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mercredi 4 avril 2007 11:17

  • cinéma

Miyazaki, le fils est né

« Les Contes de Terremer », premier film réussi du fiston du pape de l’animation.

par Didier Péron

tags : blog , bande-annonce , animation , dessin animé , Japon

Affiche japonaises de « Contes de Terremer » (extrait) - DR

Un Miyazaki peut-il en cacher un autre ? La question de la succession du maître Hayao est devenue ces dernières années un souci cardinal pour les studios Ghibli dont la réputation internationale (et la fortune financière) repose à peu près entièrement sur les épaules vieillissantes du créateur de Princesse Mononoke. Son départ à la retraite est devenu un argument publicitaire pour chacun de ses nouveaux films, qui est aussi à chaque fois plus ou moins le dernier, un adieu toujours plus majestueux à un genre qu’il a largement contribué à sublimer. L’annonce officielle ce mois-ci de la mise en chantier de Gake no ue no Ponyo (Ponyo sur une falaise) (lire Ecrans du 22/07/2007), avec sortie prévue pour l’été 2008, prouvait une fois encore que le maître n’avait pas décidé de ranger ses crayons à dessin. La production compliquée des Contes de Terremer en dit long en tout cas sur les luttes d’influences et les manoeuvres internes au studio pour assurer d’une manière ou d’une autre la pérennité de l’esprit et de l’esthétique Ghibli après Miyazaki. En confiant à l’un des fils Miyazaki, Goro, 40 ans, la conduite de cette adaptation d’un épisode d’une saga romanesque « fantasy » d’Ursula K. Le Guin, le producteur en chef Toshio Suzuki a osé affronter la farouche réprobation du père qui s’est opposé jusqu’au bout à ce choix.

Il est vrai que Goro, paysagiste de formation, s’était contenté jusqu’à présent de diriger discrètement le musée Ghibli dans la banlieue de Tokyo et n’avait jamais réalisé de film. Le passage de relais filial est d’autant plus chargé ici que ce projet est le fruit tardif d’une tentative avortée d’Hayao Miyazaki, il y a une vingtaine d’années, d’acquérir les droits du roman. Pour faire un peu baisser la pression dynastique, Goro Miyazaki a tenu, tout au long des mois de production de Terremer, un blog dont on peut lire une traduction en anglais sur l’inépuisable site www.nausicaa.net. Le blog commence significativement ainsi : « Je m’étais découvert une passion pour l’animation que, en raison de mes relations avec mon père, j’avais pendant longtemps prétendu ignorer, jusqu’à aujourd’hui. » Le meurtre symbolique est carrément inscrit dans le film puisque le jeune Arren, héros de l’histoire, prince du royaume d’Enlad, plante dès les premières séquences un couteau dans le ventre de son père, parricide qui ne se trouve pas dans le roman d’origine ! Le film n’en demeure pas moins un hommage respectueux à l’oeuvre paternelle, à la fois parce qu’il s’inspire parfois au détail près des planches d’un manga de celui-ci, le Voyage de Shuna, et parce qu’il déploie sa signature propre dans l’espace délimité par le code graphique reconnaissable entre tous du studio.

Le film nous transporte dans le royaume de Terremer (Earthsea dans le roman), morcelé en une multitude de principautés seigneuriales et insulaires. Le désaccord règne dans ce monde autrefois souverain, et une terrible épidémie se propageant sur les hommes, les animaux et les plantes, inquiète les hauts dignitaires de la principauté de Morred. Le jeune prince Arren tue le monarque, son père, et lui vole une épée sacrée avant de prendre la fuite. Dans sa course, il croise la route d’Epervier, un sage magicien qui le conduit dans la cité d’Horteville, gigantesque port de couleur rose où tout se vend, de la nourriture aux esclaves. C’est là qu’Arren prend la défense d’une prisonnière, Therru, et exerce sur les assaillants des pouvoirs surnaturels qui le jettent dans une transe mortelle. La culpabilité du parricide et l’angoisse de sa propre disparition hantent le jeune garçon et le conduisent dans des aventures où Epervier, Therru et d’autres personnages révéleront leur double nature.

Beaucoup moins baroque, exubérant et vertigineux que les derniers films d’Hayao, les Contes distille une humeur mélancolique et torturée. Le mal de vivre du prince est d’inspiration lorenzacienne, et la dernière partie du film est proche du gothique anglais. Le choix d’une mise en scène lente, posée, et d’une bande-son bien moins tonitruante que celle auquel le genre nous a habitués donne au film une singularité rêveuse d’une grande élégance. L’accueil de la presse nipponne fut sanglant, et Ursula K. Le Guin a déversé son fiel sur une adaptation qu’elle aurait préféré voir réalisée par le père. Goro a avalé les couleuvres sans broncher, et on peut donc dire qu’il a réussi son examen de passage.

Bande-annonce des Contes de Terremer :


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  • Miyazaki, le fils est né

    9 avril 2007 09:55, par Irène Delse
    Pas étonnant que l’auteur aie râlé contre le film : Goro Miyazaki a utilisé le titre de son bouquin et de ses personnages pour raconter une histoire qui n’a strictement rien à voir, autour de thèmes et de valeurs qui sont même en contradiction ceux de l’univers qu’elle avait créé ! U. Le Guin pourrait d’ailleurs faire valoir que le studio Ghibli l’a trompée sur la marchandise, puisqu’elle avait signé avec Hayao Miyazaki, dont elle admire l’oeuvre, et qu’au final, c’est son fils qui s’est emparé du projet et y a plaqué ses propres préoccupations. Que Goro veuille prouver qu’il est un artiste, très bien. Qu’il veuille raconter une histoire de fantasy, pourquoi pas. Mais il aurait pu essayer de se faire la main sur un texte moins connu et surtout moins original, moins personnel, que celui de Terremer !

 

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A savoir


Les Contes de Terremer
Date de sortie : 04 Avril 2007
Réalisation : Goro Miyazaki
Genre : Animation
Durée : 1h 55min.
Année de production : 2006
Titre original : Gedo senki
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