jeudi 17 septembre 2009 15:47
Mobile : Sarkozy soigne la ligne de Bouygues
Le Président s’est dit réticent à l’arrivée d’un nouvel opérateur. Une aubaine pour son ami.
par Nathalie Raulin
Nicolas Sarkozy n’est pas homme à lâcher ses amis patrons en général, et Martin Bouygues en particulier. Lesquels viennent d’en avoir une preuve tangible. Devant les députés UMP reçus mardi à l’Elysée, le chef de l’Etat s’est permis une surprenante digression sur l’attribution en cours de la quatrième licence de téléphonie mobile. Au détour d’une question sur le malaise des producteurs de lait et de viande bovine (sic), le Président a lancé son scud : « Je suis assez sceptique et réservé sur le choix d’un quatrième opérateur de téléphonie mobile », a-t-il déclaré. « Le prix le plus bas n’est pas forcément le meilleur. Faut voir la qualité des postulants. » De quoi semer le doute sur la volonté des pouvoirs publics de voir aboutir un appel d’offres, pourtant très officiellement lancé au terme d’un décret publié le 1er août au Journal officiel. Devant les mines perplexes des quelques élus au fait du dossier, Sarkozy a corrigé un tantinet son propos : « Bon, on laissera aller l’appel d’offres et on verra à la fin ! » Trop tard. Avertis par les agences, les marchés reçoivent le message cinq sur cinq : Iliad, holding de Free, largement favori pour l’obtention de la 4e licence, dévisse en Bourse (- 2,2 % en clôture). Dans les coulisses ministérielles, les commentaires mi-amusés mi-acides vont bon train. « Le dossier est entièrement piloté par l’Elysée, souffle un averti. Le ministère des Finances et celui de l’Industrie reçoivent des ordres et des commandes et s’exécutent sans moufter. Sarkozy sait qu’en politique il n’y a pas d’amitié, il n’y a que des preuves d’amitié il vient d’en donner une. » Visé : l’intense lobbying de Martin Bouygues, intime de Sarkozy et propriétaire de Bouygues Telecom, le plus vulnérable des trois tenants du juteux marché de la téléphonie mobile (avec Orange et SFR), pour bloquer l’arrivée d’un quatrième larron. A prix bradé ? La 4e licence est proposée à un peu plus du tiers de la valeur des précédentes mais pour trois fois moins de fréquences. Réticent depuis toujours sur le dossier, l’Elysée avait déjà mis le pied sur le frein en avril 2008 : le ministre du Budget, Eric Woerth, avait officiellement repoussé le dossier à plus tard, sans autre précision. « C’est une pierre entre Fillon et Sarkozy, confie un grand patron. Le premier défend mordicus la quatrième licence pour des raisons consuméristes. Le second est plus sensible aux risques sociaux, environnementaux et contentieux, Bouygues et SFR ayant annoncé leur intention de porter plainte à Bruxelles contre les conditions de mise aux enchères de cette licence. » Iliad compte ses abattis. Paru dans Libération du 16 septembre 2009
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