mercredi 13 mai 2009 17:13
Cannes : Nos Dix Commandements tu liras
Petit guide pratique de survie en festival parfois hostile.
par Bruno Icher, Gérard Lefort
tag : Festival de Cannes
Cannes, en 2008. Photo Léa Crespi.
Cette année, foin de quiz et autres thèses de troisième cycle sur les grandes tendances genre « c’est moche, la guerre » et « la violence est une solution à rien ». Sous influence d’une revoyure récente (et totalement enchantante) des Dix Commandements de Cecil B. Débile, nous voilà, tel Moïse-Carlton Heston, en pleine descente de mont Sinaï avec un brushing à la lionne (rapport qu’il a mis ses doigts dans la prise de Dieu), à graver à notre tour dans le comblanchien nos Tables de la Loi. D’où il ressort après un rapide vol plané au dessus de la Torah (rien à voir avec Tora ! Tora ! Tora ! sublime fresque de Richard Fleischer relatant la guerre dans le Pacifique. Quoique…), nos dix commandements perso (à partir de maintenant, prévoir en bande-son au minimum un Wagner posthume, et apocryphe s’il le faut.) En effet, le reste de l’année, l’attaché(e) de presse a un comportement à peu près convenable. Mais une longue expérience prouve que pendant les douze jours du Festival de Cannes, il ou elle perd tout sens commun. Exemples : « Alors, c’est bien calé entre nous, l’interview de Sharon Stone a lieu jeudi à 12 h 47 en “one to one” à l’hôtel Eden Roc. » Alors que, renseignements pris, le rendez-vous a lieu mardi, around midnight, au buffet de la gare SNCF avec Roger Hanin. Ou bien : « Je suis bien à la rédaction de Star Mag Croisette ? Alors voilà, demain, rien que pour vous, il y a la projo d’un documentaire inédit filmé archi sous le manteau à Vierzon. Ça s’appelle Nos enfants nous cracheront à la gueule, tu vas voir, c’est é-nor-me ! » La vérité : il s’agit d’une comédie musicale russo-eskimaude sur le douloureux mais nécessaire exil d’une transsexuelle bigoudène. Son titre : La moudjike adoucit les morses. Camarade critique, si tu confonds Brad Pitt avec Jean Piat, Penélope Cruz avec Laurence Ferrari, c’est que tu as abusé, et pas forcément dans un ordre raisonnable, de substances licites ou illicites. Arrête tout, tout de suite (mais fais passer le oinje). Mais pas tous. Car passé le cap des 16 projections par jour, il est scientifiquement prouvé que tu n’es pas à Cannes mais à Sainte-Anne. N’oublie pas, tu es là pour travailler. Pour autant, il n’est pas exclu qu’un entretien exclusif avec : 1- Conchita Bomba (actrice de Las Terrificas Nichonnas de la Muerte), 2- Zhou-Zhou Pi-tchou (qui interprète Libellule dans les Tigres enculés du Bengale), 3- Domi, la serveuse du McDo de Mougins ; puisse ne pas se terminer comme prévu. Et pas forcément avec des mots compliqués comme « à chier », « sublime », « bouleversant », « glamour ». Tu vois… (« t’as du feu ? »), ce que je voudrais… c’est que chaque critique soit comme un voyage, une confidence, un échange, le début d’une amitié… Avec un peu de cul quand même, hein ! Cannes, pour l’équipe ciné de Libé, ce n’est pas seulement les stars et les paillettes (surtout si, comme certains membres de cette équipe, tu as un peu tendance à en mettre trop sur tes paupières dès le petit déj). C’est aussi l’occasion de rencontrer plein de personnes intéressantes (et si possible pleines aux as) et de les aimer vraiment sans aucune arrière-pensée sur la couleur de leur carte de crédit. Mais Libé, c’est aussi une puissance dans la nuit de la critique, un phare, une balise, une ancre, une bouée parfois, un repère, de toute façon (cette dernière phrase tend à prouver qu’il est urgent de couper la route du crack). Mais pas forcément aux horaires habituels. Ainsi, il n’est pas exclu qu’un bon cassoulet te tende ses petites saucisses vers 3 heures du matin. Ou qu’un odorant plat de pieds paquets te fasse de l’œil vers 16 h 45. Eh bien, comme le chanta l’immarcescible France Gall : « Résiste ! » Sinon, tu exigeras de ta compta une ligne budgétaire supplémentaire pour la réhab en thalasso extrême. Par ailleurs, il serait bien accueilli que, en cette année de crise, le prix cannois du sandwich jambon même pas beurre cornich’ passe en dessous de la barre symbolique des 15 euros. Echo de toutes les rumeurs du monde, le Festival de Cannes s’est évidemment mis à l’heure alter. Tu participeras, sans barguigner, à l’effort collectif. Ainsi, pour te rendre à la fête de lancement du Hiro Mojito, la boisson des jeunes, tu renonceras d’autant plus facilement au taxi qu’il n’y en a pas, en tout cas pas à moins de 25 euros de prise en charge. De même, le soir, quand tu quittes le Palais des festivals, n’oublie pas d’éteindre la lumière et Gilles Jacob aussi. Tout aussi important (« merci pour la planète »), si la chaleur monte, les éventails ne sont pas faits pour les chiens et cela évitera un méchant remake de Clim et châtiments. Enfin, et c’est la moindre des choses, dès que tu as fini un article, tu plantes un arbre. Là aussi, n’oublie jamais que tu es un peu l’ambassadeur de l’élégance de Libération sur la Croisette. Mais ça n’est pas une raison pour tester les dernières créations de la mode parisienne. Bref rappel à l’ordre. Au-delà de 37 kilos, tu renonceras au smoking Dior Homme et/ou à la petite robe d’Alaïa. De mêmes, les minibottines blanches à longues franges, bien que très couleur locale, ne sont pas pratiques pour tituber au bord de la piscine. Même au Niki Beach, the place où surtout, surtout, not to be. Paru dans Libération du 13/05/091 : Tu n’étrangleras point l’attaché(e) de presse avant trois jours révolus
2 : Tu ne boiras, ne fumeras, ne snifferas pas (trop)
3 : Tu verras des films
4 : Tu ne coucheras qu’utile
5 : Tu écriras des critiques
6 : Tu seras méchant et/ou gentil avec tout le monde
7 : Tu mangeras
8 : Tu surveilleras ton bilan carbone
9 : Tu ne bouderas pas dans les soirées lancées
10 : Tu chercheras un nouveau job après la fin du festival
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