mardi 26 octobre 2010 10:16
« Nous sommes avant tout des journalistes »
Walter Bouvais - Photos Frédéric Stucin. MYOP
Le Spiil, Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne, fêtait son premier printemps vendredi à la Maison des Métallos à Paris Rencontre avec quatre membres du Syndicat. Walter Bouvais, 37 ans, cofondateur de Terra Eco « Terra Eco, dont le siège est à Nantes, est un média qui se décline en un quotidien électronique et un magazine mensuel vendu en kiosque depuis 2009. Une application iPhone est prévue pour bientôt. Sa ligne éditoriale est l’actualité vue par le développement durable (économie, social et société, environnement). Nous sommes avant tout des journalistes, avec une grille de lecture du monde qui témoigne d’un engagement. Nous sommes restés deux années dans un garage avant le vrai démarrage, en 2006. Depuis le premier jour, Terra Eco se situe quelque part entre papier et Web, entre gratuit et payant. Nous avons 300 000 lecteurs mensuels sur le site et notre diffusion totale est de 30 000 exemplaires. L’équilibre viendra, j’espère, en fin d’année prochaine. Pour accéder à un lectorat plus large, nous nouons des partenariats avec d’autres éditeurs. Tous les jeunes éditeurs du syndicat travaillent sur des problématiques similaires, et on mutualise à mort. Nous avons l’oreille attentive des instances publiques au sein de la commission paritaire et du fonds d’aide à la presse en ligne, et on avance avec eux. Nous faisons bouger les lignes de ce que peut être l’innovation éditoriale. »
« Je ne comprends pas comment on peut vendre de l’information qui se trouve gratuitement ailleurs. Mon premier site internet, lancé en 1995, a été payant dès le premier jour. J’ai créé Indigo Publications en 1981, après avoir séjourné en Afrique et travaillé au Quotidien de la Réunion. Aujourd’hui, la société compte 25 salariés, cinq sites et publie huit lettres papier sur abonnement en deux langues. Elles s’adressent à un public professionnel et international qui paie le prix total de l’information. Pas de publicité, pour ne pas créer d’impact sur le contenu. Le métier d’éditeur consiste selon moi à produire de l’information et à la diffuser. Il n’est pas lié au papier. La valeur ajoutée est d’ailleurs bien supérieure en numérique. Le lecteur qui se trouve sur une plateforme pétrolière en Angola a immédiatement accès à notre contenu. Nous devons aussi trouver de nouveaux modes de distribution : par abonnement, la vente à l’unité, des publications qui mutualisent les autres à l’étranger. Le numérique représente 80% de notre chiffre d’affaires de 2,7 millions d’euros. On s’amuse parfois à dire qu’Indigo Publications est le plus petit groupe de presse international au monde. »
« Ne jamais rien lâcher, surtout pas ses valeurs. J’avais envie de créer une entreprise de presse. Après des études de lettres, un emploi dans un hebdo gratuit et au Petit Fûté, j’ai mis toutes mes économies dans DijOnscOpe, lancé en 2009. C’est le premier quotidien régional en ligne indépendant à avoir eu le statut d’éditeur de presse en ligne. L’équipe comprend quatre salariés et six pigistes. Ma ligne éditoriale est claire : une production à 100% originale (actualités, fil infos, agenda, bonnes adresses), mis à part la revue du Web qui me vaut des poursuites du Bien public et du Journal de Saône-et-Loire pour contrefaçon et concurrence déloyale (jugement le 6 décembre). À 9 heures tapantes six jours sur sept, nous livrons de l’info fraîche et “anglée”. Pas d’AFP. Tout est gratuit. Je ne revends pas de contenus et n’accepte pas les publireportages. Nos revenus viennent de la publicité. DijOnscOpe dispose d’une charte stricte. Les journalistes ne doivent pas déjeuner ou dîner avec les politiques, n’ont pas à accepter de cadeaux de presse ou commerciaux, ni à faire du copier-coller de communiqués. Le site compte 85 000 visiteurs par mois et 5 000 abonnés à la newsletter. Notre public a plutôt plus de 30 ans, CSP +. »
« Enfant, je voulais être journaliste. Je suis finalement entré dans une école de commerce où j’ai appris le business et le Web. Il y a deux ans, j’ai repris Euractiv.fr, dont je suis actionnaire à 53%. Euractiv, qui essaye de créer le premier journal paneuropéen, a été lancé à Bruxelles en 1998 par un ancien membre de la Commission européenne, Christophe Leclercq, qui proposait soudain un journal professionnel gratuit en ligne à côté d’une presse payante (Financial Times ou European Voice). Il a préféré s’associer à des entreprises locales plutôt que de créer des filiales dans chaque capitale européenne. Et Euractiv est un réseau d’entreprises présentes aujourd’hui dans 12 pays. Chaque site national suit les politiques européennes et l’actualité législative, et mutualise certains articles des autres. La clef du modèle tient dans le sponsoring des entreprises et des institutions publiques. On leur propose une campagne d’image, avec des contrats au minimum d’un an à 20 000 euros pour avoir leur logo présent sur une rubrique. Je réfléchis à lancer une lettre d’information pour changer l’image du média. Sans déclinaison papier, les gens ont du mal à nous prendre pour un journal classique… » Paru dans Libération du 25 octobre 2010« Nous sommes avant tout des journalistes »
« Le métier d’éditeur n’est pas lié au papier »
Maurice Botbol, 59 ans, fondateur d’Indigo Publications et Président du Spiil« De l’info fraîche et anglée »
Sabine Torres, 30 ans, directeur de publication de Dijonscope« La clef du modèle tient dans le sponsoring »
Jean-Christophe Boulanger, 31 ans, directeur d’Euractiv :
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