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lundi 10 septembre 2007 11:45

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« Nos Enfants chéris », famille décomposée

Benoît Cohen signe la suite de son film autour d’un couple et de leurs ex.

par Olivier Wicker

tag : série

« Nos Enfants Chéris », la série. DR

Le piège est dans le titre : Nos Enfants chéris résonne comme un feuilleton français un peu rance et très lent des années 70. On croit ouvrir une boîte de chocolat et c’est une bombe à retardement. Conçue dans le cadre de la politique de « production originale » mise en place à Canal +, Nos Enfants chéris, la série ovni, est la suite du film éponyme que réalisa Benoît Cohen en 2004 déjà centré sur le couple Romane Bohringer-Mathieu Demy.

Trois ans plus tard et cette fois en version télé, il est question d’un jeune couple de trentenaires, cool, avec enfants de précédentes liaisons, modèle familial assez commun sous nos latitudes. Dans leur appartement parisien, Constance (Romane ­Bohringer) et Martin (Mathieu Demy) gèrent les allées et venues de leurs ex avec respect et bienveillance. Pour dynamiter cette famille recomposée, les clichés et la morale gnangnan qui vont généralement avec, les auteurs plongent tout ce joli monde d’urbains stressés dans l’univers hostile de la campagne.

Le couple a organisé un long séjour dans une maison du sud de la France : Constance est enceinte jusqu’aux yeux, Martin, violoniste professionnel, doit se recentrer sur lui-même pour créer l’œuvre qu’il porte en lui depuis des années. Leurs valises à peine posées, on comprend que ces grandes vacances ne seront pas plus reposantes qu’une visite dans un pavillon psychiatrique.

Jour après jour, le gentil couple va glisser dans la folie douce après les invasions successives de leurs amis barbares. Un ancien amant de Constance, dépressif et ruiné, squatte le jardin, calfeutré sous une tente. L’ex-femme de Martin (Laurence Côte, impitoyable) espionne le couple pour accumuler des preuves en vue de transformer un divorce minable en parachute doré. D’un naturel autoritaire, elle tient en laisse un alcoolique maso qui finira dans la niche du chien. Et les scénaristes (Benoît Cohen et Eléonore Pourriat) ont soigné le personnage de la nounou, figure cardinale dans ce genre de galère estivale. Hélène est une alternative dreadlocks, battle dress et discours afférents (« Attends, me speede pas comme ça… »). Son biorythme est à peu près le suivant : lever à 13 heures, sieste, pétard, apéro, razzia au magasin de DVD pour calmer les mômes, virée au bal du coin et retour vers 4 heures du mat avec un exploitant agricole échappé de Délivrance.

Dire que la tension (nerveuse, sexuelle) monte dans la jolie maison aveyronnaise serait un euphémisme : placer une bonne dizaine de personnes sous un même toit offrant un nombre conséquent de possibilités, le couple se rapproche tous les jours de l’implosion. Chaque épisode se termine par un split screen où s’agite un couple de façon très explicite.

Débiter des tranches de vie ultraréalistes dans une spirale psychédélique, c’est la force de cette mini série de six épisodes (la deuxième est en cours d’écriture). Ça ne ressemble en rien à ce qui nous a enthousiasmés depuis quelques années : les injections d’adrénaline en plein cœur (Urgences), les compte-à-rebours anxiogènes avant attaque nucléaire (24 Heures chrono), les immersions historiques (Rome). Nos Enfants chéris se déroule dans la verdoyante campagne française au cœur d’une famille tout ce qu’il y a de plus française. Alors ? Alors, c’est pire.


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