« Mr. Untouchable » : pépère gangster
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Extrait de l’affiche de « Mr. Untouchable ». DR
Mr. Untouchable, de Marc Levin (2007). Wild Side Video, 14,99€
Les dealers historiques du New-York des 70’s ont le vent en poupe : après Frank Lucas, que Ridley Scott a dépeint sous les traits de Denzel Washington dans American Gangster, c’est son collègue de l’époque Nicky Barnes qui effectue un come-back cinématographique, cette fois-ci sous forme documentaire, dans Mr. Untouchable. Réalisé par Marc Levin (Slam), le film doit son titre au surnom donné à Barnes par le New York Times, référence au pouvoir de ce parrain de Harlem face aux forces de l’ordre, impuissantes. Le film revient sur la « carrière » du parrain black en exhumant moult images d’archives, et surtout... Barnes lui-même, dont le visage reste caché, protection oblige. Il faut en effet préciser que Barnes n’est pas resté « intouchable » éternellement : en 1977, il se fait arrêter. Quelques années plus tard, s’estimant trahi par ses proches, Mr. Untouchable se convertit à l’art de la balance et devient l’indic préféré des stups américains !
Désormais libre, il a depuis intégré le programme de protection des témoins et recherche une certaine discrétion, plusieurs contrats le menaçant directement. Pour filmer son témoin vedette sans le montrer réellement, Marc Levin use de toutes les ficelles connues : contre-jour, inserts de gros plans. Ainsi peut-on voir les prétendues mains de Barnes s’affairer autour de liasses de billets (quand il est question d’argent), de monticules de coke (quand on parle de drogue). Autant l’avouer, par moment, la dramatisation excessive digne d’un reportage de Sans Aucun Doute n’est pas loin, à ceci près qu’ici, la bande-son est définitivement plus funky : Curtis Mayfield, James Brown, Isaacs Hayes, entres autres. Si le documentaire constitue en lui-même un spectacle assez passionnant à suivre, les bonus du DVD recèlent également quelques pépites, comme cette rencontre aussi surréaliste que gériatrique entre Frank Lucas et Nicky Barnes. Cette entrevue amicale et téléphonique —Barnes ne pouvant pas se montrer, on ne voit que Lucas— est filmée avec les pieds et se déroule dans un bureau laid. Pourtant, impossible de ne pas halluciner devant les papotages de ces deux ex-figures du crime new-yorkais, devenus de quasi-sympathiques pépés anonymes. Lucas, en chaise roulante, fait penser à un vieux bluesman sur le retour et engueule entre deux quintes de toux un des assistants de production qui laisse sonner son portable. Avec Barnes, ils discutent du bon vieux temps, de qui vendait la meilleure héroïne, avant de dériver sur Puff Daddy (« je connais bien son père, un mec bien », affirme Lucas) et Hillary Clinton (« elle va gagner, c’est clair » assure Barnes). Si Tarantino écrivait de tels dialogues, on le taxerait encore d’en faire trop.
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