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mercredi 5 novembre 2008 11:36

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« My Magic » : clous et blessures

Maso. Le Singapourien Eric Khoo suit un fakir alcoolique lors de son retour sur scène.

par Gilles Renault

DR

My Magic, d’Eric Khoo, avec Francis Bosco, Jathisweran, Grace Kalaiselvi, 1h15.

La prestidigitation ayant aussi ses limites, My Magic est reparti bredouille du dernier festival de Cannes, où il figurait en compétition dans la sélection officielle. Ce n’est pourtant tous les jours qu’un film en provenance de Singapour côtoie les abonnés Atom Egoyan, Dardenne brothers et autre Clint Eastwood. S’il a peiné à rivaliser avec la concurrence internationale, le quatrième long métrage d’Eric Khoo (Be with Me, qui ouvrait la Quinzaine des réalisateurs en 2005) mérite toutefois mieux que le statut de bizarrerie exotique. « J’ai toujours voulu que ce film soit petit et délicat. Je ne voulais pas d’extravagance, au contraire, je tenais à conserver un ton intimiste et subtil », argumente ainsi son auteur, tombé un jour en arrêt (« il est plus grand que la vie, je rêvais de faire un film avec lui et pour lui ») devant l’Indien Francis Bosco, dont la véritable vie sert de canevas au synopsis.

Authentique magicien professionnel depuis plus de dix ans, cet ancien laboureur taillé comme un menhir joue le rôle d’un type au bout du rouleau, qui boit comme un trou, élève seul son fils et vivote en débarrassant les tables d’une boîte de nuit pouilleuse... où on l’incite, un jour, à exercer sur scène ses talents de showman. Car Francis Bosco, le « vrai », comme celui de My Magic, a (aurait ?) des dons très particuliers, qui lui permettent de se perforer la peau avec des aiguilles à tricoter, de s’allonger sur du verre pillé ou de mastiquer des ampoules électriques sans séquelles apparentes. Et de remettre ça le lendemain.

Tourné en neuf jours et une prise à chaque fois pour les numéros de cabaret, afin, dit-on, de ménager la bête (quand même !), My Magic cherche son équilibre ambigu entre rite sacrificiel et élévation spirituelle, pour décliner le calvaire stoïque d’un homme prêt à lancer cet ultime défi à la déchéance, qui consisterait à repousser sans cesse les limites de la souffrance. Détaillé de manière brutalement frontale, le supplice physique et moral culmine dans l’humiliation d’un type qui, in fine, ne trouve rien de mieux à chuchoter à son fils que ces quelques mots d’encouragement : « C’est un monde cruel, un jour tu comprendras. »

Paru dans Libération du 5 novembre 2008


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