mardi 29 septembre 2009 10:41
Neuroboratif
Jeux vidéo, séries TV... Un livre avance que la pop culture ne rend pas si bête, bien au contraire.
par Olivier Séguret
La culture populaire du jeu vidéo et de la série télé nous rend plutôt intelligents que cons : telle est la thèse de l’Américain Steven Berlin Johnson, et de son livre Tout ce qui est mauvais est bon pour vous (1). Ce livre se présente sous la forme d’un gros fouillis d’idées marrantes et malines, qui auraient mérité un peu d’ordre, à commencer par une table des matières. L’auteur, quadra, journaliste-écrivain spécialisé dans les neurosciences et les nouvelles technologies, s’amuse à y démonter avec brio tous les préjugés qui accablent les cultures déclassées que sont la télévision et le jeu vidéo. De la série policière au sitcom, son balayage de la télévision (américaine) moderne est plutôt convaincant. De Dallas aux Soprano, la sophistication croissante des structures narratives, ici mises en diagrammes, laisse en effet rêveur. Et ce n’est pas non plus nous qui contesterons l’importance historique pour la culture populaire de titres comme Hill Street Blues ou Seinfeld, vues par Johnson comme des œuvres charnières. Pour les jeux vidéo, l’auteur procède identiquement : chaque idée reçue est promptement réexpédiée. A commencer par le mythe de l’addiction, dont on apprend que, du point de vue des circuits de la récompense et de la dopamine qu’ils fournissent à notre cerveau, manger ou faire l’amour sont deux activités bien plus addictives… En outre, d’innombrables études établissent que l’activité ludovirtuelle, pratiquée avec raison, peut contribuer à développer les capacités cognitives d’un enfant, sa débrouillardise et même sa concentration… Parfois, elle peut le guérir de certaines inhibitions. Autre piste intrigante, Johnson établit un lien entre télé-réalité et jeu vidéo. En gros : là où la Roue de la fortune et le Juste Prix étaient des mutations du jeu de société classique, le jeu de télé-réalité, lui, s’inspire directement des codes du jeu vidéo, avec son régime d’épreuves, ses scripts écrits au fur et à mesure, la non-connaissance de règles qu’il s’agit d’intégrer, ou encore la stratégie de l’individu face au collectif (dont on peut voir le laboratoire dans les parties on-line). Tout ce qui est mauvais… n’est un livre qu’à demi révolutionnaire. Plus subversif serait de revendiquer la bêtise parmi les qualités du jeu et de défendre aussi le droit à l’abrutissement. Ce serait être maximaliste. Chaque chose en son temps. (1) Editions Privé, 260 pp., 17,90 euros. Paru dans Libération du 26 septembre 2009
Il y a 2 réactions à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article

