mercredi 4 juin 2008 10:06
«On n’a demandé son avis à personne, sauf à TF1»
Entretien avec Fabienne Servan-Schreiber et Jean-Pierre Guérin, producteurs et responsables de l’Union syndicale de la production audiovisuelle.
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
Lundi soir, tout ce que le PAF compte de producteurs, scénaristes, réalisateurs, acteurs, chanteurs, etc. s’est réuni dans un cabaret parisien pour lancer un «Appel du 2 juin» réclamant «la pérennisation du financement» de France Télévisions. Au total, une trentaine d’organisations professionnelles dont les représentants doivent être bientôt reçus par Nicolas Sarkozy. Entretien avec les producteurs Fabienne Servan-Schreiber et Jean-Pierre Guérin, par ailleurs vice-présidente et président de l’Uspa, Union syndicale de la production audiovisuelle. Etes-vous inquiets pour le financement de la télévision publique?
Etes-vous pour la suppression de la publicité sur France Télévisions?
Constatez-vous déjà, face à l’incertitude de son avenir, un ralentissement des commandes à France Télévisions?
Le gouvernement est favorable à une seconde coupure publicitaire sur les chaînes privées. Votre réaction?
Fabienne Servan-Schreiber: On est forcément inquiets: France Télévisions verse chaque année 360 millions d’euros à la production audiovisuelle. C’est-à-dire que la télévision publique finance la moitié du secteur de la production et quand je parle de production, je parle de création : ce sont les fictions, l’animation, le documentaire et le spectacle vivant, pas les magazines ni les talk-shows.
Jean-Pierre Guérin: 360 millions d’euros, c’est 350 000 journées de travail pour les intermittents, on est un secteur en plein développement, qui emploie plus de personnes que l’aéronautique. La télévision est un moyen de distraction, mais aussi de culture et on doit devenir un pays puissant dans la production.
FFS: Pourquoi pas? Pourquoi ne pas changer totalement de modèle économique? Mais nous aurions voulu une concertation. Là, on ne nous a pas demandé notre avis et d’ailleurs, on n’a demandé son avis à personne, sauf au président de TF1... Nicolas Sarkozy a fait les choses de façon brutale, il a interrompu d’un coup une recette de France Télévisions et les budgets publicitaires ont fui.
FSS: Une économie de transition s’est mise en place à France Télévisions et il y a un frein sur les commandes, notamment sur l’animation. Déjà, nous sommes inquiets pour 2008, mais l’incertitude est totale quant au budget 2009 de France Télévisions. C’est pourquoi nous demandons que le gouvernement garantisse les ressources de France Télévisions pour 2009 et qu’il y ait la garantie d’une pérennité de ces ressources, notamment en ce qui concerne la création.
JPG: C’est un peu maladroit de parler de seconde coupure alors qu’on s’inquiète déjà du financement de la télé publique. Que le privé ait deux coupures pub, c’est la loi du privé, mais le service public, le seul à diffuser, par exemple, des documentaires, est notoirement sous-financé en France.
FFS: Si on a une télé publique forte, pourquoi ne pas aider les télés privées, mais l’un ne va pas sans l’autre. Franchement, il n’y avait pas d’urgence à prendre une telle décision; l’urgence, c’est le financement de France Télévisions, incertain et menacé.
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