jeudi 20 novembre 2008 11:41
Morts en cellule : la taule à la barre
Enquête. France 2 revient sur les décès récents de trois détenus.
par Olivier Bertrand
tag : prison
Prison : que se passe-t-il derrière les barreaux ?, d’Agnès Vahramian, Envoyé spécial, France 2, 20h55.
Les images agacent d’abord. Illustratives, angoissantes, elles montrent une clef tournant dans une serrure, un œil qui inspecte depuis l’œilleton, des silhouettes marchant au ralenti dans un couloir. Heureusement, la qualité de l’enquête permet de ne pas décrocher. La journaliste Agnès Vahramian a travaillé sur les cas de trois détenus dont les morts ont été très médiatisées en début d’année. Elle partait du postulat que ces drames révéleraient les dysfonctionnements des prisons et de la justice. Le sujet y parvient, grâce à une enquête fouillée. L’administration pénitentiaire exigeait de le voir avant diffusion. La journaliste a refusé et n’a donc pas pu tourner en prison, d’où les images d’archives souvent dénuées de sens. Lucilia Semedo de Veiga, 28 ans, a agonisé le 18 janvier 2008, toute une matinée, dans sa cellule de Fresnes (Val-de-Marne). Julien, 16 ans, s’est pendu le 2 février dans l’établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) de Meyzieu (Rhône). Jérémy Martinez, 19 ans, a été massacré le 4 mars par son codétenu, dans la maison d’arrêt de Valence (Drôme). La journaliste met en perspective le parcours des détenus avant l’incarcération, ce qui permet de mesurer le désarroi des adultes, parents ou magistrats, qui n’ont su infléchir leurs trajectoires délinquantes. Puis elle détaille les dernières semaines, les dernières heures. Le huis clos de Jérémy, enfermé avec un fou furieux qui avait aspergé d’essence un sans-abri avant de le brûler au chalumeau. Une note avait pointé sa dangerosité, recommandé de le placer seul en cellule. Mais la surpopulation a pris le dessus et les surveillants ont fini par mettre un gamin de 19 ans avec le malade. Ils n’ont pas réalisé les mauvais traitements qu’il subissait, malgré les alertes de la famille. Il fallait écrire au médecin pour le voir, écrire pour changer de cellule. C’était la procédure. Julien Khazzar s’est suicidé le mois précédent, après des tentatives que l’administration pénitentiaire a toujours minimisées. L’enquête révèle qu’un médecin avait voulu hospitaliser en décembre le garçon, après une première tentative, que le directeur de l’EPM conteste. L’un des cadres de l’établissement a ordonné aux surveillants de signer une décharge pour ramener l’adolescent en détention. En filigrane, on senten permanence le poids de cette surexposition à la violence en prison. Cela pousse à tout relativiser. Les maltraitances deviennent des disputes, les tentatives de suicide des « stratagèmes », selon l’expression du directeur. Le sujet expose tout cela sans simplifier. On voit tout au long du film à quel point les surveillants subissent eux aussi les événements et la surpopulation. L’un d’eux dit ainsi : « Tant qu’on aura l’obligation d’incarcérer sans le nombre de places adéquat, on continuera d’entasser les détenus. » Et les prisons resteront l’endroit où le risque de suicide ou d’agression est le plus élevé. Paru dans Libération du 20 novembre 2008
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