tel petit dej, envisage de mettre toute VFBdC au régime salade verte pour le prochain déjeuner. Rires polis. Suivis de la présentation chaleureuse de votre nouvelle rédactrice en chef Création, Willie Bancroft.

La petite cinquantaine, en tailleur impeccable, une coupe de cheveux années 60 qui la ferait passer pour la grande sœur de Betty Draper, Willie Bee, comme elle se fait appeler, sourit sans montrer ses dents. Elle a quelque chose de plus juvénile que dans votre rêve. Le temps des applaudissements, son regard se promène sur la salle, et quand il rencontre le vôtre, vous savez que cette femme n’a pas besoin d’être affichée sur cinquante écrans pour être une menace. Vous êtes harponné, partagé entre la fascination du pouvoir incarnée par cette femme et l’évidente nocivité érotique qu’elle dégage. Elle parle, raconte son parcours depuis son PhD à Purdue, tout est savamment dosé - les séquences émotion (« c’était un moment de doute, le genre où vous ne pouvez compter que sur vous-même ») ; les virgules d’autodérision, les silences fédérateurs.

Au premier rang, aux côtés de Stan et des golden VIP, Nanard ouvre des yeux de petit garçon devant sa première pin-up, tandis que ses doigts pianotent. Un check sur votre iPhone, Nanar a investi son espace : Twitter : « @Nanar : Willie Bee appelée par Stan » ; « @Nanar : Eh, faudrait que vous voyez cette classe #cdlabombebaby » ; « @Nanar : Ha-llu-ci-nante #rockit ». Un autre check : pas de retombées FB, et il n’est pas sur Google+.

OK, chacun son espace, vous ça sera Google+. Vous statuez vers vos cercles pro : « Willie Bee, la conjugaison du top model et de l’executive woman ». Réactions immédiates mais faibles. Une photo de votre nouvelle patronne serrant la main de Stan : en ligne. Ça mousse un peu, les gars de votre team, se lâchent — pas toujours dans la dentelle « L’est bonne la patronne » ; « Partouze annuelle à VFBdC : laisser-moi ENTRER ». La timeline de Nanar n’en peut plus de s’agiter. A 1,50 mètre de vous, vous le voyez pianoter à toute blinde. Sur le fil, des retweets. Vous n’allez pas vous faire griller, vous ouvrez vers vos autres cercles, « A world of com », « Presse », « Connaissances », et même « OSEF ».

Et là, questions de fuseaux horaires, signes astrologiques, températures des ingrédients, la mayonnaise prend. Vos posts sont commentés, surcommentés, chaque réactualisation drainant son lot de propos tantôt moqueurs, tantôt élogieux. Vous vous foutez pas mal de la qualité de ce qui est dit. Ce qui compte, c’est que toute la planète G+ voie les premiers pas de Willie Bee au sein de VFBdC via VOS yeux. Exit le piaf, la timeline - Nanar. Vous envisagez les retombées dans les agences de presse, le premier buzz dans la com parisienne sourcée G+. Votre buzz.

Encore une photo, Willie Bee souriant à l’Actionnaire Principal. Une autre : Willie Bee attentive. Et : Willie Bee penchée sur un iPad qu’on lui tend. Willie Bee levant son verre de jus d’orange pour un toast. Comme cette nuit, elle est votre reine, l’absolue que vous ne pouvez pas quitter des yeux. Comme vous, tous la verront - dans sa sublime, son inquiétante beauté. Le discours est terminé, les grandes lignes de la nouvelle politique de création ont été posées en douceur mais avec une fermeté qui laisse augurer des changements rapides et profonds. Vous vous en foutez, tel un éclairagiste colle à sa star. Pas question de dévier. Et quand, escortée par l’équipe dirigeante elle gagne la sortie, vous envisagez une dernière photo - un habile contre-jour. La dame tapote sur son smartphone, elle interroge Stan, il regarde l’écran, cherche dans la foule. Croise votre regard. Puis c’est celui de Willie Bee que vous rencontrez.

Entre menace de mort et promesse d’éternité.

Retrouvez Miss Gloss sur son blog, et le travail de Yann Valeani, le dessinateur.


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