lundi 29 juin 2009 18:17
La « réalité pratique » de l’e-mail selon NKM
par Astrid Girardeau
A l’occasion du colloque Droits et libertés dans la société numérique qu’elle organisait jeudi dernier, la secrétaire d’état en charge de l’économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, est revenue sur l’affaire Bourreau / Panafieu / Hadopi / TF1. L’occasion de proposer une réflexion personnelle sur l’usage de l’e-mail. Dans le cadre de la première table ronde, Internet, quel progrès pour la démocratie ?, une personne du public est intervenue pour souligner la dichotomie entre le fait d’inviter les citoyens à participer au débat politique sur Internet, et un salarié mis à la porte pour avoir écrit à sa députée. Elle faisait bien sûr référence à l’histoire de Jérôme Bourreau-Guggenheim, responsable du pôle innovation web de TF1, licencié en avril dernier, « pour divergence forte avec la stratégie » de son employeur. Ceci après avoir fait part, via mail, de ses critiques envers la loi Création et Internet à sa députée, Françoise de Panafieu, laquelle avait transmis le mail au ministère de la Culture qui l’avait à son tour transmis à TF1. « J’y ai beaucoup réfléchi, a indiqué Nathalie Kosciusko-Morizet, après s’être levée vers la tribune pour s’exprimer sur le sujet. Il y a dans ce cas-là un enchaînement d’erreurs ou de légèreté qui rend d’ailleurs l’affaire difficile à partager ». « Il n’y a plein de lettres dont on ne ferait jamais des photocopies pour les envoyer de la manière dont on envoie les e-mails ! » « D’abord, dans il y a cette manière qu’on a de faire suivre des e-mails », a t-elle déclaré. Si la secrétaire d’Etat juge la réaction [de la DRH de TF1] « très critiquable », elle s’interroge également sur la banalisation des échanges par voie électronique. Tout particulièrement sur l’habitude prise par chacun de « faire clic “transférer” » alors qu’il s’agit d’échange d’information dans un cadre privé. Selon NKM,
cette affaire montre ainsi la facilité — « j’en suis sûre qui n’est absolument pas malveillante de la part de l’intéressée », a-t-elle tenu à préciser— avec laquelle on peut transmettre l’intégralité d’un e-mail et les coordonnées de l’envoyeur. « Je trouve qu’on fait suivre beaucoup trop facilement les e-mails ! L’e-mail qui est classé, de manière juridique, comme une correspondance privée. » « Il n’y a plein de lettres dont on ne ferait jamais des photocopies pour les envoyer de la manière dont on envoie les e-mails !, a-t-elle poursuivi. On fait très peu de photocopies de lettres. On a une réticence quand il s’agit du papier, mais on a pas du tout la même quand il s’agit d’un courrier électronique. » Et NKM de conclure : « Il y a une vraie réflexion posée sur nos pratiques, et sur ce décalage entre une réalité juridique, qui est celle de l’e-mail comme correspondance privée, et une réalité pratique. » On ne sait à quel point la secrétaire d’état maîtrise vraiment cette « réalité pratique ». Reste que c’est un terme, et, derrière, une approche, qu’on aurait aimé entendre de la part de Christine Albanel lors des débats sur la loi Création et Internet. Et qu’on aimerait aujourd’hui trouver chez Michèle Alliot-Marie sur Hadopi 2, et chez Brice Hortefeux sur la Loppsi. Quand on lit, par exemple, que l’un des principaux objectifs de la Loppsi est « de prévenir l’accès involontaire des internautes aux sites pédo-pornographiques », on est en droit de se demander si ceux qui ont écrit cela ont une « réalité pratique » d’Internet. Sur le même sujet :
- « Identifier les vrais problèmes, pas les sujets à la mode », interview de Nathalie Kosciusko-Morizet
- Dénoncé par Albanel, viré par TF1
- Affaire Bourreau : Albanel s’entête
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