mercredi 10 décembre 2008 18:27
« On n’est pas plus cons que les Américains ! »
Médias. Alain de Pouzilhac doit réunir RFI, TV5 et France 24.
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : politique , loi sur l’audiovisuel
Alain de Pouzilhac, en 1999 - REUTERS
Alain de Pouzilhac, 63 ans, est le président d’un drôle de machin dont la loi sur l’audiovisuel vient d’officialiser la création : l’audiovisuel extérieur de la France, un holding qui rassemble RFI, TV5 Monde et France 24. Bref, les voix de la France. Lesquelles déraillent régulièrement, surtout depuis que Pouzilhac est secondé par Christine Ockrent, compagne du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner. Avez-vous viré Ulysse Gosset parce qu’il a rudoyé Bernard Kouchner lors du débat le Talk de Paris, sur France 24 ?
Et votre salaire ? Il paraît qu’à vous deux, Christine Ockrent et vous touchez un million d’euros...
Il y a eu, à l’Assemblée nationale lors de l’examen des articles sur l’audiovisuel extérieur, de sévères attaques contre Christine Ockrent, Noël Mamère dénonçant des « relations incestueuses »...
Tout de même, à chaque conflit, que ce soit Ulysse Gosset, ou Richard Labévière viré de RFI après une interview de Bachar al-Assad, c’est le nom d’Ockrent et de Kouchner qui apparaît. Pourquoi l’avoir recrutée, du moins si vous avez eu le choix ?
Au départ, TF1 a investi 17 500 euros au capital social de France 24 et va en sortir moyennant 2 millions d’euros ainsi qu’un contrat de fourniture d’images. Est-ce moral ?
Et combien pour le contrat d’images ?
Votre décision de supprimer 6 des 19 langues à RFI (1) crée des remous syndicaux et diplomatiques. Allez-vous faire machine arrière ?
C’est parce que le mur de Berlin est tombé que vous supprimez l’allemand ?
Ces suppressions auront-elles des conséquences sociales sur RFI ?
Est-ce que le nouveau mode de nomination des présidents de l’audiovisuel public –dont vous êtes– vous choque ?
L’audiovisuel extérieur, c’est un merdier velu, tout de même. C’est quoi votre feuille de route ?
(1) Allemand, albanais, polonais, serbo-croate, turc et laotien. Paru dans Libération du 10 décembre 2008
Bernard Kouchner n’a même pas été évoqué dans l’affaire Ulysse Gosset. C’est vrai que ça fait plus chic de dire « je suis viré parce que je suis impertinent, voyez comme je suis un grand journaliste », plutôt que « mon contrat arrive à échéance et je repars dans ma société d’origine »... Je vous rappelle la genèse : France 24 est composée à 50/50 de TF1 et France Télévisions qui nomme le directeur général éditorial, Ulysse Gosset, en novembre 2005 pour un contrat de trois ans. Au printemps 2006, on se rend compte que l’osmose ne se fait pas avec la rédaction et à l’été 2006, il devient responsable d’une émission, le Talk de Paris. Son contrat est un peu revu à la baisse [160 000 euros par an au lieu de 220 000 euros, ndlr]. En 2008, nous réfléchissons à la nouvelle grille : on demande aux leaders d’opinion de quatre pays ce qui est apprécié ou pas. Là, on se rend compte avec effroi que le Talk de Paris, qui est l’émission la plus chère de France 24, a l’audience la plus petite. Le contrat d’Ulysse arrivant à échéance le 27 novembre 2008, on lui dit qu’il ne sera pas reconduit et qu’il repart chez France Télévisions. C’est la fin du contrat d’un homme non performant. C’est aussi simple que ça.
C’est absolument faux. Je gagne moins en tant que président de l’audiovisuel extérieur de la France, que je gagnais en tant que président de France 24 [où il touchait 330 000 euros par an, ndlr].
Monsieur Mamère a été indigne. Cette femme est une très grande journaliste, elle a une expérience internationale sans commune mesure, elle a fait ses preuves à CNN, dans l’audiovisuel privé et public, et parce qu’elle est heureuse avec le ministre des Affaires étrangères, elle ne doit plus travailler ?
C’est injuste. L’histoire de Richard Labévière n’a rien à voir avec Christine Ockrent. Dans une entreprise, il y a des lois et des règles. On ne fait pas croire à la direction de la rédaction de RFI qu’on fait une interview exclusive de Bachar al-Assad pour RFI quand on la fait pour TV5. Mettre ça sur les épaules de Christine, c’est dégueulasse !
Quand on leur a demandé de sortir, les gens de TF1 ont considéré que leur 50 % avaient une valeur qu’ils ont estimée à 90 millions d’euros, puis 15 millions ; finalement, ils partiraient avec 2 millions. Il semble que la négociation soit bonne. France Télévisions touchera aussi 2 millions d’euros.
Il y a en a trois. Un contrat France Télévisions pour des images d’actualité d’un montant de 1 million d’euros. Et deux contrats TF1 : les images d’archives à hauteur de 800 000 euros et les images d’Eurosport à hauteur de 900 000 euros. Tous ces contrats seraient signés pour 7 ans. On n’attend plus que la signature de TF1.
Quel est l’objectif de l’audiovisuel extérieur de la France ? C’est moderniser et dynamiser. Quand vous arrivez chez RFI, vous êtes frappé par une chose : vous avez des journalistes qui ont une vraie expertise internationale, un vrai talent. Mais c’est une société qui est engoncée dans des habitudes inchangées depuis vingt ans. Exemple : le mur de Berlin tombe il y a dix-neuf ans et on ne prend pas en compte les conséquences ! Avec la révolution technologique, n’est-il pas légitime de regarder s’il ne faut pas plus réorienter une langue ou la développer sur Internet ?
Personne n’écoute ! Ça vous viendrait à l’idée d’écouter Deutsche Welle en français à Paris ? Le service public a une première mission : être écouté, regardé, consulté. On peut aussi se demander si les nouvelles technologies ne sont pas plus performantes pour RFI. Prenez le mandarin. En Chine, les ondes courtes et moyennes touchent 4 % de la population soit 55 millions de personnes ; avec Internet, c’est 257 millions. Donc on va peut-être développer le mandarin via des webradios. En Ile-de-France, la totalité des langues diffusées sur RFI en ondes moyennes fait moins de 0,1 % d’audience. Mais enfin mes enfants, cet argent, mettons le ailleurs ! Vous ne croyez pas qu’il y a des préoccupations plus importantes ? La langue arabe par exemple pour laquelle on réfléchit à développer un pôle entre France 24 et Monte Carlo Doualiya [radio arabophone qui fait partie de RFI, ndlr]. Voice of America avait beaucoup baissé au Moyen-Orient, ils ont fait des études sur l’audience et ils ont repris 15 % à 18 % de parts de marché : on n’est pas plus cons que les Américain !
On étudie les conséquences avec les partenaires sociaux.
J’aurais mauvaise grâce à être choqué puisque j’ai été nommé comme ça, par décret du président de la République !
Elle est simple : il faut reconquérir nos audiences pour TV5 Monde, RFI et Monte Carlo Doualiya, les consolider pour France 24. Il faut devenir un média global. Il faut un audiovisuel extérieur de la France qui à la fin de 2013 soit mieux organisé, moins coûteux et plus fort. Il faut donner ce regard français en différentes langues et en français pour faire une génération de francophiles.
Il y a 2 réactions à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager TweetSur les mêmes thèmes:
Actualit
Lib.fr
- La lenteur de la justice condamnée dans une affaire de pédophilie présumée
- Le mème de la semaine : Fus Ro Dah !
- L'ancien entraîneur des Girondins Elie Baup en garde à vue
- Morano : «Le problème de Joly n'est pas que son accent, c'est aussi physique»
- Estrosi s'en prend au «produire en France» cher à Le Pen et Bayrou
Dixit
« C’est un peu comme si vous rajoutiez des dizaines de bières sur le plateau d’un serveur : au bout d’un moment, il tombe. »
De saison
L’hommage de Google à François Truffaut
François Truffaut aurait eu 80 ans ce 6 février 2012. Google en fait donc son Doodle du jour.


