mercredi 27 février 2008 17:14
Mitchell Baker : « Firefox est un bien public »
par Christophe Alix
tags : licence libre , Mozilla , interview , Firefox
Le navigateur libre Mozilla Firefox a franchi en début de semaine la barre des 500 millions de téléchargements. Entretien avec la présidente de la fondation Mozilla, l’américaine Mitchell Baker, croisée tout récemment au Forum Netxplorateur sur les nouvelles tendances numériques (les 14 au 15 février 2008 au Sénat). Selon Xiti, le navigateur Firefox serait utilisé par 28% des internautes européens. Comment expliquez-vous le succès exponentiel de Firefox ? Je crois que c’est avant celui de notre modèle open-source, basé sur l’apport volontaire de plusieurs dizaines de milliers de contributeurs dans le monde. Firefox est un peu comme un grand arbre, avec de nombreuses branches et de solides racines telles que l’intérêt du public qui ne se dément pas, bien au contraire, ou le principe d’un travail collaboratif et ouvert. On voit bien que le mode de production qui est le nôtre s’est généralisé dans le monde informatique et parfois au-delà et que ceux qui utilisent des programmes open-source ne sont plus seulement, très loin de là, ceux qui les ont créé. Cette banalisation change au passage pas mal de choses. C’est à dire ? Contrairement à ce que pourraient croire certains, nous ne sommes pas exactement une démocratie où le peuple des contributeurs aurait droit de vote et donc de modification du code de Firefox. Heureusement, les choses sont bien plus structurées et plus Firefox devient important, plus il est important pour l’équipe dirigeante de bien garder la main sur les grandes orientations et décisions. Au final, c’est notre directeur technique qui est le décisionnaire ultime et nous comptons bien à l’avenir, renforcer l’encadrement intermédiaire au sein de la fondation Mozilla. Pourquoi ce modèle est-il selon vous supérieur à celui, propriétaire, d’un Microsoft ? Prenez notre logiciel de messagerie Thunderbird qui vient d’être adopté par votre ministère de la défense. Ces gens très sérieux ont dû considérer qu’il manquait certaines fonctionnalités et les ont rajouté avant de les reverser dans le code général du logiciel comme le veut la règle. Tout le monde est gagnant : Thunderbird coûte infiniment moins cher à l’armée qu’une licence d’un logiciel propriétaire puisqu’il est en soi 100% gratuit et ce prestigieux « client », en contribuant à Thunderbird, l’a rendu meilleur pour tous. On comprend dans ces conditions que Microsoft considère comme un impératif son « ouverture » au monde du libre : c’est la chose la plus rationnelle qu’ils pouvaient faire aujourd’hui. Car à l’avenir, en dehors de marchés de niche ou très spécialisés, il va devenir de plus en plus difficile de justifier le fait que l’on commercialise des logiciels sur la seule base qu’ils ont été développé par telle ou telle boîte. Les « clients » sauront de plus en plus qu’il est possible et facile de procéder autrement. Quelle est selon vous la force du « label » Mozilla ? Firefox, et seulement une partie de ses utilisateurs le savent, est un produit entièrement libre. Cela signifie que c’est un bien public au sens économique du mot, qui ne servira jamais à générer du profit et c’est extrêmement important. C’est une chance énorme de ne pas avoir ce type de pression de la part d’actionnaires, de ne pas avoir à se poser la question de comment on va réussir à « monétiser » notre activité. En même temps, ça ne veut pas dire que nous sommes à l’abri de toute pression, le marché met justement sur nos produits une énorme pression mais elle est d’ordre technologique et qualitative. Ce qui est bien différent. A l’heure où AOL s’apprête à renoncer à de nouveaux développements du premier des navigateurs historiques, Netscape, en quoi ce type de logiciels reste-t-il stratégique dans le monde de l’Internet ? Ce n’est pas un hasard si Apple a développé Safari, et Microsoft, Internet Explorer ou si Google prépare sans doute son propre navigateur. Une grande partie de l’expérience de l’Internet et même de l’ordinateur provient du navigateur et ce sera de plus en plus le cas avec le développement de services à distance. Chacun essaie d’en tirer parti et de promouvoir au maximum ses services en faisant fuir le minimum de monde ! Chez nous comme je l’ai déjà dit, on n’a rien à vendre et on se contente d’apporter une bonne expérience à l’utilisateur. Je crois qu’il est très important, dans un monde ouvert comme celui de l’Internet, de maintenir un équilibre entre l’intérêt parfaitement légitime des entreprises et celui des usagers. Que va-t-il se passer avec les navigateurs sur mobiles ? Firefox sera-t-il présent sur ces nouveaux supports ? Le navigateur pour mobiles n’existe pas encore et l’histoire en est à peine à ses débuts dans ce domaine. Bien sûr, nous allons travailler à proposer Firefox sur mobiles et j’espère que ce sera une réalité d’ici quelques années. Nous travaillons également sur l’amélioration de Thunderbird dont le développement est désormais assuré par une filiale de la fondation Mozilla entièrement dédiée à cette tâche. Où en êtes-vous financièrement ? Lever des fonds est et reste quelque chose de difficile et l’immense majorité de nos revenus provient d’accords publicitaires avec Google, Yahoo, Amazon ou eBay présents sur notre page d’accueil. En tout et pour tout, nous avons levé 65 millions de dollars et employons à ce jour 150 personnes dans la fondation Mozilla. Ce qui fait un employé pour un million d’utilisateurs. Pas mal comme ratio, non ? A lire également sur Ecrans.fr :
- « Firefox est un bon citoyen d’Internet »
- Firefox 3, la vengeance du panda rouge
Il y a 5 réactions à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager Tweet


