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lundi 12 juillet 2010 10:25

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Oral : le beau job de Pflimlin

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tag : France Télévisions

Rémy Pflimlin au CSA, capture d’écran par Ozap

Sont-ils taquins, ces photographes… Shootant Rémy Pflimlin quelques instants avant son audition par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), ils l’interpellent pour attirer son regard : « Président ! Président ! » Et le patron du CSA Michel Boyon de préciser que pas du tout, Pflimlin ne sera président de France Télévisions que si l’instance, « co-décisionnaire » affirme-t-il, est d’accord avec le choix de Nicolas Sarkozy, qu’il faut les voix de cinq conseillers sur neuf. Oui, oui… L’insoutenable suspense durera jusqu’à lundi quand le CSA annoncera qu’il approuve le choix effectué par le président de la République.

Et puis Rémy Pflimlin n’étant pas arrivé au CSA en tenue de danseuse du Lido et n’ayant pas annoncé que le prochain directeur de l’information serait le porte-parole de l’UMP Frédéric Lefebvre, il n’a pas trop de cheveux à se faire. Alors que, inaugurant l’an dernier la nouvelle procédure, Jean-Luc Hees avait brillé par sa nonchalance au point d’agacer le CSA, Pflimlin a fait du Pflimlin : sérieux, carré et pas très funky moumoute.

Poli, Pflimlin commence par « saluer cordialement » son futur prédécesseur Patrick de Carolis. Très propre sur lui (ou très Darty, c’est selon), l’ancien directeur de France 3 (entre 1999 et 2005) présente ce qu’il appelle un « contrat de confiance avec les citoyens » en trois points : « le respect de l’autre », « l’innovation » et « l’indépendance ». Tout à fait dans la ligne de Sarkozy, il s’« inscri(t) dans le cadre de la suppression totale de la publicité ». Mais Pflimlin n’est pas aussi simple que ça : aussitôt, il précise que s’il n’y a pas l’argent pour compenser la suppression, alors on la garde, la pub. Et la régie publicitaire aussi dont Carolis a interrompu le processus de vente au Sarko boy Stéphane Courbit : « Ma position est claire : si nous devons conserver la publicité en journée, nous devons conserver » la régie.

Il est comme ça, Pflimlin, très classicos, et pourtant derrière son discours lisse pointent quelques aspérités. Il dit ainsi vouloir, pour les programmes,« du courage et de la prise de risque » et remet en cause « la culture patrimoniale » façon Carolis. Notamment en matière de fiction : il veut créer un nouveau feuilleton quotidien en journée (Plus belle la vie, c’est déjà lui), compte privilégier « l’innovation dans les formats et travailler sur les phases d’écriture ». On verra bien.

De même, mais sans en dire plus, il promet un « projet plus contemporain » pour France 2 dont il veut rajeunir les téléspectateurs. Ce qui, aussitôt, fait flipper le CSA : « Vous interdisez-vous un genre de programme ? », demande la conseillère Marie-Laure Denis qu’on sent déjà effrayée à l’idée de voir débarquer sur le service public des télé-réalités gorgées de Cindy dépoitraillées. « La télé-réalité telle qu’elle est pratiquée par les chaînes privées, je me l’interdis. Ce que je ne supporte pas, c’est la vulgarité », répond Pflimlin. Ouf. « Mais nous ne pouvons pas dire, précise-t-il, que, parce tel type de programme est sur une chaîne privée, on ne le fait pas. » Ah tiens.

Mais c’est sur l’information et le numérique que Pflimlin insiste le plus. Il veut, en matière de journalisme, « que le service public soit une référence » basée sur deux piliers : « l’indépendance » (suivez son regard du côté de l’Elysée) et « la rigueur absolue ». Entendez qu’il va falloir faire un effort sur la déontologie, parfois élastique à France Télévisions. De bonnes intentions mais une seule idée concrète : la mise à l’antenne d’un « journal européen ».

Pour le numérique, il juge que le service public « a pris un peu de retard ». Symbole : il nommera à ses côtés un Monsieur Numérique qui devra décliner sur le Web l’ensemble des contenus de France Télévisions. Ah, justement, outre ce Monsieur Numérique, qui seront les hommes du président ? Pas un mot de Bertrand Mosca, son ancien directeur des programmes de la Trois qui devrait certainement pointer son nez dans l’organigramme ni des autres noms évoqués au poste de n°2 (Bibiane Godfroid de M6, Jean-Pierre Cottet ou encore Takis Candilis). Ni, pour l’info, d’Olivier Mazerolle dont le président de la République serait fan. « C’est une personne qui est désignée, répond-il, et c’est moi qui suis devant vous, rien que moi. » Manière, pour celui qui vient de déclamer « l’indépendance, c’est ma pratique », qu’on ne lui imposera personne. Mais ça va bouger dans la hiérarchie puisque, sans vouloir remettre en cause l’entreprise unique et sa mise à plat des conventions collectives, Pflimlin « souhaite redonner aux chaînes une identité plus forte en les réincarnant ». Sous Carolis, tout était concentré à l’étage de la présidence ; avec Pflimlin, chaque chaîne aura un vrai patron. « Déléguer plus que concentrer », voilà le management affiché.

Malgré des questions parfois incongrues (dont une sortie de Boyon contre la série américaine Cold Case), le CSA était plutôt content. « Classique et de bonne tenue »,confie un conseiller à la sortie. « C’est bien, il ne veut se fâcher avec personne, on est dans le consensuel », ironise un autre. Rendez-vous lundi à l’Assemblée nationale le matin et l’après-midi au Sénat pour les prochaines représentations du Rémy Pflimlin Circus.

Paru dans Libération du 09/07/2010


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