mardi 21 octobre 2008 11:03
Oliver Stone, l’insulte à la Bush
Cinéma. Le réalisateur caricature la famille présidentielle dans « W. », comédie décriée.
tag : politique
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De notre correspondant à Washington
Oliver Stone n’a pas attendu que George W. Bush quitte la Maison Blanche pour lui consacrer un film, W., qui sort en France le 29 octobre. Divertissante, l’intrigue paraît avoir jailli du tiroir d’un scénariste hollywoodien. La tragicomédie met en scène un fils à papa butor mais sympathique, qui pour impressionner son père et satisfaire la providence, devient maître de l’Amérique et d’un monde auquel il applique de vigoureux préceptes manichéens, avant de se rendre compte qu’il s’est peut-être fourvoyé. Le personnage central, joué par Josh Brolin, est très religieux, mais dépourvu de tout sens moral et constamment superficiel. Il parle toujours la bouche pleine, crache, et se comporte comme un garçon d’étable jusque dans l’ovale de son bureau. Il est épaulé dans sa mission par celui qu’on a appelé « le cerveau », Karl Rove, personnage à la Raspoutine joué par Toby Jones ; il est manipulé par son numéro 2, Dick Cheney, joué par Richard Dreyfuss, et jugé sévèrement par son père George H. Bush (James Cromwell) qui n’ose pas réprimander directement ce fils pour lequel il a peu d’estime. Le rapport œdipien entre George H. et George W. est au cœur de cette fable censée refléter la réalité. Elle est coupée en épisodes montés en ordre non chronologique visant à éclairer les circonstances dans lesquelles sont apparues les petites phrases de Bush, les « bushismes » tel le fameux « axe du mal ». Le moment très attendu du film est bien sûr la réunion au cours de laquelle l’invasion de l’Irak est décidée. Cartes à l’appui, le diabolique Dick Cheney fomente un complot secret de domination de tout le Moyen-Orient afin de s’approprier son pétrole. Condoleezza Rice (Thandie Newton) acquiesce toujours, Paul Wolfowitz est machiavélique et Colin Powell, qui se rebelle, décide finalement d’aller contre sa conscience. W., lui, fait confiance à ses « tripes » pour ordonner l’assaut. Dessinée à gros traits, la scène laisse un goût de frelaté. Il est vrai que Stone entretient des sentiments sans nuances à l’encontre de Bush, qu’il décrivait l’autre soir sur CNN, où il faisait la promotion de son film, comme un « bum » (« clodo aviné »). Le film serait-il, au fond, une sorte de vengeance hollywoodienne abrupte contre un président odieux ? La critique américaine n’a pas été tendre à l’égard de cette comédie burlesque qui dresse le portrait de Bush tel qu’un démocrate américain l’imagine, c’est-à-dire en caricature de lui-même –ce qu’il est peut-être. Plutôt que de tenter de coller à la grande histoire, Stone « aurait pu faire une satire utile sur le ton de Docteur Folamour par Stanley Kubrick. Au lieu de ça, c’est une tentative maladroite de faire un portrait stylisé qui ressemble à un éditorial sous forme de dessin animé », écrit le Washington Post. Les vrais protagonistes ont aussi jeté la pierre à Stone, mais là c’était prévisible. Jeb Bush, le frère de W., a affirmé après avoir vu le film, que le rapport œdipien entre Bush père et Bush fils était « totalement bidon ». « Risible », a de son côté commenté Karl Rove. L’ancien porte-parole de la Maison Blanche, Scott McClellan, qui a renié Bush dans un livre publié récemment, trouve la psychanalyse freudienne de Stone « hasardeuse ». Paru dans Libération du 21 octobre 2008
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