mercredi 19 novembre 2008 11:11
« Moscow Belgium » relève le Gand populaire
Waterzoï. Van Rompaey se penche avec tact sur les sans-grade d’une banlieue HLM flamande.
par Gilles Renault
DR
Moscow Belgium, de Christophe Van Rompaey, avec Barbara Sarafian, Jurgen Delnaet, Johan Heldenbergh... 1h42.
Puisqu’il semble acquis que plus on monte vers le nord cinématographique de l’Europe, plus le linge sale se lave en famille mais aussi à table (cf. les psychodrames danois, islandais ou suédois de ces dernières années), alors on n’est pas surpris de voir que Moscow Belgium comporte plusieurs séquences autour de la boustifaille. Au menu, waterzoï (un ragoût de viande ou de poulet), boudin ou carbonade. Car l’action se situe dans la partie flamande de la Belgique, du côté de Gand, et que le milieu infiltré est plutôt du genre populaire. Dès la scène d’ouverture, le contexte est donné : une mère, entourée de ses deux enfants, qui pousse un chariot sur le parking d’un supermarché ; puis la même qui, au volant de sa voiture, à peu près aussi fatiguée qu’elle, a un accrochage avec un camion. Au lieu d’un constat à l’amiable, l’incident se prolonge en un échange de noms d’oiseaux. Johnny, le chauffeur, ne mâche pas ses mots pour lui signifier qu’elle n’est plus une jouvencelle ; Matty, l’offensée, réplique. Evidemment, la nature de leur relation sera amenée à évoluer. Tourné durant l’été 2007 dans un environnement authentique (appartement dans une HLM des années 70 à côté d’une bretelle d’autoroute), Moscow Belgium est le premier long métrage pour le cinéma de Christophe Van Rompaey, passé par la pub, le court et la télé. A la fois chronique familiale et romance écorchée, le film cerne avec tact un panel de sans-grade de la société qui, trébuchant parfois, slaloment entre les aléas et dont les aspirations ne vont pas forcément au-delà d’un « je veux une vie normale » lancé en ultime recours. Ceci posé –et là réside tout l’intérêt–, Moscow Belgium parvient à maintenir à distance raisonnable la menace misérabiliste qui pourrait à tout moment l’ensevelir. Alors que le désenchantement et la résignation guettent, le film préfère explorer la prudente possibilité d’une issue positive, chez des êtres méfiants et cabossés en quête de bouée. A ce petit jeu, c’est la quadragénaire Barbara Sarafian qui s’en sort le mieux, tour à tour mère de famille dépitée, femme bafouée et amante charnelle avec une égale exactitude. Paru dans Libération du 19 novembre 2008
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