lundi 28 septembre 2009 09:29
Navets olé olé
Plusieurs pépites de la « sexploitation » sont rééditées en DVD. Un baril de lascif et de kitsch.
tag : sexe
Extrait de l’affiche du film Malibu High - DR
La sexploitation, ce sont ces films des années 60 et 70 qui se sont émancipés de la rigidité des fifties (et de leurs fictions « osées » montrant des nudistes) et qui glisseront vers des softeries façon feue la sucrerie du dimanche soir sur M6. Le sexe, en tant que pratique érotique, y est le propos central, même si, la plupart du temps, il se résume à de la suggestion pas bien maligne, avec filles lascives et nymphomanes jetant leur soutien-gorge au visage du premier père de famille venu. Alors, bien sûr, la sexploitation, pour être un genre à petit budget, propose des navets par cageots entiers. Et ça tombe bien, car c’est justement le genre de films qu’on aime regarder en bande en ricanant, un titre chassant l’autre jusqu’à ce que sommeil s’ensuive. C’est ce qu’on a fait, en commençant par Malibu High (de Irvin Berwick, 1979), avec ses girls façon Farah Fawcett recalées au casting des Drôles de dames. Plaquée par son petit ami, Kim se tape des bangs d’herbe et ne tarde pas à se prostituer dans la camionnette de son dealer et du coup proxénète. On y voit de jolis seins, de grosses culottes et l’audace, finalement, est davantage dans la révolte de l’effrontée, que dans l’intention sexuelle. Avec un titre comme la Revanche des vierges (Bethel Buckalew, 1959), on s’attendait à une débauche de luxure et de vice. C’était sans compter sur le scénariste (Ed Wood, le « plus mauvais cinéaste de tous les temps »), l’esthétique cow-boy en toc massif de ce pseudo-western, et les jupettes frangées des Indiennes (la danse dans les bois, à la trente-sixième minute, n’est à rater sous aucun prétexte). Dans notre cageot, pourtant, quelques pépites s’étaient glissées, à commencer par The Boob Tube (Christopher Odin, 1979). Parodie de chaîne de télé, on y regarde une série hallucinante, où le jeune et séduisant Henry se fait sauter dessus par sa jeune voisine just married, qui a le bon goût de débarquer avec son petit vibro. Pendant ce temps, le mari de la dame se tape sa sténo qui, finalement, ne supporte plus la routine. Proposition de l’amant : « Tu veux le faire debout dans un canoë ? » La sténo : « Non, quelque chose de plus exotique. » Lui, après réflexion : « Tu veux le faire debout dans un canoë à Hawaï ? » Pour finir la soirée, ambiance intime en noir et blanc pour A Good Time with a Bad Girl (Barry Mahon, 1967). Un riche homme d’affaires, bloqué à Las Vegas « la cité du vice », est harponné par une jeunesse sans morale aucune. Il la suit dans une « orgie », où les filles dansent le jerk nues. Où l’on cherche les hommes que l’on trouve finalement s’amusant entre eux dans une chambre interdite aux femmes. Là encore, pas de scène pornographique - de charmants seins et fesses, garantis sans silicone. Mais derrière le caractère sulfureux du propos, une tristesse se dessine : celle d’un homme qui a tout réussi sans voir la vie passer. Et nous voici finalement, en fin de soirée sexploitation, diminués de nos a priori. Du rire, des larmes de rire, même, mais aussi de jolis plans, chargés d’un érotisme qui fait défaut aux productions du genre actuelles. Un régal. Malibu High d’Irvin Berwick, 1979.
Paru dans Libération du 26 septembre 2009
La Revanche des vierges de Bethel Buckalew, 1959.
The Boob Tube de Christopher Odin, 1979.
A Good Time with a Bad Girl de Barry Mahon, 1967.
10 euros chacun, Bach Films. www.bachfilms.com
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