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jeudi 31 mars 2011 17:40

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Musique : Amazon sur son petit nuage

par Camille Gévaudan

tags : musique , cloud computing , streaming , Amazon , Sony , États-Unis , Android

Photo Glg, CC BY SA

L’avenir de l’informatique est « dans les nuages », répètent à l’envi les grands acteurs d’Internet. À l’heure où pullulent smartphones et tablettes, le besoin se fait sentir de pouvoir stocker ses document en ligne plutôt que sur un disque dur, pour ensuite y accéder facilement depuis n’importe quel appareil connecté. Google, Apple et les autres (même la Poste) multiplient ainsi les services « in the clouds » dans tous les domaines du multimédia... sauf la musique, jusqu’à aujourd’hui.

Amazon vient de franchir un grand pas symbolique avec son Cloud Drive, lancé en début de semaine. Il s’agit d’un disque dur virtuel dont les 5 premiers Gigaoctets sont gratuits, capable de stocker tous types de contenus mais particulièrement bien optimisé pour les fichiers audio dans sa version américaine. Il classe les chansons par genre ou par artiste, affiche leur durée, va automatiquement chercher le visuel des albums sur Internet... Et surtout, il est agrémenté d’un petit player audio pour lire la musique, contrôler le volume du son et naviguer dans les pistes. En somme, le site ressemble moins à un disque dur lambda qu’à un logiciel de gestion de bibliothèque multimédia comme Windows Media Player ou iTunes.

 

 

Offrir un espace de stockage en ligne : très bien. Gratuitement ? Excellent. Mais permettre aux internautes d’écouter leurs fichiers musicaux ? Les maisons de disques n’en reviennent toujours pas. « Nous sommes déçus de constater que le service de stockage d’Amazon n’ait pas fait l’objet d’un contrat avec Sony Music », a immédiatement réagi un porte-parole de la major. Elle estime qu’Amazon aurait dû préalablement négocier un accord avec les ayants droit pour diffuser leur catalogue musical sur Internet. Sony assimile donc le Cloud Drive aux offres de musique en streaming existantes, comme Deezer ou Spotify. Après tout, semblent-ils penser, ces trois services fonctionnent sur le même principe : ils stockent et jouent de la musique sur leurs serveurs pour autoriser les internautes à écouter des morceaux dont ils ne disposent pas « physiquement ».

L’application Cloud Player, conçue pour lire les morceaux sur les téléphones et tablettes Android, ressemble même furieusement à celle de Spotify : les mêmes boutons verts, la même play liste épurée...

Mais il reste tout de même une différence de taille : avec Cloud Drive, les internautes ne peuvent écouter que leur propre musique, et non piocher l’album qu’ils veulent dans un gigantesque catalogue. Ils n’ont accès qu’aux morceaux dont ils sont déjà propriétaires, quelle que soit la façon dont ils se les sont procurés. « Enregistrer un MP3 sur le Cloud drive est exactement la même chose que d’enregistrer un MP3 sur une clef USB ou sur iTunes », justifie Cat Griffin, porte-parole d’Amazon. « Nous n’avons pas besoin d’une licence spécifique pour cela. »

Sony ne l’entend apparemment pas de cette oreille, et commence déjà à parler d’une éventuelle poursuite en justice. Derrière cette menace, peut-être, la crainte du piratage. Amazon a fait en sorte d’encourager son propre service de téléchargement légal, en promettant par exemple de ne pas décompter les morceaux achetés sur Amazon MP3 dans les 5 Go (ou plus) d’espace de stockage. Mais puisque tous les fichiers sont acceptés sur Cloud Drive, même ceux téléchargés en peer-to-peer, le service pourrait faire de l’ombre aux solutions de streaming légales — dont le Qriocity de Sony. Cela ne manquera pas d’arriver.

Mais à l’heure actuelle, les concurrents légaux manquent encore à l’appel. Deezer et Spotify ne sont disponibles que dans une poignée de pays européens. Quant aux deux géant du Net, Apple et Google, ils tardent à lancer leurs solutions de streaming. iTunes ne propose que du téléchargement, mais le récent rachat de Lala.com suggère une future diversification de ses activités. Des rumeurs annoncent le lancement de Google Music depuis plusieurs mois, mais aucune confirmation officielle n’a été donnée. Bref : pendant que les leaders traînent la patte, Amazon leur a tout simplement grillé la priorité. « Et voilà, Amazon a gagné la course des trois grands concurrents : ils sont les premiers à fournir une solution entièrement en ligne pour la musique », commente Techcrunch, comme de nombreux autres médias d’information sur les nouvelles technologies. Et qui dit « premier arrivé » dit « premier servi » en termes de clients...

On fait toutefois confiance à Google et Apple pour se rattraper quand l’heure sera venue, en profitant de leur réputation et d’un contexte juridique moins flou. « Les concurrents d’Amazon sont probablement heureux de le laisser prendre la tête de la course », analyse Aram Sinnreich, spécialiste des médias à l’université d’État du New Jersey. « Amazon s’avance en terre inconnue ; il s’agit vraiment d’un zone grise dans la loi. Je pense personnellement qu’un simple service de stockage ne nécessite pas d’accord avec les maisons de disques, mais elles ont une autre position. Amazon fait donc le sale boulot en se lançant tête la première. » Google Music et le streaming sur iTunes devraient suivre une voie différente en proposant des abonnements à la Deezer, et ne négligeront donc pas de passer par les négociations avec les majors. Mais quelques précédents juridiques permettraient en effet de clarifier la situation.


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