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mercredi 22 octobre 2008 11:14

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«Orgueil et ego démesurés»

Parcours. Le gangster a installé sa légende en vingt ans.

par Patricia Tourancheau

Sur le tournage de la mort de Mesrine. Photo Roger Arpajou. La Petite Reine

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Sommation. Premier volet du film événement sur la figure du banditisme des années Giscard, incarnée avec fièvre par la star française.

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Fils de marchands de tissu né en 1936 à Clichy (Hauts-de-Seine), Jacques Mesrine signe son premier cambriolage en 1959, au retour de trois années de service militaire sur fond de tortures en Algérie. Malgré son courage et son charisme, ce fils de petit-bourgeois doté d’un QI supérieur à la moyenne et d’un sens aiguisé de la psychologie, qualités rares dans la grande truanderie, reste en marge du milieu traditionnel.

Emprisonné en 62, Mesrine ressort maquettiste, violente sa femme, espagnole, qui disparaît à jamais, laissant les trois gosses. Sabrina (née en 61), Bruno (64) et Boris (66) atterrissent chez les parents de Mesrine. Lui, amoureux de «Janou» Schneider, la sort de la prostitution, l’entraîne dans des coups en France puis au Canada. En 1969, le duo séquestre un riche industriel handicapé qui les a employés dans sa maison et touche 200 000 dollars de rançon. Rattrapé aux Etats-Unis après des hold-up, le couple plonge. Mesrine s’évade d’un pénitencier au Québec puis revient l’attaquer avec un complice. Accusé du meurtre de deux gardes forestiers canadiens avec ce même coéquipier, Mesrine revient en France fin 72 avec l’aide d’un vrai mec du milieu, Michel Ardouin, alias «Porte-Avions», qui le prend comme associé pour braquer «cinq fois par semaines» afin de remonter ses finances (1). ­Porte-Avions le crédite «d’une témérité et d’un culot» à toute épreuve, mais «d’un orgueil et d’un ego démesurés». Mesrine chute. Ardouin le fait évader du tribunal de Compiègne le 6 juin 73. Débusqué à Paris fin septembre, le «bandit d’honneur» sable le champagne avec son tombeur, le commissaire Broussard. En 1977, dans l’Instinct de mort, le mégalo s’invente 39 meurtres. Evadé du quartier de haute sécurité (QHS) de la Santé en 78 avec François Besse, ils braquent une ­armurerie, attaquent le casino de Deauville, prennent des otages, etc. Le tandem dépareillé explose au bout de deux mois.

Mesrine politise son combat contre les quartiers de haute sécurité (les QHS), durcit ses actions, essaie de kidnapper le magistrat Petit, enlève un magnat de l’immobilier pour 6 millions de francs, rapte et torture un journaliste de Minute. Les flics traquent «l’ennemi public numéro 1», sous la pression de «l’Elysée et de Matignon, qui s’impatientent», selon un procès-verbal de Robert Broussard, qui reçoit ces consignes de son directeur Bouvier: «Cette affaire n’a que trop duré. Il faut en finir, Broussard, pas de risque insensé. Le champagne, c’est terminé.» Le 2 novembre 1979, les flics de l’Antigang, planqués dans une camionnette bâchée, ont tiré sans sommation sur Mesrine au volant de sa BMW et l’ont criblé de balles, avant de poser pour les photos, comme devant un tableau de chasse.

(1). Michel Ardouin et Jérôme Pierrat, Mesrine mon associé, éditions du Toucan, 2008, 231 pp.

Paru dans Libération du 22 octobre 2008


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