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vendredi 1er décembre 2006 15:34

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Nouvelles lois de l’attraction

A l’occasion de la fête foraine Eniarof à Aix-en-Provence, rencontre avec Antonin Fourneau, l’organisateur de cette kermesse électro.

par Marie Lechner

tag : net-art

Fête foraine Eniarof, vendredi 1er décembre de 19h à 23h, et samedi 2 décembre de 16h à 23h, à l’école d’art d’Aix-en-Provence. Et aussi l’exposition GamerZ, du 1er au 8 décembre, à l’espace municipal d’art contemporain Sextius.

Pas de barbes à papa mais des cookies à volonté, du catch mexicain, du karaoké, des stands de tir et plus d’une vingtaine d’attractions inédites pour cette nouvelle édition d’Eniarof, foire à l’invention, royaume de la bidouille et de la récup qui s’ouvre ce soir à Aix-en-Provence. Les forains (programmeurs, artistes, mécanos, performeurs, musiciens) ont eu deux semaines et pas un jour de plus pour créer leurs installations, dans le respect des règles du Dogmeniarof. Le fauteur de trouble à l’initiative de cette kermesse électro s’appelle Antonin Fourneau, 25 ans, artiste adepte du détournement des vieilles consoles de jeu, passé par l’atelier hypermédia à Aix en Provence et diplômé de l’Ari, l’atelier de recherches interactives à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris.

Que signifie Eniarof ?
C’est « foraine » à l’envers, à l’époque je cherchais un nom qui n’était pas encore « Googlisé ». Et puis je voulais que ça ne sonne pas trop « nouvelles technos » mais plutôt vieux magiciens russes.

Comment est né le concept de cette fête foraine expérimentale ?
C’est en participant au projet FAN (Folies Area Network), présenté lors de Villette Numérique en 2004. J’avais travaillé avec Erational du collectif Téléférique sur l’installation GameboyPong, un jeu de type pong que se joue sur deux Gameboy Advance posées sur une table de ping-pong, lorsqu’une balle sort de l’écran du premier joueur, c’est pour apparaître chez l’autre joueur. Comme il nous restait un peu de sous, on a décidé de monter une autre installation de dernière minute, la GameBoyPcMotoTuning, on a « tuné » la tour grise de PC pour la transformer en moto rutilante qu’on chevauche fièrement. Il y a avait déjà une ambiance foire aux inventions dans FAN, avec le côté très festif de la programmation. Malheureusement, une fois que l’exposition était en place, le résultat n’était pas très chaleureux. Eniarof s’interroge sur ce que pourrait être une fête foraine actuelle. Evidemment, l’idée ce n’est pas de refaire une pêche aux canards, mais imaginer des détournements, ou des attractions inédites. C’est l’occasion aussi de se confronter à un public de manière détendue. Dès le départ, je ne voulais pas qu’Eniarof se cantonne aux « nouvelles technos » mais qu’il brasse toutes les formes de culture populaire actuelle, anciennes et émergentes.

La plupart des installations présentées à la foire sont réalisées dans des délais très courts. Pourquoi ?
Je préfère « attractions » à installations. On ne prétend pas que c’est de l’art, mais de la culture populaire. Le premier Eniarof s’est déroulé en mars 2005. On bloque l’école d’art d’Aix pendant deux semaines et on créé toutes les attractions en direct. La contrainte de temps est en général bénéfique, ça oblige à épurer les dispositifs interactifs, à privilégier les concepts simples, immédiatement compréhensible pour le public. C’est très plaisant après une semaine passée à programmer de pouvoir tester directement son installation sur le public.

Le Dogmeniarof fixe les grands principes du genre. En quoi s’inspire-t-il du Dogme de Lars Von Trier ?
Par exemple, dans l’article 1 du Dogme de Lars von Trier - « ne pas chercher les accessoires mais les prendres sur place », « filmer sur le lieu du tournage »- sont très proches de la volonté que l’on a de construire les attractions sur place et aussi de notre article 13 : « un Eniarof doit forcément se réaliser dans un lieu où l’on peut trouver à moins d’une heure un Emmaüs. » C’est important quand on fait de l’autoproduction, on n’a pas beaucoup de budget donc on travaille avec du matériel de récupération. Emmaüs, c’est notre principal partenaire, ils nous prêtent tout, ça nous permet de construire les bornes, de récupérer des objets hétéroclites, du mobilier, ou même des vieux PC et consoles.« Le film ne doit pas contenir d’action de façon superficielle » est assez proche de notre article 6 : « tout participant d’Eniarof doit éviter les dépenses superflues. Ne pas chercher à dissimuler les traces de la création dans un habillage qui n’en aurait pas les moyens. »

Dans Eniarof, on retrouve l’esprit de collaboration et d’entraide, qui caractérise la communauté du libre.
L’aspect communautaire est en effet primordial. « Chaque participant doit aider un autre projet pour la convivialité générale mais aussi pour avoir la satisfaction de voir l’installation du voisin fonctionner si par malheur la sienne ne marche pas (article 5). » Il ne faut pas qu’il y ait trop d’orgueil à Eniarof. En revanche, Eniarof encourage le côté rock star, et l’intention de briller pendant les soirées.

Quel genre d’attractions trouve-t-on à Eniarof ?
Il y a seize projets qui sont purement jeux vidéo, réalisés par les étudiants d’Aix et de l’atelier ARI de Paris sous la houlette de Douglas Edric Stanley, Stéphane Cousot et moi-même, dans le cadre d’un workshop Processing-Arduino (projet open source qui permet de créer facilement des programmes interactifs utilisant des capteurs NDRL). Parmi eux, Tekken Drum qui permet de jouer au jeu de baston sur Playstation via une batterie, Biometric Force, un jeu de combat où c’est votre empreinte digitale qui décide si vous êtes bon ou pas, un jeu de volley minimaliste où il faut chantonner pour renvoyer la balle, ou encore cette attraction où l’on se déplace dans le noir, un godemichet fluo à la main, qui se met à vibrer quand on se rapproche du sexe opposé.... Quelques attractions ont été exposées aux festivals Emergences ou Arborescence. Je présente Streetniarof, dans lequel on contrôle les deux combattants en même temps avec une seule manette (où comment se battre soi-même) et Donkey Kong Blackout, où le signal vidéo est coupé à chaque fois qu’on saute, un peu comme si on sautait les yeux bandés sans savoir où l’on atterrit. On retrouve aussi HyperOlympic de Dekalko où l’on utilise ses jambes sur une dalle instable pour faire avancer son personnage, ainsi que le stand de tir décalé Paint-Ball du collectif Dardex-M2F, où le tireur habile déclenchera du son, des vidéos. On pourra se défouler avec le Royal Catch Club, un combat de catch inspiré de la Kaïju Battle, pénétrer le Cabaret Cuicui de Jankenkopp, une salle de concert en carton de deux mètres sur deux, où seront enfermés trois musiciens et où le public ne pourra entrer qu’une personne à la fois. Il y a aura aussi un karaoké, dont les clips ont été réalisés sur place ainsi que les brouettes customisées de Maxime Berthou, munies d’enceintes, qu’on pourra promener dans le lieu. A ce joyeux bordel devrait s’ajouter 16 musiciens de Genève.On pourra mettre sa tête dans les silhouettes trouées à des endroits peu recommandables et se régaler avec un collectif belge qui met en place un campement militaire de production non-stop de cookies.

Parallèlement à Eniarof se tient pendant toute la semaine GamerZ, organisé par les collectifs Dardex et M2F, une exposition qui réunit dix jeunes créateurs. Vous y présentez une nouvelle pièce Bomberman Orchestra. J’utilise le jeu Bomberman (jeu apparu dans les années 80, où l’on incarne un petit poseur de bombes NDRL) comme une machine à orchestre. Dans l’exposition, on trouve deux autres « attractions » Eniarof, le Super Mario Too Much Mushroom de Jankenpopp, version hallucinogène du célèbre jeu d’arcade ou encore Videopuncher d’Adelin Schweizer, un punching-ball qui balance des vidéos de plus en plus trash selon la violence des coups.

D’où vient cet intérêt pour les jeux vidéo et en particulier pour les vieilles consoles ?
Au départ, ce sont plutôt les flashmobs qui me fascinaient et leur capacité à mobiliser des gens autour d’actions souvent stupides. Puis je me suis intéressé à des projets de jeux dans la ville qui utilisent la géolocalisation comme PacManhattan. D’ailleurs en ce moment je prépare un jeu avec GPS. L’évolution actuelle de l’industrie du jeu me réjouit, notamment la stratégie de Nintendo, qui commence à défendre et commercialiser des petits jeux abstraits comme Bit Generations. J’aime les jeux vidéo qu’on peut prendre en main très rapidement, et où il ne faut pas faire forcément partie d’une élite de joueurs acharnés. Il y a une tranche de la population de joueurs qui a vieilli et qui n’a plus le temps de s’investir pendant des semaines dans un jeu. Les jeux fantaisistes comme Katamari, Electroplankton ou abstrait comme Rez font de plus en plus d’adeptes. Ces jeux commercialisés par Nintendo reprennent un concept sur lequel on travaille depuis déjà quelques années avec Douglas Edric Stanley, artiste responsable de l’atelier Hypermédia à Aix, des jeux les plus minimaux possibles, abstraits, développés rapidement et édités en série limitée. C’est exactement ce que fait Nintendo avec Bit Generations, ce sont des micros jeux qui ne chargent pas d’images, fonctionnent avec des points, des ronds etc... Mon préféré c’est Sound Voyager, où l’on n’a même plus besoin de regarder l’écran. Quant aux vieilles machines, j’en avais marre de faire des installations avec des ordinateurs qui plantent toutes les cinq minutes. Et j’aime les vieux jeux, avec des concepts très simples qui passent le temps sans encombre.

Quelles sont les conditions pour devenir un Eniarof ? Et est-ce que les filles sont les bienvenues ?
La communauté s’aggrandit vite via le bouche à oreille et le blog. Pour rejoindre Eniarof, il faut adhérer au Dogmeniarof avant tout ! Oui bien sûr que les filles sont bienvenues, elles sont d’ailleurs omniprésentes à Eniarof. Nous avons même six filles qui ont participé au workshop de programmation et de jeu vidéo, ce qui était assez rare avant.

Recueilli par ML.


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  • Plus de photos d’Eniarof

    4 décembre 2006 02:52
    Retrouvez plus de photos d’Eniarof ici : http://www.flickr.com/groups/eniarof/

 

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