jeudi 13 mai 2010 09:39
Nuage de polémiques autour du Festival
par Didier Péron
tags : Festival de Cannes , Italie , Russie
Photo Yves Herman / Reuters
A 19 heures ce soir, la 63e édition du festival de Cannes va être lancée par la maîtresse de cérémonie, l’actrice Kristin Scott Thomas, en présence du président du jury, le cinéaste américain Tim Burton. Mais pour en arriver là, il a déjà fallu au délégué général Thierry Frémaux et à son équipe supporter un certain nombre de tressaillements nerveux et de montées d’adrénaline, signe par ailleurs que le plus grand festival de cinéma au monde est capable d’échauffer les esprits avant même que la première projection ait eu lieu. C’est en particulier le cas de la polémique lancée par le député UMP Lionnel Luca autour du film de Rachid Bouchareb, Hors-la-loi, fresque évoquant le massacre de Sétif et présentée en compétition officielle sous drapeau algérien (lire l’article). A peine les échanges d’arguments historico-idéologiques (autour d’un film que, par ailleurs, personne n’a encore vu) retombaient-ils, que déjà des dépêches alarmistes annonçaient le boycottage de Cannes par le ministre de la Culture italien, Sandro Bondi, fâché de la présence en séance spéciale du documentaire Draquila, l’Italie qui tremble, de la satiriste anti-Berlusconi Sabina Guzzanti, qui a enquêté sur l’opacité des tractations entre l’État et les entreprises ayant participé à la reconstruction de L’Aquila en ruines après le séisme d’avril 2009. Bondi n’a, en fait, pas vu le film mais seulement un extrait diffusé à la télévision. Ce qui ne l’a pas empêché de hurler à l’insulte « contre le peuple italien et la vérité ». Autre front diplomatique et artistique sérieusement miné, la présence de Nikita Mikhalkov avec Soleil trompeur 2, en compétition. Alors que se déroule en France l’année de la Russie, on ne pouvait compter sur un représentant plus lourdement officiel du régime de Poutine (dont le cinéaste est un ami), honni par une grande partie de l’intelligentsia cinéphile russe. Celle-ci a sorti une pétition en forme de cri du cœur, « On ne l’aime pas », contre cet apparatchik qui est aussi un des plus puissants producteurs de Russie. Signé par 90 personnalités (dont les cinéastes Alexeï Guerman père et fils, Alexandre Sokourov, Youri Norstein, mais aussi Naum Kleiman, directeur du musée du cinéma de Moscou, ou le critique Andreï Plakhov), cet appel dénonce la mainmise de Mikhalkhov sur l’Union des cinéastes russes, institution stratégique qui participe notamment à la distribution des subventions d’Etat et dont le siège de la présidence est squatté depuis dix ans par l’auteur d’Urga, au terme d’élections « à l’unanimité » de moins en moins démocratiques. On mentionnera à la liste des désagréments qui ont déjà eu lieu, et sans faire de pronostic sur ceux qui ne vont pas manquer d’arriver : la défection du cinéaste le plus attendu de cette édition, Terrence Malick, qui a annoncé à quelques heures du bouclage de la sélection que son très mystérieux Tree of Life (avec Brad Pitt et pour thème rien moins que l’origine du monde) ne serait pas prêt ; les commentaires vinaigrés de la presse se plaignant après l’annonce des réjouissances, mi-avril, du manque de relief du programme ; le mini-tsunami dévastant une vingtaine de restaurants installés sur les plages qui bordent la Croisette ; ou le nuage de cendres propre à décourager les plus fébriles des stars américaines, qui ne vont pas vouloir s’approcher d’une zone dont elles risquent d’être otages, faute d’aéroports ouverts. Maintenant, trêve de mauvaise humeur et que la fête commence ! Paru dans Libération du 12 mai 2010
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