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lundi 29 octobre 2007 15:25

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Neil Gaiman : « Stardust, une histoire connue depuis toujours »

par Frédérique Roussel

tags : science-fiction , livre

Neil Gaiman - CC drudeimos

Avec la sortie dans les salles française la semaine dernière de Stardust et celle, le 21 novembre, de la Légende de Beowulf, l’écrivain et scénariste Neil Gaiman a une actualité cinématographique chargée. De passage à Paris, il a répondu à nos questions. Interview.

Comment a débuté Stardust ?
L’histoire de Stardust remonte à 1991. Je me trouvais à la World Fantasy Convention, dans le désert à Tucson, dans l’Arizona, avec l’illustrateur Charles Vess. Nous avions été nominés pour le World Fantasy Award dans la catégorie « Short Fiction » pour Sandman (“A Midsummer Night’s Dream”), que nous ne pensions pas obtenir. Nous étions quand même venus à la convention, et nous avons eu le prix, à notre grande surprise. Je me trouvais à une soirée organisée par un artiste et l’éditeur Terry Wendling dans une petite maison dans le désert. A un moment, je suis sorti et j’ai vu passer une étoile filante. En Angleterre ou en France, le passage d’une étoile filante est rapide, à peine lumineux. Là j’étais dans le désert, sans l’éclairage des rues, et tout était très clair. J’ai vu comme un diamant traverser le ciel et tomber sur la Terre. Et j’ai pensé : « Je pourrais la retrouver. » J’ai imaginé qu’à la place d’une météorite, je découvrirais une personne avec la jambe cassée. Tout d’un coup, cette histoire s’est imposée dans ma tête. Je suis retourné à l’hôtel où j’ai trouvé Charles Vess en train de fêter notre World Fantasy Award une bouteille de champagne à la main. « Ecoute-ça », lui ai-je dit. Et je lui ai raconté Stardust. Je lui ai demandé s’il accepterait de l’illustrer et il m’a répondu oui.

Comment avez-vous travaillé ?
J’ai écrit les grandes lignes de l’histoire, Charles a réalisé quatre illustrations, et nous l’avons montré à des éditeurs de littérature générale à la World Fantasy Convention à Bloomington, dans le Minnesota, en 1993. Ils ont trouvé notre projet excellent, mais aucun ne voulait se risquer à publier un livre avec des illustrations en couleur. L’éditeur de bande dessinée DC Comics, qui publiait déjà Sandman, l’a accepté. On s’est mis au travail. J’ai acheté un stylo plume et de l’encre, et j’ai commencé à écrire à la main. J’écrivais trois chapitres, je les communiquais à Charles, qui vit en Virginie Occidentale, et il planchait sur les dessins. Six mois plus tard, quand il avait presque fini, j’écrivais trois nouveaux chapitres. Je lui téléphonais et je lui lisais mes textes. Il enregistrait et faisait ses dessins en écoutant la bande. Stardust nous a pris trois ans. Puis j’ai envoyé le manuscrit à mon éditrice Jennifer Hershey (chez Avon, puis chez Harper Perennial) pour lui montrer sur quoi je travaillais. Enthousiaste, elle a proposé de publier Stardust sans les illustrations, et Charles Vess a été d’accord. Il y a eu donc plusieurs publications de Stardust, chez DC avec illustrations et chez Avon puis Harper Perennial sans illustrations.

Et l’adaptation au cinéma ?
Quelques semaines après la publication de Stardust, au début de l’année 1999, j’avais rendez-vous avec Bob Weinstein à Los Angeles pour Princesse Mononoké pour lequel j’ai écrit le script anglais. Bob m’a demandé sur quoi j’étais. J’ai répondu : « Je suis en ville pour Stardust. » « Qu’est-ce que Stardust ? », a-t-il demandé. Je lui raconte l’histoire et il me dit : « Je vais l’acheter. » Une semaine plus tard, Miramax avait acheté les droits pour une durée de dix-huit mois. Miramax a eu des discussions avec la maison de production de Tom Cruise, qui voyait bien son épouse Nicole Kidman dans le rôle de l’étoile. Mais tout a capoté. Un brin échaudé, j’ai refusé toutes les demandes d’achat de droits pour Stardust. J’avais l’impression d’avoir gâché deux ans. Et puis j’ai rencontré Matthew Vaughn qui a mis des options sur certaines de mes nouvelles et qui a produit mon court métrage A Short Film About John Bolton (2003). Je l’apprécie, il me semble honnête, ce qui n’est pas fréquent dans le monde du cinéma. Il m’a dit : « Donne-moi l’option sur Stardust, je te donnerai l’argent quand le tournage aura commencé. Mais je ne peux rien payer avant. » Une des leçons qu’apprend rapidement un écrivain, c’est qu’il ne faut jamais jamais jamais donner à qui que ce soit une option gratuite. Parce que, comme l’a dit l’Anglais Thomas Paine, peu de temps avant que Robespierre ne le jette en prison, ce que tu obtiens à moindre coût n’a pas d’importance (« What we obtain too cheaply, we esteem too lightly »). J’ai parié sur Matthew Vaughn, je lui ai trouvé une scénariste britannique que j’apprécie énormément, Jane Goldman. Matthew Vaughn avait été sollicité pour faire XMen 3, mais ça n’a pas marché. Il est revenu en Angleterre pour faire Stardust. Il a trouvé la moitié de l’argent, apporté le film à la Paramount en demandant un financement pour le reste. Ils ont accepté.

Stardust réunit de nombreuses stars...
C’est une grosse production britannique. Matthew est très connu. Il a produit Layer Cake, Snatch, Arnaques, crimes et botanique... On lui a donné un très bon producteur, un vieil ami à moi, Lorenzo di Bonaventura dont la maison de production est basée à la Paramount. Lorenzo a appelé Robert De Niro qui a accepté de le faire. Puis Michelle Pfeiffer a été contactée. Elle a mis sept ans à être une mère et elle s’est dit “je vais faire quelque chose que mon enfant va aimer”.

Vous avez assisté au tournage ?
Je suis venu trois fois. Stardust a complètement été tourné en Angleterre, dans les studios Pinewood, près de Londres. Seules quelques scènes ont été tournées en Islande et en Ecosse, sur l’Ile de Skye. Le tournage a dû démarrer vraiment en avril 2006 pour s’achever fin juillet. Je voulais revenir quand Robert De Niro tournait, mais à ce moment-là, au mois de mai, j’étais en Australie, pour le Sydney Writer’s Festival et j’ai loupé Robert de Niro.

Où en sont les autres projets d’adaptation, celle de Goods Omens par Terry Gilliam ?
Goods Omens (De bons présages, en français au Diable Vauvert, écrit avec Terry Pratchett, 1990) attend le jour où Terry Gilliam aura suffisamment d’argent pour le réaliser. En 2002, Terry Gilliam avait Johnny Depp pour le rôle de Crowley, Robin Williams pour celui de Aziraphale, Kirsten Dunst, et 45 millions de dollars sur les 60 millions dont il avait besoin. Hollywood ne lui a pas donné l’argent qui lui manquait. J’espère que Terry Gilliam y parviendra.
Neverwhere a été adapté par la BBC, puis j’en ai écrit la novélisation. Les droits ont été achetés par Jim Henson il y a des années... Ils ont appelé récemment en disant que ça allait bientôt pouvoir se faire. On ne sait jamais ce qui va se passer à Hollywood jusqu’à ce que ça arrive. Prenez Beowulf, dont j’ai écrit le scénario avec Roger Avary... Si vous m’aviez demandé en 1997 quel film allait sortir le premier, j’aurais dit Beowulf. Nous l’avions vendu à la Robert Zemeckis Company, et ils allaient le produire. Puis non. En 2004, si vous m’aviez demandé quel film ne verrait finalement pas le jour, j’aurais dit Beowulf... Un jour, Robert Zemeckis m’a appelé en disant : « J’ai le script sous les yeux que j’aime beaucoup, j’ai envie d’en faire mon prochain film. » Et le 21 novembre, Beowulf va sortir.

Discernez-vous un penchant prononcé pour la fantasy actuellement ?
Ce dont les gens ont vraiment envie, c’est d’une bonne histoire inédite. Une des raisons pour laquelle Matthew Vaughn a fait Stardust, c’est parce que c’était l’histoire favorite de sa femme Claudia Schiffer. Claudia, qui n’apprécie pourtant pas la fantasy, aimait Stardust et a poussé Matthew à le faire.
Avec Stardust, je voulais écrire un roman qui donne la sensation d’une histoire connue depuis toujours. Evidemment que je la connais cette histoire du garçon originaire d’un petit village qui pour obtenir un baiser de la jeune fille qu’il convoite, lui promet de recueillir une étoile... Il fallait qu’elle sonne familièrement, comme La Belle et la Bête, Blanche Neige ou La Belle au bois dormant.

(1) Neil Gaiman tient un site depuis 2001 : www.neilgaiman.com (2) Réédité Au Diable Vauvert, Stardust : Le Mystère de l’étoile, traduction de Frédérique Le Boucher.


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