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jeudi 20 mars 2008 07:18

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« Mon challenge naturaliste »

William Gibson nous donne les clefs du « Code Source »

par Frédérique Roussel

tags : science-fiction , livre

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Gibson, l’homme à l’hyper

Ce qu’il est en train d’écrire est déjà sur Google.

William Gibson a eu 6o ans lundi. Silhouette longiligne, le cheveu court, lu­nettes rondes, il se déploie dans une économie de gestes. Les questions lui font lever les yeux au ciel à la recherche de la réponse qui soit la plus authentique.

Votre roman traite de géolocalisation via le locative art.
Mettez « locative art » dans Google, vous trouverez des tas de liens intéressants. Un projet se sert du GPS pour suivre l’évolution des pigeons dans la ville. Sur une carte, vous pouvez localiser vos pigeons. Un autre projet place des capteurs sur des dauphins. Pour les repérer dans les eaux internationales, il suffit de se rendre sur le site qui donne même la température de l’eau dans laquelle ils évoluent  ! Dans Code Source, je souhaitais quelque chose de plus conceptuel. Bobby a développé un système qui construit des images virtuelles d’événements là où ils sont arrivés, comme la mort de la star River Phoenix. Je voulais montrer que nous vivons entourés d’informations et nous ne le savons pas. Il y a quelques semaines, j’ai lu une description brillante de ce à quoi ressemblerait la rue d’une ville si on pouvait visualiser toutes les informations qui circulent. C’était une vision étonnante.

Selon vous, les romans contemporains ont une aura Google. Que voulez-vous dire  ?
Quand j’ai commencé à écrire sur l’informatique au début des années 80, les gens parlaient d’hypertexte et de l’avènement de nouvelles formes de littérature dans laquelle chaque mot et phrase serait connecté à d’autres. C’est le cas aujourd’hui selon moi pour chaque écrit existant ou nouveau. Chaque mot, chaque phrase, chaque expression sont littéralement des hyperliens. Quand j’écris un roman, j’ai cette conscience aiguë que quelqu’un, quelque part, entrera par Google dans la phrase que je viens d’écrire. Le texte n’existe plus seulement par lui-même.

D’où vient votre passion du détail et des marques  ?
Je m’applique à une forme de naturalisme. La description réaliste des personnages urbains du XXIe siècle, immergés dans ces marques, est assez fantastique. Aucun de mes person­nages n’a l’intention de faire penser au lecteur que les marques nommées sont enviables. L’intention est clairement à l’opposé. J’essaie de donner une honnête description d’un moment dans l’histoire humaine où le marketing est partout et chaque jour un peu plus. Dépeindre cette sorte de monde postindustrialiste me semble un challenge naturaliste. Et les outils de la science-fiction se révèlent là incroyablement utiles. Je n’ai aucune idée de la portée qu’auront ces romans dans le futur. Les gens les liront peut-être comme des descriptions évocatrices d’un moment précis dans le temps. Quelqu’un m’a récemment montré des extraits d’un livre très populaire au XIXe siècle, écrit par un auteur qui savait tout ce qui était cool et in à New York à l’époque. Tout y est raconté dans le détail, non par le biais des marques, mais par des lieux qui n’existent plus, des restaurants ou des théâtres. Pour le lecteur contemporain, c’est complètement impénétrable et vide de sens. Mais on ne sait jamais. Les détails que j’engrange de la réalité sont la texture de notre vie.

Où sont vos influences  ?
La découverte simultanée de la science-fiction et de la beat generation quand j’avais 13 ans. J’ai découvert le même été Edgar Rice Burroughs et le William Burroughs du Festin nu. J’ai ensuite aimé les premiers écrits de Thomas Pynchon, les romans de Kurt Vonnegut, les écrivains de science-fiction les plus radicaux, comme Moorcock pendant la new wave. Aujourd’hui, je lis Charles Stross, Paul Mc Auley et Cory Doctorow. Doctorow, voilà quelqu’un qui vit dans le futur  ! Il m’a beaucoup aidé à la relecture du manuscrit. Il m’a dit par exemple  : « Tu ne peux pas mettre du GPS dans les portes, ça ne marche pas. »

Vous restez comme le fondateur du cyberpunk, à contrecœur ­dirait-on.
Je n’ai jamais accepté l’idée d’un mouvement cyberpunk. Au XXIe siècle, le cyberpunk est devenu un parfum particulier de la culture populaire. On peut dire  : « Avez-vous vu ce clip  ? Il a quelque chose de cyberpunk. » Dans un monde technologique totalement ubiquitaire, que signifie cyberpunk  ? Que signifie cyber  ? Au XIXe siècle, quand l’électricité venait de faire son apparition, tout était électro, électro-ci, électro-là. C’était comme un préfixe à la mode. Cyberpunk, ou plutôt cyber, était dans le vent à la fin du XXe siècle. Mais on n’achète pas aujourd’hui un cyberordinateur ou un cyberiPhone. Le cyberpunk fait simplement partie du passé. Il est devenu rétro.


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