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jeudi 1er avril 2010 18:05

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Monsieur Wikipédia : « Je subis la pression du web temps réel »

Lors de la finale de hockey sur glace des derniers JO, Wikipédia a annoncé la France championne olympique. Nous avons contacté le responsable du site pour avoir plus d’explications sur cette bourde.

par Andréa Fradin, Camille Gévaudan

tags : Wikipédia , interview

Monsieur Wikipédia, souriant, malgré la charge de travail - Montage Ecrans.fr

Monsieur Wikipédia, né le 1e avril 1972 à Honolulu dans le quartier de Waikiki, est le responsable de Wikipédia.

C’est la première fois, aujourd’hui, que vous vous exprimez en public. Vous avez souhaité vous expliquer sur l’incident de la finale de Hockey sur glace aux J.O. de Vancouver, découvert par notre confrère du Parisien. Qu’est-ce qui vous a pris ?

J’ai effectivement commis une erreur en attribuant la victoire aux Canada alors que le match n’était pas encore fini. Je m’en excuse, auprès des sportifs et de leurs supporters, auprès des journalistes qui puisent leurs informations dans mon site, auprès des lycéens qui impriment mes pages en guise de devoirs, auprès de tous les internautes qui m’accordent une confiance aveugle. Auprès de Diderot, surtout. Cela ne se reproduira plus, j’y veillerai.

Ceci étant dit, je tiens également à indiquer les variables qui ont mené à cet incident. Loin de moi l’idée de m’en dédouaner, mais les internautes ont le droit de savoir. Je regardais la finale, ce soir-là, en compagnie de mon collègue et ami personnel Monsieur Twitter. Comme à son habitude, il n’a pas pu s’empêcher de live-tweeter le match en décrivant frénétiquement chaque geste des joueurs. Avec quelques grammes d’alcool dans le sang et une pointe de jalousie refoulée pour cette starlette du web social, j’ai cédé à la tentation de l’imiter. J’ai voulu avoir, pour une fois, la primeur d’une info sur la toile...

Pour ce qui est de la petite blague [ndlr : comme l’indiquait le journaliste du Parisien, « pour meubler jusqu’au terme du temps additionnel, le responsable du site Wikipédia a mis en ligne la France championne olympique »], je l’avoue, elle ne relève pas d’un très grand professionnalisme. Mais bon, Twit’ avait annoncé la Californie vainqueur. Ce n’était qu’un juste retour des choses. Moi aussi, je peux assaisonner mon site d’une pincée de LOL : c’est ce qui marche en ce moment. D’ailleurs, Internet n’arrête pas de le répéter [réf. nécessaire] : « des chats, des fesses et des lasers ! C’est l’avenir ! ». C’est parfois une pression difficile à supporter.

Ce n’est pas la première fois que vous commettez une erreur lourde de conséquences en voulant avoir la primeur d’une information. On se souvient des fausses annonces de mort de célébrités qui ont nui à votre réputation.

Je fais régulièrement des erreurs, mais il faut considérer la pénibilité de mon travail. Enfermé dans mon datacenter, je vois rarement la lumière du jour. Je crée 716 articles par jour sur la Wikipédia francophone. Et je ne vous parle même pas des traductions ! Je dois aussi tenir à jour les 931 474 entrées déjà existantes et les illustrer, parfois avec l’aide de Monsieur Flickr. Ceci dit, je ne me plains pas. Quand je pense à ce pauvre Monsieur Youtube, qui doit se rendre chez tous ces internautes en quête de célébrité pour filmer leur chat qui fait du piano ou leur record de jonglage sur skateboard... Comparé à lui, je suis vraiment bien loti. Parfois, j’ai même le temps de lire des livres pour trouver des références dans les articles. Mais j’ai quelques conflits avec Internet à ce sujet. Il trouve que je perds mon temps à chercher des informations vérifiables, et que je pourrais me contenter de reprendre des rumeurs sur des blogs, caché et protégé par mon anonymat.

Cet Internet, c’est un personnage finalement assez obscur [non neutre]. On en parle beaucoup, mais on ne le voit jamais. Pouvez-vous nous en dire plus à son sujet ?

Il a un caractère fort et une vision assez précise de ce que doit être la toile. Son dada du moment, c’est le web en temps réel. Il ne jure plus que par ça. Twitter par ci, Twitter par là... Je subis une certaine pression pour me plier à cette mode, mais j’essaie tant bien que mal de résister. Ce qui donne parfois des guerres d’éditions, quand je suis tiraillé entre l’obéissance à mon employeur et le respect de la vision de Diderot, dont je suis l’héritier spirituel. J’écris une bêtise trop vite puis l’efface, la remets puis annule, et finis par verrouiller la page en question et bloquer mon compte. C’est parfois handicapant, mais il faut que je prenne des mesures auto-punitives pour ne pas subir les foudres d’Internet.

Vous savez, parfois Internet me fait peur. C’est un lobby extrêmement puissant. Des rumeurs circulent. Plus de 500 jeunes se suicident tous les ans1, mais savez-vous combien sont victimes d’Internet ? Et les spécialistes indiquent que 800 000 personnes en France2 ont une conduite addictive à Internet, plus précisément à la vidéo, plus précisément aux jeux vidéo. Bien sûr, j’essaie de démêler le vrai du faux. Internet, criminel ? C’est difficile à croire. Mais entre les bébés coréens qui meurent de faim par sa faute3, les jeunes qui passent leurs journées derrière un écran à se goinfrer de meuporg, les cybers-pervers... Je suis obligé de me poser certaines questions.

Comment a germé l’idée du projet Wikipedia ?

Un petit peu par hasard. C’était au début des années 2000, juste après l’explosion de la bulle Internet... qui ne m’avait d’ailleurs pas épargné : mon site d’e-commerce venait de s’écrouler. J’étais vraiment au fond du trou, mais mon goût pour la connaissance était resté intact. Je cherchais à l’époque des informations sur un ex-porte-parole de la Chambre des Clefs de l’île de Man, en vain. Rien dans les journaux, rien dans les livres. Et le jour où j’ai eu l’opportunité de rencontrer Internet en personne, il m’a dit : « moi, je sais ». Il m’a raconté quelques anecdotes sur l’homme en question et j’ai voulu les mettre en ligne pour les partager avec d’autres curieux comme moi. Puis j’ai demandé à Internet où il avait eu ses informations, quel document pouvait m’aider à creuser le sujet, mais il n’a jamais voulu me le dire : « T’occupe. On s’en fout, d’où ça sort. Le principal, c’est que je le sache. Je sais tout. » J’ai fermé les yeux et écrit l’article quand même. Puis il m’a proposé de travailler pour lui, en créant une encyclopédie en ligne gratuite.

Je pense qu’il voulait améliorer son image de marque. À l’époque, son employé Monsieur Google faisait plutôt bien son boulot, mais il a toujours été plus branché quantitatif que qualitatif. Débiter des listes de résultats au kilomètre quand un internaute lui demande quelque chose, ça il sait faire... mais quel foutoir ! Jamais une réponse pertinente à la première place des résultats ! Il fallait un mec sérieux pour contrebalancer sa fougue irréfléchie. J’étais ce gage de qualité.

Et vous l’êtes toujours !

Vous avez des références pour en attester ? Je plaisante... Merci pour le compliment. Si un autre média d’envergure nationale brosse un aussi joli portrait de moi dans deux ans, j’aurai atteint les critères d’admissibilité pour avoir un chouette article à mon nom sur Wikipédia. J’attends ce jour avec impatience.

Notes et références

1. ↑ Internet, la cour de récré qui tue, TF1, 29 mars 2010
2. ↑ « France 2 - télématin - MMORPG », sur Youtube, 18 mars 2010
3. ↑ « Occupés par un enfant virtuel, deux coréens oublient leur bébé », Libération, 6 mars 2010

Voir aussi

Articles connexes

- « Le responsable du site Wikipédia a mis en ligne la France championne olympique »
- Inside Wikipédia

Liens externes

- Wikipédia

Catégories : Interview | Wikipédia | Poisson d’avril


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