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mercredi 9 septembre 2009 11:36

  • internet

«On est passé de la prédiction du futur à l’analyse de la réalité»

A l’occasion des 30 ans d’Ars Electronica, son directeur Gerfried Stocker dresse le bilan.

par Marie Lechner

tags : festival , art numérique

envoyée spéciale à Linz (Autriche)

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Ars relit l’humain

Le rendez-vous autrichien pionnier des arts électroniques fête ses 30 ans.

Ars est désormais une institution. Est-il encore prescripteur ?
Le développement du festival est étroitement lié à celui des technologies et de la culture numérique. En 1979, ces nouveaux médias concernaient une petite élite technophile. En 1987, lorsque Ars a initié des thématiques annuelles, les artistes étaient de plus en plus nombreux à expérimenter avec ces technologies qui permettaient une nouvelle forme d’expression, comme la réalité virtuelle, ou la génétique dès 1993. Lorsque le Web est arrivé dans les années 90, le festival a pris une direction plus populaire, tout le monde était désormais concerné. Les sujets abordés ne concernaient plus seulement les technologies en tant que telles, mais leur impact sur notre société. Dans les années 90, on est passé de la prédiction du futur à l’analyse de la réalité, avec des thématiques comme Infowar en 1998 ou Goodby Privacy en 2007.

Quelle est aujourd’hui sa mission ?
Depuis quatorze ans que je dirige l’Ars, je m’interroge encore sur ce que nous ­faisons. Est-ce que nous séduisons les gens pour les amener à adopter ces technologies? Sommes-nous des esclaves de l’industrie, des éducateurs, des prêcheurs critiques condamnant ces évolutions ? Le nouveau Ars Electronica Center marque un premier pas vers les trente prochaines années, en mettant l’accent sur le lien entre art et science, notamment le nouveau domaine des sciences de la vie (génétique, robotique, neuro­sciences, etc.) avec l’exposition «Nouvelles Images du genre humain». Créativité et innovation sont devenus les nouveaux mots d’ordre de l’Union européenne ; et les «industries créatives», le carburant du futur…

Le nouveau centre n’est pas un musée d’art, ni une cité des sciences, il est délibérément entre les deux, les robots issus des laboratoires de pointe côtoyant une sculpture cinétique qui réagit au passage des gens. Nous cherchons à expliquer comment marche la technologie mais aussi pourquoi et comment elle est reliée à nos vies. Nous souhaitons donner une expérience émotionnelle aux gens afin qu’ils ne se sentent pas exclus de ce qui se passe.

D’où le rôle des artistes ?
Lors d’une conférence Human Nature, nous avons confronté le bioartiste Eduardo Kac et l’étoile montante des biotechnologies autrichienne, Josef Penninger. Lorsqu’on lui a parlé du pétunia mi-plante mi-humain créé par l’artiste, il a répondu qu’il créait de nouvelles espèces tous les jours dans son laboratoire. Techniquement, ils font la même chose. Mais Kac, lui, crée une histoire, trouve une métaphore, la bonne image et la symbolique pour la partager avec le public et questionner ces organismes transgéniques…


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