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mercredi 7 janvier 2009 12:27

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La Cnil tacle Navigo

La carte orange disparaît à la fin du mois. Pour circuler en Ile-de-France, reste le passe Navigo : violet, à puce... et un peu mouchard.

par Cordélia Bonal

tags : vie privée , CNIL

Un portique d’entrée du métro parisien, à la station Franklin D. Roosevelt. - photo F.V.

La RATP le matraque depuis des mois dans les stations : « La carte orange va disparaître. » Elle sera morte et enterrée dans le courant du mois. Le 20 janvier pour les coupons mensuels, le 30 pour les hebdomadaires. Pour circuler en Ile-de-France, restent les tickets et surtout le passe Navigo. Pratique car à puce, mais sujet à polémique parce qu’un peu porté sur l’espionnage, du moins à première vue. D’un côté, vos coordonnées figurent au fichier client de la RATP (et à celui d’autres entreprises si vous cochez la case pour), de l’autre le passe enregistre vos déplacements. Les trois derniers, pour être précis (dates, heure et lieu de passage). Figurent aussi sur la puce la zone et la période de validité du forfait, l’objectif étant de lutter contre la fraude et d’établir des statistiques de déplacements pour adapter le trafic.

Alors, fichage ? En aucun cas, répondent d’une seule voix le Syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif) et la RATP. Premier argument avancé : les données de transport ne sont enregistrées que sur la carte. Pas d’ordinateur géant dans les sous-sols de la RATP pour vous suivre à la trace. Ensuite, les « données de validation » (vos déplacements) ont une durée de vie de 48 heures maximum, « et bien moins en pratique, explique-t-on au Stif. Dès que l’on voit que la carte n’est pas frauduleuse, les données sont "hachées" et cette opération est irréversible ». Surtout, assure Philippe Martin, directeur général adjoint à la RATP, les données sont compartimentées. « Il n’y a aucune traçabilité. Aucun lien n’est établi entre les données personnelles figurant dans le fichier client et les données de transport. La preuve en est que nous avons été dans l’impossibilité de renseigner la police qui nous demandait de retracer le déplacement de délinquants. »

Ce discours n’a pas tout à fait tranquillisé la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), qui dès avril 2004 (le Navigo a été généralisé en 2006) rappelait que « les usagers des transports publics ont le droit de voyager, de manière anonyme, sans avoir à payer un surcoût par rapport à ceux ayant choisi le passe Navigo ».

C’est ainsi qu’en septembre 2007, la RATP et le Syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif) ont dégainé leur alternative, le « Navigo découverte ». Soit deux cartes dans un même étui : la carte à puce (sans enregistrement de vos coordonnées dans le fichier client) et une carte en bon vieux carton avec nom et photo. 100% anonyme... mais payant (5 euros), quand le passe Navigo « classique » est gratuit. Le Stif justifie ce surcoût par un souci d’économie : « Les entreprises de transport souhaitent éviter le gaspillage et ne veulent pas qu’une même personne puisse, par négligence ou facilité, avoir plusieurs passes en même temps sans qu’elle en assume le coût. » D’où les 5 euros qui correspondent, explique le Stif, au prix coûtant du passe. Pourquoi pas une caution dans ce cas ? « Trop compliqué à gérer entre la SNCF et la RATP », explique-t-on en substance.

A ce premier frein s’ajoute, rapporte aujourd’hui la Cnil dans un communiqué, une mise en œuvre plutôt laborieuse du passe découverte. Soupçonnant la RATP de vouloir remiser ces nouveaux passes au fond de ses guichets, la commission a mené une opération de testing auprès de 20 stations du métro parisien. Résultat : « Les conditions d’information et d’obtention du passe « Navigo découverte » sont particulièrement médiocres, voire dissuasives (manque de sensibilisation du personnel concernant la vente de ce passe, absence régulière de documentation commerciale et difficultés pratiques à l’obtenir au guichet). » Ajoutons que le site de la RATP ne fait guère mention de la différence entre les deux passes s’agissant de la confidentialité. Réponse de la RATP : « Le testing de la Cnil a été fait en juin. Depuis des efforts ont été faits et cette critique n’a plus lieu d’être. D’ailleurs, en décembre, 40% des Navigos souscrits étaient des passes découverte ». Ce qui porte à 350 000 le nombre de passes découverte souscrits, contre plus de quatre millions pour le Navigo classique, lancé plus tôt.

Autre raté souligné par la Cnil, l’exclusion des titulaires du RMI, qui ne peuvent pas bénéficier de la tarification « solidarité transport » s’ils choisissent le passe découverte. La Cnil « considère pourtant que rien ne justifie, sur le plan technique, une telle exigence ». Le Stif renvoie la balle à la RATP, qui répond un peu prise de court qu’elle « travaille » au problème mais que les rmistes doivent être inscrits sur un fichier pour pouvoir justifier d’un tarif particulier.

Soupçonneux, anti-Navigo et résistants de la carte orange jusqu’au bout, sachez enfin qu’une dizaine de guichets en proposent encore à la vente à Paris (jusqu’au 20 janvier), dont Châtelet ou Strasbourg-Saint-Denis.


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