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mercredi 30 juillet 2008 12:53

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« On aurait dû montrer notre cul à Cindy Sander »

Quand le jazzman rencontre le rockeur, l’entretien vire au bœuf .

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tag : télé-réalité

« Dédé » Manoukian caricaturant Philippe Manœuvre ; « Fifi » Manœuvre lui rend la pareille et pastiche André Manoukian, son complice « cosmophilosophique » du jury de Nouvelle Star et ami de vingt ans. Photos Mathieu Zazzo et Samuel Kirszenbaum

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Figures de l’émission de M6, Nouvelle Star, « Dédé » et « Fifi » ont, un an durant et chacun dans leur style, répondu aux défis potaches lancés par Libé.

L’idée, c’est de faire un duel Dédé contre Fifi…
Fifi  : L’Arménie contre l’Argonne. Moi, j’ai Cabu, le Professeur Choron  ; moi, c’est la rébellion argonnaise.
Dédé  : Moi, je t’oppose Aznavour, Kasparov et Manouchian de l’Affiche rouge.

La cervelle de canut ou les pieds de porc de Sainte-Menehould  ?
Fifi  : En fait je n’en ai jamais mangé, je déteste le porc. Mais, une fois par an, je me fais une andouillette. Sainte-Menehould, c’est la ville où le maître de poste a arrêté Louis XVI qui s’enfuyait. Ce benêt, alors qu’il était aux portes de la liberté, il sort la tête pour voir si on change les chevaux. Et là, le maître de poste, Drouet, se dit  : « Cette tête m’est connue. » Il alerte et le roi de France est ramené à Paris.
Dédé  : Putain…
Fifi  : Ensuite on a la bataille de Valmy, c’est une région historique. Sauvage et fière.
Dédé  : Bon, ben moi, je t’oppose à ça…

Un tremblement de terre  ?
Dédé  : Non, enfin oui, pour l’Arménie. Mais je suis né à Lyon et je t’oppose la Croix-Rousse, les canuts, la première révolte ouvrière. Louis-Philippe envoie 40 000 hommes de troupes, la Saône et le Rhône sont rouges du sang des canuts et c’est là qu’il y a le premier chant révolutionnaire. La base-line, c’est  : « Vivre libre ou mourir. » Balèze, non  ? C’est déjà une révolte contre la mondiali­sation  !
Fifi  : Contre l’industrialisation.
Dédé  : Je suis fier d’être né là-bas parce que, normalement, je devais naître dans la clinique superchic du VIe arrondissement, mais ce soir-là, elle était complète. Je me suis retrouvé « déterritorialisé » une fois de plus. Mon père me l’a raconté encore hier  : y avait un vent pas possible, on est arrivé en pleine nuit, ça me rappelle un peu le Testament d’Heiligenstadt quand Beethoven écrit à ses frères… Le tonnerre… [Fifi imite le bruit du vent et de l’orage.]

Et t’as passé du temps à Sainte-Menehould  ?
Fifi  : Je suis né là-bas, j’y ai passé douze ans et puis après on a déménagé dans une grande ville  : Châlons-sur-Marne qui est devenue Châlons-en-Champagne par une espèce de folie des habitants. Je suis parti à 17 ans.
Dédé  : C’est vrai  ? C’est Rimbaud, quoi…
Fifi  : Ah oui, oui, j’ai eu le bac, c’était le cadeau de départ, après je suis allé à Paris.
Dédé  : La première fois que j’ai quitté Lyon pour Paris, putain, c’était le gros débat. Le mec qui partait faire du jazz à Paris, c’était vraiment le traître, t’allais te compromettre, on te disait  : « Ouais, tu vas jouer pour Rika Zaraï. »

Résultat, tu as joué pour ­Michèle Torr…
Dédé  : Non, non, non, Michèle Torr, j’étais encore en province. Moi, je suis monté à Paris pour jouer avec Nicolas ­Peyrac  ! Eh ouais. Et je me suis retrouvé à faire du jazz dans un hôtel de luxe, devant des Saoudiens. Des jazzmen ont commencé à venir en disant  : « Putain, ça joue ici. » Déjà, il y a eu entreprise de subversion de la musique de paquebot  ! Et puis il y a eu la fois où j’ai joué dans une partouze.
Fifi  : Ah ah ah ! Love Supreme.
Dédé  : Je te jure, le taulier, il nous dit  : « Vous jouez cinq minutes toutes les heures. »
Fifi  : Lyon, c’est un peu la capitale européenne de l’échangisme, non  ?
Dédé  : Là, c’était à Paris. Mais c’est vrai que Lyon est la capitale de l’échangisme, et de l’occultisme aussi.
Fifi  : Oui, de la magie noire.
Dédé  : Ouais, parce que Fifi, il est aussi branché spiritisme de gauche.
Fifi  : D’ailleurs, faut qu’on accélère parce que tout s’arrête en 2012, vous êtes au courant ?

Hein  ?
Fifi : Les Mayas ont dessiné un calendrier qui commence il y a quatre mille ans, il est très précis, il n’y a pas un jour qui manque et très bizarrement, ce calendrier s’arrête en 2012. Le seul truc bien avec cette date butoir de 2012, c’est que Carla Bruni n’aura pas le temps de faire son live… Moi, je représente la presse « Carla free », elle n’est jamais entrée dans Rock & Folk. Pour nos lecteurs, c’est quelqu’un qui n’existe pas  : Rock & Folk, c’est l’uchronie permanente.
Dédé  : Quoi  ? L’uchronie  ?
Fifi  : On est de votre monde mais pas tout à fait. Donc en 2012, on ferme. Et après on va voir ce qu’ils nous pro­posent.

Comment vous êtes-vous connus  ?
Fifi  : On s’est connu à Val Rock en 1987, un festival de rock à Val-d’Isère, Gainsbourg était président cette année-là. On était tous là dans cette neige blanche avec nos perfectos.
Dédé  : A la gare, on arrive et Gainsbourg sur le quai, dans ses Repetto, crie  : « Manœuvre ! Ça caille ! »
Fifi  : Et après, Dédé et moi, on ne s’est pas revus pendant vingt ans, jusqu’à une émission sur France Inter où on est parti dans un délire sur les Fatal Picards qui venaient de rater l’Eurovision
Dédé  : A la fin de l’émission, je vais voir Fifi et je lui dis  : « Fifi, s’te plaît, faut que tu viennes à Nouvelle star. »
Fifi  : Moi je réponds  : « J’peux pas, j’ai Gibus. » Et je pars en rigolant, en me disant : « Il est dingue. » Et après, on m’a appelé de ta part.

En fait, tu es venu à Nouvelle star suite à une idée à Dédé  ?
Dédé  : J’avais pas envie de me retrouver avec Orlando  !
Fifi  : C’est une Rolls cette émission, y a pas de consigne, pas de débrief, enjoy the ride. C’est les gamins du Gibus qui m’ont dit  : « Faut y aller patron, faut un rocker à la télé. »

Alors, Dédé, c’est à Fifi que t’as piqué « ça sent trop le ­savon et pas assez la foufoune »  ?
Dédé  : Eh ouais. Pendant la première saison, j’avais lu ça dans Rock & Folk. Au début de Nouvelle star, je me demandais ce que je foutais là. Un jour arrive un candidat, il chante bien, mais il manque un truc. Et là, je me sens un peu comme l’empereur autrichien devant Mozart. « C’est bien monsieur Mozart mais… » et je cherche, je cherche, mais je n’ai pas de conseiller pour me dire « il y a trop de notes ». Tout d’un coup, j’ai mon Manœuvre qui arrive en subliminal  : mais oui, ça sent trop le savon et pas assez la foufoune. Donc là, je me retrouve à la fin d’une boucle. C’est Manœuvre qui m’a intronisé jury cosmophilosophico je sais pas quoi, et le fait qu’il soit là maintenant, ça me fait plaisir. La boucle est bouclée, j’ai cité Philippe Manœuvre, maintenant Philippe Manœuvre est là, peut-être que je peux partir de Nouvelle star d’une manière brillante…
Fifi  : Il est malin, ce Dédé. Byebye, la boucle est bouclée, et moi, pendant le restant de mes jours, je vais devoir expliquer pourquoi t’es pas là.
Dédé  : La seule raison qui pourrait me faire rester c’est si tu me le demandais très fort.
Fifi  : Je te le demande là  : Dédé tu restes, je le mets noir sur blanc, il n’est pas question de laisser les trois benêts.
Dédé  : Par contre, il y a un truc qu’on a merdé complet, c’est Cindy Sander. On aurait dû faire comme t’avais dit  : on aurait dû montrer notre cul à la fin de sa prestation.
Fifi  : ça aurait été le clou, mais ils auraient été obligés d’alerter les instances internationales.
Dédé  : Fifi…
Fifi  : Dédé…
Dédé  : Merci d’être venu…
Fifi  : Anytime.

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