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mercredi 27 février 2008 15:48

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No Country For Charley Varrick

par Edouard Waintrop

tags : cinéma d’auteur , cinéphilie , le coin du cinéphile

Walter Matthau (à droite) dans Tuez Charley Varrick. DR

Tuez Charley Varrick, de Don Siegel (1973) avec Walter Matthau, Joe Don Baker, Felicia Farr, Andrew Robinson et John Vernon, 110 minutes, Bac video. 19,99 euros

Attention, Tuez Charley Varrick, c’est du super Don Siegel, du fort et de l’étonnant. Un polar qui commence à 100 à l’heure après un générique très calme, donc trompeur. Varrick, sa femme et ses copains se lancent dans un petit casse dans la petite bourgade de Tres Cruces, Nouveau Mexique. Ils pensent piquer une dizaine de milliers de dollars, peut être plus, peut être moins. Un coup tranquille. Hélas pour eux, tout se goupille mal. Deux flics, qui passaient par là, interviennent et sont dézingués. La femme de Varrick trépasse et un de ses complices itou.

Et avec tout ça nous n’en sommes qu’à cinq minutes de film. L’information principale, celle qui fonctionnera comme le ressort de tout le reste de ce polar agité, n’est pas encore tombée. Les survivants, Varrick et son séide, Harman, un grand couillon, ont en fait dérobé trois quarts de million de dollars. Une sacrée somme en 1973. Et une aberration dans une banque médiocre d’une ville minable.

En fait c’est un trésor de la mafia en transit que Varrick et sa bande ont dérobé. Harman, l’idiot dangereux, est heureux d’avoir récupéré ce magot. Plus malin, Varrick est inquiet : la mafia ne laissera pas faire. Et en effet, l’organisation, par le biais d’un fondé de pouvoir local, envoie un tueur aux basques de Varrick et de son complice. Un professionnel de l’élimination des gêneurs, un type atroce, qui mêle sadisme et efficacité.

Si vous reconnaissez dans ce résumé certains aspects d’un film récent des frères Coen, vous ne vous trompez pas. Le thème est presque le même : que faire, quand on est seul et individualiste, d’une somme d’argent qui vous arrive dessus sans crier gare et appartient à une organisation puissante ? Un vieux thème américain, la lutte de l’individu contre les organisations. Quant au tueur, un psychopathe froid qui se nomme Molly, c’est bien un cousin du personnage incarné par Javier Bardem. Ici c’est Joe Don Baker qui s’y colle et il n’est pas inférieur à son successeur espagnol. Les autres acteurs sont aussi de premier ordre. Il y a par exemple John Vernon (le traître de Josey Wales hors-la-loi) en banquier de la mafia, inquiet de se voir reprocher ce vol par ses patrons.

Mais le pompon, c’est le héros du film, Charley Varrick lui-même, et l’acteur qui joue le rôle, qui le décrochent. Varrick est un as que ses ennemis prennent pour un nul. C’est en plus un sentimental. Il est incarné par Walter Matthau au sommet de sa forme. En 1973, Matthau a déjà fait l’acteur à la télévision, puis pour Elia Kazan (un premier second rôle dans Un homme dans la foule, un des meilleurs films de son réalisateur) ; il a joué aussi dans King Creole avec Elvis Presley (de Michael Curtiz). Il a surtout commencé à collaborer avec Billy Wilder (La grande combine). Dans le bonus, Corneau rappelle que quand le film est sorti, les fans de Siegel ont été surpris de voir cet acteur catalogué comme burlesque dans ce film noir. Il y est pourtant extraordinaire, profond, malin, endeuillé.

Et comme le dit encore Corneau, commentateur sympathique s’il en est, Matthau swingue comme le film et comme la musique de Lalo Schiffrin qui l’accompagne. Il faut dire que Siegel, grand cinéaste trop oublié, lui offre une histoire et une mise en scène formidables. Tuez Charley Varrick, le film, c’est donc une mécanique de haute précision avec en plus le temps d’insister sur les détails. La balade de John Vernon et du directeur de la petite agence de Tres cruces dans un pré plein de vaches, dans laquelle le premier explique au second que ce vol risque de lui apporter de très graves ennuis, est un petit chef d’œuvre. Comme également toutes les petites digressions que Siegel s’autorise ou offre à Walter Matthau.

Grand scénario et magnifique mise en scène. Charley Varrick est un... chef d’œuvre mais chut !, Siegel (disparu en 1991), qui se considérait avant tout comme un artisan, n’aurait pas trop aimé entendre ça.


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