mardi 24 février 2009 14:56
Mousson d’oscars pour « Slumdog »
Le film de Danny Boyle, déjà couvert de prix prestigieux, a raflé huit statuettes. La Grande-Bretagne savoure ce succès.
par Sabine Limat
DR
LONDRES, correspondance
Slumdog Millionaire a beau avoir été tourné entièrement en Inde avec une majorité d’acteurs locaux, cela n’a pas empêché la Grande-Bretagne de revendiquer haut et fort le triomphe du film aux oscars comme une victoire très britannique. Et pour cause… Principalement financé par la compagnie de production (anglaise) Film4, réalisé par le metteur en scène (anglais) Danny Boyle, écrit par le scénariste (anglais) Simon Beaufoy, et ayant comme acteur principal le Londonien Dev Patel (18 ans), Slumdog Millionaire était ainsi hier porté aux nues non seulement par les médias – tel The Evening Standard, le quotidien londonien qui affichait en première page cette victoire comme « Un triomphe pour la Grande-Bretagne » – mais aussi par le Premier ministre Gordon Brown, lequel, faisant montre d’un enthousiasme peu habituel, a décrit le film comme « un succès fantastique pour l’industrie britannique qui domine aujourd’hui le monde » (rien de moins !). De fait, nominé dix fois, le film a dominé la 81e cérémonie des oscars en remportant huit catégories, dont les prix très convoités de meilleur film, de meilleur réalisateur et de meilleur scénario. Les attaques de certaines associations et personnalités indiennes, qui avaient accusé les producteurs d’exploiter les habitants des bidonvilles de Bombay (lire ci-contre) ne semblent pas avoir entaché l’engouement du public, tant britannique qu’international, pour Slumdog Millionaire. Le film, qui dépeint avec réalisme la misère, la brutalité et la corruption des quartiers pauvres de Bombay à travers les aventures d’un orphelin, Jamal Malik, sur le point de gagner la version indienne de l’émission-jeu Qui veut gagner des millions ?, a déjà brisé les records de fréquentation en Grande-Bretagne, se maintenant en tête du box-office pendant cinq semaines, et rapportant 21 millions de livres (24 millions d’euros) sur cette période (phénomène identique en France mais à une moindre échelle, avec 950 000 entrées en cinq semaines). Et si Slumdog Millionaire ne constitue pas le premier grand succès britannique aux oscars ( le Patient anglais et Shakespeare in Love ont glané davantage de statuettes), le film apparaît néanmoins comme une vraie victoire pour le cinéma indépendant britannique, et un succès critique autant que commercial rarement vu : produit avec un budget de 14 millions de dollars (soit un dixième du budget de son concurrent américain l’Etrange Histoire de Benjamin Button), et ayant échappé de peu à la distribution directe en DVD, le film a déjà rapporté plus de 160 millions de dollars (125 millions d’euros) à ses producteurs et distributeurs. Chiffre qui ne peut qu’augmenter suite au prestige de cette spectaculaire récompense… Le film, qui a par ailleurs remporté sept Baftas (équivalent britanniques des césars) et quatre Golden Globes américains, constitue aussi un retour en grande forme, et un tournant, pour son réalisateur, Danny Boyle (52 ans). En dépit du réalisme tragique de ce dernier film, Boyle fait preuve dans Slumdog Millionaire d’une chaleur et d’un optimisme qui tranchent sur ses films précédents, lesquels incluent les très noirs Petits Meurtres entre amis, Trainspotting, la Plage et 28 Jours plus tard. Le message optimiste qui se dégage du film explique d’ailleurs en grande partie son succès et celui de son réalisateur face aux poids lourds hollywoodiens que sont Gus Van Sant (Milk), Ron Howard (Frost/Nixon) et David Fincher (l’Etrange Histoire de Benjamin Button). Danny Boyle n’a d’ailleurs pas caché sa joie quand il est monté sur scène pour recevoir son oscar, sautant sur les marches menant au podium « à la façon de Tigrou », l’un des personnages de Winnie l’Ourson. Mais si l’ambiance était à l’optimisme dimanche soir pour le cinéma britannique, qui pouvait par ailleurs revendiquer la victoire de l’Anglaise Kate Winslet au titre de meilleure actrice pour son rôle d’ancienne garde de camp nazi dans le Liseur, Danny Boyle a rappelé la nécessité de « protéger les petits films d’auteur » : une allusion aux problèmes financiers auxquels font face BBC Films et Film4, dont les budgets respectifs, déjà réduits par le gouvernement, seront inévitablement diminués si les compagnies qui les possèdent, respectivement BBC Worldwide et Channel 4, fusionnent cette année.
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