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jeudi 10 mai 2012 14:32

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Musique : Facebook met Grooveshark en sourdine

par Sophian Fanen

tags : musique , Facebook , streaming , Grooveshark

Photo pedroangelo CC BY SA

Grooveshark a de moins en moins d’oxygène pour nager. Visé par des procédures initiées par les quatre majors du disque, qui l’accusent d’infraction massive au droit d’auteur, le site de streaming musical officiellement basé en Floride, aux Etats-Unis, s’est fait éjecter de Facebook cette semaine.

Plus précisément, le réseau social a désactivé l’application Grooveshark, expliquant à Digital Music News avoir « reçu un avis d’infraction au copyright », sans citer la source de cette notification. Dans la foulée, la firme de Mark Zuckerberg a également désactivé la possibilité pour les utilisateurs de Grooveshark de s’identifier avec leur profil Facebook. Une correction a depuis été apportée sur Grooveshark, qui permet de s’identifier avec une simple adresse email si l’on s’identifiait avec Facebook auparavant.

 

 

Réagissant sur son blog, l’équipe de Grooveshark a dans un premier temps évoqué un problème technique : « Nous croyons qu’il s’agit d’une erreur et nous sommes en communication avec Facebook pour tenter de comprendre exactement ce qui se passe », expliquait-elle. Ce qui s’est passé était pourtant clair : Facebook, qui prépare son entrée en bourse d’ici dix jours, ne souhaite pas s’encombrer d’un service qui ne rentre pas dans les clous imposés par les avocats de l’industrie des loisirs.

Spotify, Deezer ou Rdio sont les bienvenus, puisqu’ils ont négocié des accords (très coûteux et très peu en faveur des artistes) avec les maisons de disques et versent des royalties sur les écoutes. Mais Grooveshark fait figure de vilain canard dans ce monde en pleine structuration après avoir perdu son accord de licence avec EMI et échoué à faire accepter son modèle à d’importantes maisons de disques. Aujourd’hui, Grooveshark se réfugie dans le « havre » (« safe harbour ») décrit dans le Digital Millenium Copyright Act, qui lui permet de laisser ses 30 millions d’utilisateurs annoncés uploader n’importe quel titre librement et gratuitement pour y accéder ensuite quand ils le souhaitent.

Comme YouTube, Grooveshark supprime bien les morceaux qui lui sont signalés comme soumis à un copyright (c’est la procédure dite de take down). Sauf que, là où le site de streaming vidéo a signé des accords aussi bien avec les maisons de disques qu’avec les sociétés de perceptions de droits d’auteur comme la Sacem, Grooveshark est isolé (ou s’est isolé). Et le monde de la musique n’aime pas qu’on se fasse de l’argent (avec la publicité notamment) sur ses artistes.

Récemment, David Israelite, le président de la NMPA, l’association des éditeurs de musique américains, a rappelé l’opposition de sa structure au modèle de libre circulation défendu par Grooveshark — on n’en attendait pas moins de sa part. « Il est incontestable que le streaming interactif nécessite une licence [d’exploitation], a-t-il dit. Nous considérons clairement Grooveshark comme un mauvais acteurs du secteur, qui vole les auteurs-compositeurs. »

Quelques semaines plus tôt, Jeff Price le patron du distributeur en ligne TuneCore, avait été moins diplomatique, appelant les artistes qui passent par ses services à lancer une campagne de boycott. « À mon avis, Grooveshark est un poisson qui pourrit par la tête, a-t-il taclé. Les gens qui le dirigent sont immoraux et ne se soucie pas de qui ils blessent aussi longtemps qu’ils font de l’argent. »

Une position critiquée par une partie du secteur, qui s’est écharpé dans les commentaires de l’article. Ainsi, Steven Corn, de BFM Digital (qui représente et défend les intérêts d’artistes indépendants et inconnus en ligne) : « Mes artistes sont payés par Grooveshark. Ceci parce que nous avons passé un accord avec eux. Il n’y a pas beaucoup d’argent en jeu pour les artistes, mais on peur dire la même chose pour beaucoup de services de streaming, y compris Pandora, Spotify, etc. En fait, je reçois plus d’argent de Grooveshark que d’autres services plus acceptables comme Last.fm ou We7. » Et de rappeler que la majorité des artistes qui confient leurs morceaux à TuneCore ne touchent « même pas de quoi rembourser leurs frais d’affiliation ». Il en va de même pour les sociétaires de la gestion collective... Derrière le cas Grooveshark, c’est donc aussi la question du modèle qui sera le plus bénéfique aux artistes qui se pose : quels intermédiaires sont réellement nécessaires dans la musique en ligne ?

La campagne de boycott lancée par TuneCore n’a de toute façon eu absolument aucun impact. Aucun artiste n’a réagi. Ceci surtout parce que Grooveshark n’est pas un service de streaming comme les autres : il est construit par ses utilisateurs, et comme sur feu Napster ou sur le merveilleux SoulSeek, on y trouve des choses rares, qui sont parfois absentes des catalogues de Deezer ou Spotify (même si ces derniers regorgent aussi de surprises), des live pirates, des raretés, etc. C’est aussi ce que compte faire Anontune, le service de streaming qui revendique la bannière Anonymous et qui a été lancé en bêta fin avril. On a essayé, mais on attendra qu’il fonctionne vraiment pour avoir un avis dessus. Pour l’instant, tout y est très approximatif.

 

 

Deux portes de sortie s’offrent aujourd’hui à Grooveshark. La première, et la plus probable étant donné la rigidité du cadre juridique du secteur aux États-Unis comme en Europe et le passif dans ce domaine, est de le voir tomber face aux coups de boutoir de ses opposants. Ainsi, personne ne sera étonné que Grooveshark soit la prochaine cible médiatisée d’une action similaire à celle qui a fait fermer MegaUpload en janvier.

La deuxième issue serait que Grooveshark tienne jusqu’à l’acceptation du modèle de la licence globale/légale, d’une large légalisation des échanges non marchands dans les pays qui représentent les plus gros marchés pour la musique. Il deviendrait alors un service comme un autre. Sauf que ce modèle semble bien loin et que l’explosion actuelle du streaming légal, qui crée une sorte de licence globale privée et fermée, encadrée par des accords avec les ayants droit, n’appelle pas à l’adoption d’un système de licence généralisée.


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