dimanche 29 mars 2009 12:30
Non, mais t’as vu c’qui passe ?
Point de roulette russe pour les anciens du poste, dont les émissions font les meilleures audiences. Osez, naphtaline.
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : série , musique , télé-réalité , audience
Photo : Fred Kihn
Deux semaines déjà mais rien à faire : Alain Bashung est toujours mort. Pourtant, on s’en donne de la peine, on cogite, on s’agite, on rejoue la scè… Ah ben justement, voilà que ça nous reprend : l’ombre de Bashung s’échine à nous chercher des noises, et ses paroles reviennent sans cesse, sans sas. Prenez le sujet de cet article : elle a beau vouloir acheter nouveaux concepts et animateurs tout frais, c’est dans de vieux pots que la télé fait ses meilleures audiences. Des vieux pots tel Capital de M6, qui fête ses 15 ans, tel Pernaut à qui TF1 confie une nouvelle émission, tel Denisot qui fait grimper l’audimat de Canal +, tel Nagui qui, ces dernières semaines, met une pile à TF1 avec son jeu Tout le monde veut prendre sa place. Et là ça n’a pas manqué. Illico, nous entonnâmes : « Nagui… Oh Nagui, tu devrais pas m’laisser la nuit. » Alors, pas question qu’on perde le feeling : les vieux pots de la télé chantés par Bashung (1). Nagui… oh nagui Retour dans le temps, nos yeux sont dans le miroir où on les a laissés au début des années 90 : les traits sont à peine plus marqués, les cheveux sont plus sel que poivre, mais les vannes que l’animateur balance aux candidats sont les mêmes. Nagui, ce bon vieux Nagui, quasi identique dans Tout le monde veut prendre sa place chaque midi sur France 2 au Nagui de Que le meilleur gagne sur la Cinq en 1991… C’est encore un jeu, encore un quiz, encore des questions pourries auxquelles les candidats ne savent toujours pas répondre. Comme s’appelle le Fataliste de Jean-Jacques Rousseau ? Pierre, selon un Olivier. Dans quel club de foot espagnol Thierry Henry évolue-t-il cette saison ? Et qui anime l’émission les Z’amours ? Presque vingt ans après, c’est dingue, Nagui utilise la même ficelle, s’amusant d’anecdotes fascinantes pêchées dans la vie des candidats. Par exemple, l’Elsa’s blues de cette étudiante qui a cuisiné un gâteau au yaourt sans œufs, remplacés par de l’huile. Ou cette Oriane, passée par une plaque d’égout. A Vincent, l’étudiant en archéologie, Nagui propose d’examiner son public, majoritairement vieux : « Des Homo Erectus, enfin erectus plus beaucoup, des Homo Sapiens, enfin ça pionce, surtout. » Oui, Nagui est toujours le prince de la vanne.
Yé n’en pé plous, dites-vous ? Les téléspectateurs de France 2 sont moins bégueules : le jeu frise les 30 % de parts d’audience. Et Nagui de bomber le torse. mon petit « Capital » Quinze ans que fête Capital ce dimanche ? Alors là, navrés, mais on ordonne une expertise, et voilà l’émission économique de M6, qui adore mesurer des hypermarchés en fonction du nombre de terrains de football qu’on peut y loger, nous ment. Capital, d’abord à l’état de programme court, est né en 1988 avant de prendre la forme qu’on lui connaît en 1993. Soit 16 ans. Punaise, heureusement qu’on est là pour faire respecter la loi… Le pari de M6 de coller Capital en face des films du dimanche soir continue de payer, le dernier numéro s’étant même offert le luxe, le 15 mars, de battre TF1 et France 2. De la période yéti dans le Monoprix du sourcillant Emmanuel Chain à l’actuel Guy Lagache, c’est la même chanson : le journaliste ne cesse de s’interroger à haute voix (« Sait-on vraiment ce que contiennent les nuggets ? », ben oui, mais que voulez-vous, c’était ça, le dernier numéro) et un reportage, customisé comme la voiture d’un amateur de tuning, y répond par une avalanche de chiffres dont la seule accumulation vous en met plein la vue. Epanoui, il exhibe : « 1,2 milliard » de nuggets vendus en 2008 dans le monde, 45 tonnes de poulets zigouillés par jour, « deux fois plus gros » que les poulets à rôtir, avec, du coup, « 50 % de filets en plus », soit des « filets de 300 grammes contre 200 grammes ». C’est-à-dire trois chiffres très très impressionnants, mais qui disent la même chose. Voilà tout Capital : la vérité épuise. On a vu pernaut dans le vercors Une paire de bottes en caoutchouc : c’est ça, Jean-Pierre Pernaut. Ça fiche un peu la honte, on les planque, elles prennent la poussière mais finalement on y revient, car elles sont solides et bien confortables. Prenez TF1, en septembre, la chaîne s’offre une Ferrari rutilante, las, aucune tenue de route et les audiences du 20 heures plongent. Pendant ce temps-là, droit dans ses bottes en caoutchouc, le 13 heures résiste, immarcescible. Petit à petit, l’oiseau fait son nid, les intempéries excitent sa frénésie : tous les jours, le journal de Jean-Pierre Pernaut commence immuablement par la météo, puis les sujets champêtres s’enchaînent : les jonquilles, le Pont-l’Evêque ou encore le miel. Et à qui confie-t-on une nouvelle émission le Monde à l’envers qui commence vendredi à 20 h 45 ? Pas à la Ferrari, qui peut toujours piaffer dans son garage, mais à notre happy apiculteur. Le vieux Jean-Pierre, avec son même air, bonasse, va explorer les JT du monde entier à la recherche d’histoires insolites. Ainsi cette amende récoltée par un instituteur dans un train pour non-présentation du titre de transport pour – apprêtez-vous à rigoler – des escargots. Ou encore ces ponts construits, mais non reliés à des routes : on pourra toujours s’en servir pour, ben oui, sauter à l’élastique. c’est comment qu’on freine ? Oui, car à explorer cette étrange corrélation entre la tendance vieux pots de la télé et chansons de Bashung, impossible de s’arrêter. Michel Denisot battant des records d’audience pour la tranche en clair de Canal + dans son Grand Journal cuisiné dans le poêlon bien culotté de Nulle part ailleurs ? Voilà qu’on apprend dans TV Mag que Mimiche aime à faire rugir les chevaux du plaisir dans une magnifique interview titrée, en une où il pose aux côtés d’un très beau canasson, « Gentleman Denisot, la grande passion » ! Et jeudi, hein, jeudi ? Sur France 3, dans l’inoxydable Louis la brocante, des mafieux venus de l’Est vont tenter de jouer les redresseurs de Loulou, mais en vain, et vont finir en se faisant dynamiter l’aqueduc. Non, on n’est pas fous : c’est bien toute la télévision qui n’arrive pas à se détacher de Bashung. Qui donc a les yeux cernés de hors-la-loi sinon la garde des Sceaux Rachida Dati, que Mireille Dumas confesse lundi sur France 3 dans Vie privée, vie publique,
son fonds de commerce depuis, pfiou, des lustres ? Reconnaissons qu’il sera difficile d’oser Joséphine, ange gardien cette semaine, puisque la série n’est pas diffusée, mais bon. Le retour de Desperate Housewives en 5e saison jeudi sur Canal +, c’est du pipi de chat, peut-être ? Surtout quand on sait que les héroïnes de Wisteria Lane reviennent avec cinq ans de plus : aigries, racornies, bouffies, des vieilles peaux. C’est bien connu : le temps, ça pourrit tout. Enfin, combien serons-nous mardi à finir chez Wanda et ses sirènes, à savoir André Manoukian, Philippe Manœuvre et Sinclair ? Des millions, certainement, collés devant Nouvelle star (M6), dont il est difficile de nier que, au bout de sept saisons, c’est désormais un vieux pot. Ho, ho, ho, ho, ho… (1) Grand concours : celui qui identifie chacune des chansons de Bashung citées dans cet article gagne le droit d’assister à « Bayon chante Bashung », le récital que donne, chaque jour au 7e étage de Libération, B. depuis la mort de B.
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