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mercredi 6 avril 2011 16:47

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Musique : l’Élysée à la rescousse des producteurs

EXCLUSIF - Trois rapporteurs (deux producteurs et un député) ont été nommés pour plancher sur le futur Centre National de la Musique, chargé de soutenir la production musicale.

par Camille Gévaudan

tags : politique , musique , économie , Hadopi

Photo Knipsermann, CC BY

Alors que l’Hadopi galère à promouvoir les offres légales de musique en ligne, ce projet-là, né il y a moins de trois mois, est parti sur les chapeaux de roues. L’idée d’un Centre National de la Musique, construit sur le modèle du Centre National du Cinéma (CNC), circulait dans le milieu culturel depuis plusieurs années, mais elle fut concrètement évoquée à la mi-janvier 2011 par le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand. Quand, ce jour-là, la mission sur la gestion collective des droits d’auteur confiée à Emmanuel Hoog a débouché sur une liste de « 13 engagements pour la musique en ligne », signés par les acteurs de la filière, le ministre a conclu dans son discours : « Ces engagements constituent le socle indispensable nous permettant d’engager un nouveau cycle de concertation et de propositions, en vue notamment de la constitution d’un outil de soutien au secteur dans toutes ses composantes ».

Un « outil de soutien au secteur » ? Immédiatement, producteurs et plates-formes de musique ont senti le terrain propice à une réflexion sérieuse sur la faisabilité de ce CNM. L’Union des Producteurs Phonographiques Français Indépendants (UPFI) a mis un coup de pression avant même l’ouverture du Midem à Cannes, appelant dans un communiqué de presse à « la mise en œuvre rapide des engagements pris » pour soutenir et réguler l’économie du secteur. L’affaire n’a pas traîné.

Selon nos informations, le rapport de préfiguration est déjà sur les rails et sa date de remise est fixée : il faut que tout soit bouclé dans deux mois. Aux manettes, deux producteurs de musique, Daniel Colling et Marc Thonon, ainsi que le député UMP Frank Riester, bien connu pour avoir été le rapporteur de la loi Hadopi. Ils ont tous trois été nommés par le conseiller à la culture de l’Élysée, Olivier Henrard, lui-même co-rédacteur de cette même loi Hadopi, architecte du système de riposte graduée dont la première version fut censurée par le Conseil constitutionnel et défenseur du filtrage des accès Wi-Fi publics. Que du beau monde, donc, mais dont il n’est pas sûr que l’intérêt soit de défendre « toutes les composantes » du secteur musical.

Car au cœur de cet hypothétique CNM, c’est « la production [qui] demande un financement », ainsi que l’expliquait Jérôme Roger, directeur général de l’UPFI, sur LCI Radio. « Avec près de 60% de recul des ventes sur bientôt dix ans, les revenus des producteurs ont baissé de 60%, pratiquement. Leur marge a baissé, et donc leurs capacités d’investissement sont en question aujourd’hui. »

Quels seraient donc les pouvoirs de ce Centre National de la Musique pour y remédier ? En gros, taxer tous les canaux de diffusion de musique pour alimenter un compte de soutien à la production, calqué sur le Cosip du CNC. « Il serait tout à fait justifié à la fois de créer une taxe fiscale sur les ventes de CD et les ventes de fichiers numériques, mais aussi, et de façon significative, taxer les radios, les réseaux musicaux et les fournisseurs d’accès », détaillait Jérôme Roger. La taxe sur les CD et mp3 jouerait le rôle de la taxe spéciale additionnelle (TSA) sur les places de cinéma ; la taxe sur les radios serait l’équivalent de la taxe audiovisuelle sur les chaînes de télévision.

Et celle sur les FAI s’ajouterait au montant qu’ils versent déjà au Cosip pour la partie « télévision » des forfait triple-play. Mais alors que la taxation audiovisuelle des FAI était compensée par une semi-réduction de leur TVA à 5,5% (supprimée depuis peu), une taxe musicale ne serait tempérée par aucun privilège. En ce sens, elle concrétiserait la « contribution compensatoire » réclamée par l’Adami et la Sacem depuis des années pour consoler l’industrie du disque d’un manque à gagner imputé au piratage. La facture des internautes augmenterait d’un ou deux euros mensuels, sans pour autant autoriser les échanges d’œuvres sur les réseaux à la manière d’une licence globale.

Sans surprise, les deux rapporteurs-producteurs en charge du dossier CNM ne sont pas vraiment connus pour leur bienveillance à l’égard du partage. Le premier, Marc Thonon, a fondé et dirige le label indépendant Atmosphériques (Charlie Winston, Louise Attaque, Les Wampas...), qui est adhérent de l’UPFI. Il a été élu l’an dernier au poste de président de la Société civile des producteurs de phonogrammes en France (SPPF). À ce titre, on l’a entendu, dans Télérama, pester contre les revendications d’une jeune téléchargeuse qui illustraient, selon lui, « le fracas de la lutte quasi idéologique qui est menée sur le dos de la création. »

Daniel Colling, quant à lui, est un puissant du monde musical — certains l’accusent même de menacer le pluralisme culturel de sa région par l’« empire » qu’il y a fondé. Producteur de spectacles vivants et cofondateur du Printemps de Bourges, il est également propriétaire d’une petite brochette de lieux culturels berruyers via sa société Coulisses : Palais des Congrès, Parc des Expositions, salle Germinal... Sans compter les Zénith dont il est à la tête, y compris celui de Paris.

« La production demandait un financement », et la production construit ce financement par la plume des ses propres représentants. La création musicale est bientôt sauvée.


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