mardi 29 juin 2010 08:50
Open bar au net.art
par Marie Lechner
tag : net-art
CC Speed Show
Repérez un café Internet, louez tous les ordinateurs à disposition pendant quelques heures, et présentez-y une exposition de net.art. Le 11 juin, l’artiste Aram Bartholl organisait le premier Speed Show, une expo express dans un petit cybercafé de Kreuzberg, quartier branché de Berlin où il présentait, sur tous les postes réquisitionnés, des œuvres en ligne consultables sur un simple navigateur web. Le lieu est annoncé sur le Net à la dernière minute, à la manière d’une free party techno. A partir de 21 heures, plus de 150 personnes se sont pressées dans cette galerie improvisée sous l’œil étonné des propriétaires du cybercafé (également vendeurs de boissons), ravis par cette affluence inhabituelle. La première édition du Speed Show a rassemblé une douzaine d’artistes-codeurs, militants de l’open source et autres renégats du Web. Les pionniers du net.art comme Jodi, Olia Lialina et Dragan Espenschied, qui ont fait d’Internet leur médium artistique dès les années 90, y côtoient leurs dignes successeurs. Les difficultés techniques, la faible bande passante et la nouveauté de l’outil réservaient alors cet art à une avant-garde. Bien que déclaré mort en 1998 par ceux-là même qui l’ont inventé, le net.art semble avoir encore de beaux jours devant lui, réactivé par une nouvelle génération qui multiplie les interventions sur YouTube, critique les réseaux sociaux et leurs monopoles, tout en célébrant les pixels et l’html. « Le net.art classique est remixé avec l’activisme sur le Web, la philosophie Do-it-Yourself, la culture du partage », écrit Aram Bartholl qui parle de « pop.net.art » pour désigner cette résurgence, à une époque où le Web est devenue partie intégrante de la vie des gens et que les amateurs sont de plus en plus nombreux à faire un usage créatif du réseau. Fer de lance de cette tendance pop, le F.A.T. Lab (Free Art and Technology) dont est membre Aram Bartholl ainsi qu’Evan Roth qui présente son Animated Gif Mash-Up, un outil open source qui permet de mixer des gifs animés sur n’importe quel fichier musical. Le Speed Show est rythmé par la chipmusic d’Education of the Noobz réalisées sur de vieilles Atari ST, dont le code est librement téléchargeable. Constant Dullaart propose sa propre vision « agitée » de l’actualité avec Nervous News, où les pages Web de la BBC semblent prises d’une crise d’épilepsie. Vedette de la soirée, la fameuse Web 2.0 Suicide Machine du collectif Moddr qui permet de saborder ses comptes Twitter, Myspace, Facebook, ce qui lui valu d’être excommunié du numéro 1 des réseaux sociaux. « Le problème de l’art sur le Net, c’est comment l’exposer », explique Bartholl. Aujourd’hui, on n’a plus besoin d’une galerie ou d’un musée. L’écran à la maison est la fenêtre qui permet d’accéder à tout, y compris à l’art. En revanche, la rencontre physique est plus importante que jamais. Regarder un écran, seul chez soi est ennuyeux. Le cybercafé représente l’Internet d’une manière cheap, amateur, interlope. Pourquoi ne pas y installer sa propre galerie pour quelques heures. » L’artiste encourage tout un chacun à s’approprier ce format, rapide, mobile et en réseau, et à organiser un Speed Show dans le café Internet en bas de chez soi, pour présenter ses travaux ou ceux de ses amis, tout en buvant un coup. Paru dans Libération du 26/06/2010
Il y a 0 réaction à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager TweetSur les mêmes thèmes:


