samedi 12 janvier 2008 08:02
Notre vain Cauetidien
Immersion éprouvante dans le nouveau show journalier de l’animateur de TF1.
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
« Je fais caca dans la côte de bœuf » - DR
Nous voilà en 2008 comme au premier jour. Nus, les paumes tournées vers le ciel, l’esprit pur enfin, lavé de nos péchés de l’an dernier. Constructifs, positifs, ouverts et le cœur débordant de nobles résolutions, toutes au service de la démocratie, de l’information du citoyen, du journalisme en somme. Alors on y va : Cauet. Mais oui, Cauet. Ah, foin des a priori réducteurs et des apophtegmes ravageurs, regardons Cauet, en qui TF1 place beaucoup d’espoirs. Depuis lundi, la Une lui a confié la lourde tâche d’animer chaque jour à 17h40 la Cauetidienne. Case difficile que celle de l’afterschool, à l’heure où la jeune génération revient de l’école pour s’affaler devant la TNT plutôt que la vioque TF1. Le protocole de l’expérience empirique à laquelle s’est prêté Libération est simple : s’absorber chaque jour dans la contemplation de la Cauetidienne, se livrer à un relevé méticuleux de la moindre donnée. Non pas pour confier l’étude à un prestigieux magazine scientifique, genre Nature ou Science, mais parce que nous sommes changés, constructifs, positifs, ouverts, on vous dit, et qu’il faut s’intéresser à son prochain, fût-il adepte de la tecktonik. Jour 1 : « Je fais caca dans la côte de bœuf »
Jour 2 : « Un rhinocéros a chié sur le pare-brise »
Jour 3 : « Mais pourquoi je fais cette émission ? »
Jour 4 : « Il est interdit de péter dans le tuyau »
Jour 5 : « Regardez comme il rit, Paulin »
Oh ! le riant générique que voilà : plein de petits Cauet font du parachute, grimpent sur une autruche alors que s’écrit « Rodéo Truche » . Le tout au son d’une sautillante mélodie à base de « pouet ». C’est jeune, c’est frais. A l’image du décor, dont les rouges et les jaunes vous offrent un sain décollement de rétine. Jeune, frais, Cauet fait son entrée et, couvrant le hourvari du public de son timbre entre canard et scie sauteuse, fixe d’emblée la ligne éditoriale de l’émission. « Nous allons repousser les limites du possible », annonce-t-il avant de lever un docte index et d’ajouter : « Parfois du ridicule également ». Autour d’une table, les disciples de Cauet. L’habituelle Cécile de Ménibus qui, comme dans la Méthode Cauet, rabroue l’animateur, titille, taquine. Sympa, Cauet a tenu à donner leur chance à de jeunes talents. Ce premier jour, une Léa et surtout un Silvère. Il a raison, Cauet, « rien que le prénom, il est étonnant ». Et comme en plus, il est un peu gros et chauve, Silvère est vraiment très étonnant. Jour après jour, l’émission se déroulera selon la même mécanique du rire : choisir dans le public un téléspectateur dont c’est la fête, lui proposer de relever un défi tout au long de la Cauetidienne pendant que, de son côté, Cauet servira de cobaye aux expériences les plus drolatiques. Bon concept. Un peu Jackass, un peu Lagaf, d’avenir, quoi. Lundi, c’est la Saint-Raymond, Raymonde ou Ray. « Pas raie, hein », précise Cauet. Un grand garçon se lève qui s’appelle Ray (pas raie, hein). Et voilà Ray rebondissant sur un trampoline pour peindre un tableau perché en hauteur. Si Ray peint tout comme il faut, il gagnera un lecteur MP3. Durant l’épreuve, Cauet ne chôme pas. Fait une blague au téléphone à un plombier polonais, rit à la vidéo pêchée sur Internet par Léa (des crétins déguisés en zèbres se font attaquer par des lions), asticote Silvère. Enfin, c’est le grand défi du jour : « Je vais me déguiser en entrecôte pour aller dans la cage de deux lions. » Hé ben, vous savez quoi ? Hé ben, il se déguise vraiment en entrecôte. Et entre dans une cage où deux lions cacochymes somnolent. N’empêche, Cauet a peur (« Là, j’ai envie de faire pipi caca tout en même temps »), très peur même (« Là, je fais caca dans la côte de bœuf ») mais en grand professionnel de l’humour, ne rate pas un bon mot (« Moi je fais de la steacktonik »). Comment on a dit, déjà, au début de ce papier ? « Constructifs, positifs, ouverts ».
« Nous sommes mardi, c’est le deuxième jour », annonce Cauet et il nous faut faire un aveu. Ce mardi à 9 heures, à l’heure où tombe l’audience de la veille, nous avons prié : « Petit Jésus de l’audimat, s’il te plaît, fais que Cauet se soit ramassé et que TF1 déprogramme l’émission. » Raté : 21,7 % de parts d’audience et 2,3 millions de téléspectateurs, dans les mêmes eaux que le soap le Destin de Lisa à qui Cauet succède. Allez, constructifs on a dit, on y retourne. C’est la Saint-Lucien, Lucie, Lucia dont un exemplaire se trouve dans le public. Hop, au défi : nettoyer, avec une éponge particulièrement petite, une vitre particulièrement sale. Sale ? demandez-vous : « C’est comme si un troupeau de rhinocéros avait chié sur un pare-brise », indique Cauet. Fallait pas demander. Un coup de langue de Cauet sur la vitre : « Finalement c’était du caca. » Plus tard, il y a du pipi, puis un sandwich aux vers de terre venu d’Internet, Silvère se plonge dans une baignoire pleine de glaçons et on voit son slip (il est transparent). Cauet rassure Lucia qui gratte sa vitre : « En même temps, si vous n’avez pas une gastro contre une baie vitrée, ça n’arrivera pas. » Tiens, pendant la coupure, il y a une pub pour un médicament contre ça, la gastro.
Là, ça commence à aller. Hier, 2,2 millions de téléspectateurs ont suivi la rhinocérosesque Cauetidienne ; au jour 3, ils sont 2,4 millions. Trop, beaucoup trop. Et pendant que Cauet complimente une jeune fille un peu ronde (« T’as pas mangé que de la salade »), on fomente un attentat : quelque chose avec un pal, de la harissa… Et puis tiens, des bouts de verre pilé. C’est rigolo, le verre pilé. Aussi drôle que Cauet louchant sur le décolleté de sa nouvelle chroniqueuse, une Sarah dont la fonction est nichon (Cauet : « Il fait froid, là, non ? »). Aussi marrant que repeindre en rouge un mouton appelé Kebab. Aussi poilant qu’immerger Cauet vêtu d’une combinaison recouverte de Menthos dans une cuve de Coca pour voir si ça fait comme dans les vidéos sur le Web. Aussi tordant que le même Cauet mimant le repentir : « Mais pourquoi je fais cette émission ? Pourquoi ? » Et nous, pourquoi, on la regarde, déjà ? Mouais, le journalisme, informer les citoyens… Tiens, le pal aussi, pour les citoyens.
Voilà, on a craqué. On a ri. A tout. Oui, vraiment tout. Quand Cauet a appelé un restaurateur espagnol pour savoir s’il fallait vraiment des moules dans la paella, on a ri. La vidéo du type qui allume des bougies avec son cul, on a ri. Celle du pet en infrarouge, on a ri. Quand seize personnes du public ont croqué de l’ail puis soufflé dans un tuyau relié à un casque de scaphandre dont Cauet était coiffé, on a ri. Quand il a dit : « Il est interdit de péter dans le tuyau », on a ri. Ça s’appelle un accident du travail.
A l’heure où s’écrivent ces lignes, nous venons, chers lecteurs, de regarder la Cauetidienne de vendredi. C’était la Saint-Paulin et Cécile de Ménibus a brillé : « Regardez comme il rit, Paulin ». Il y a eu du vomi et Cauet s’est mis du yaourt dans les yeux. A l’heure où vous lisez ces lignes, un gentil monsieur tout en blanc nous apporte nos gouttes.
Il y a 8 réactions à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager Tweet
Actualit
Lib.fr
- Cravate, corbillard, camembert, ces noms propres qui deviennent communs
- La Cité de radieuse de Marseille meurtrie par l'incendie
- Total a enregistré un bénéfice record de 12,3 milliards en 2011
- «Le référendum est un outil très risqué»
- Ouganda: abandon de la peine de mort dans la proposition de loi anti-homosexualité


