mercredi 10 février 2010 19:04
Mourir à gorges déployées
Sur France 2, « Obsession(s) », un thriller psy réussi.
par Isabelle Hanne
tag : France 2
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Obsession(s) de Frédéric Tellier France 2, ce soir, à 20h35. Ah, un bon polar des familles ! Une belle histoire de cœur inversé, d’idées fixes, de viols et de meurtres en série, de squelettes et d’ampoules rouges. Obsession(s) commence par un homicide ritualisé : une femme a été découverte nue, ligotée à son lit, la poitrine ouverte. La SRPJ de Créteil, où travaille le brigadier Sarah Lisbourne (Emilie Dequenne), est sur le coup. Lisbourne est la seule à croire en la thèse du tueur en série, et veut se joindre aux équipes chargées de l’enquête. Mais son chef refuse. C’est que le commissaire Gravier (Lionnel Astier, le Léodagan de la série Kaamelott sur M6) semble l’avoir dans le pif, la Lisbourne. Sarah décide quand même d’enquêter, mais sans l’aval de sa direction. Très vite, elle va faire le lien avec le mode opératoire d’un autre tueur en série, pourtant dézingué des années plus tôt par un flic. Est-ce l’histoire d’un tueur qui en copie un autre ? Très vite aussi, elle va se rapprocher de Luc Soubeyon (Samuel Le Bihan), la quarantaine bourrue, homme à la patte folle et à tout faire de la SRPJ. Marginal et aigri, Luc refuse d’abord de l’aider, puis s’attache à la fliquette qui, c’est vrai, a de la suite dans les idées. L’improbable duo va, quasi clandestinement, faire avancer l’enquête. Mais n’empêchera pas la mort d’une deuxième victime retrouvée, elle aussi, la poitrine ouverte. Le personnage de Lisbourne intrigue et fascine dès les premières séquences du film. Quel est donc le secret de cette blonde à la mâchoire serrée, opiniâtre et asociale, capable de bousiller sa carrière pour résoudre une enquête ? D’où vient sa monomanie pour les serial killers ? Et pourquoi se rend-elle régulièrement en prison pour visiter Douelec, un tueur en série (Denis Lavant, formidable méchant) qui lui fait subir d’atroces tortures psychologiques ? C’est une des réussites de ce polar : laisser, au fur et à mesure de l’intrigue, se construire le personnage de Sarah, sans passer par des flash-back explicatifs. Réalisé par Frédéric Tellier, d’après un scénario de Franck Thilliez, auteur de romans policiers (la Chambre des morts, la Forêt des ombres…), Obsession(s) n’a rien d’effrayant ni de gore. C’est un honnête polar psychologique, qui sait suggérer, habilement, la violence, la folie, le sang, sans jamais les montrer. Avec ses ambiances soignées, le film parvient à faire ressentir ces obsessions plurielles : celles, perverses et débridées, des tueurs en série. Mais aussi, héritages de traumatismes et de frustrations, celles de Lisbourne et Soubeyon. Publié dans Libération du 10/02/10
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